SCÈNE PREMIÈRE
GUSTAVE , GRIFFARD , arrivant tous deux par
la grille. ’ , , '
GUSTAVE
C’est toi , mon pauvre Griffard ?
GRIFFARD.
C’est vous , monsieur Gustave Durocher ?
GUSTAVE
Toi dans ce pays ? —
s GRIFFARD. . ' ^
J’y SUIS né ; mais vous ?
^GUSTAVE
J’y suis en famille. M. Bonneval , le gros manufacturier chez qui nous sommes , est mon cousin : ma mère était fille d’une sœur de sa mère.
• GRIFFARD.
Vous seriez ce cousin de Paris qu’ils attendaient?...
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a L’INTRIGANT MALADROIT.
GUSTAVE.'
Avec impatience et curiosité , n’est-ce pas ? Mais toi , que fais-tu ici ? '
Je m’y ennuie. J’ai eu l’honneur de faire votre V connaissance lorsque vous donnâtes , aux Variétés , cette petite pièce de circonstance dont vous étiez l’auteur pour un quart ou pour un cinquième. Vous eûtes la bonté de m’accorder votre confiance , et je n’ai pas, nui, je crois, au succès d’estime que la pièce obtint. J’étais alors clerc d’buissier ; et après avoir exploité, pendant la journée , contre les plaideurs malheureux , j’allais tous les soirs me délasser au spectacle avec des billets d’acteurs ou d’auteurs , qui me chargeaient de les soigner; mais comme j’exerçais mon double métier en conscience , j’y trouvais peu de profit , de grands dangers et quelquefois d’assez mauvais traitcmens. Je suis revenu dans mon pays : je loge chez ma vieille mère , je fais des copies , je remplis des avertissemens et des contraintes pour le percepteur des contributions ; il me donne peu d’argent, beaucoup d’ouvrage. Ab ! monsieur Gustave , combien je regrette Tivoli , Franconi , la Chaumière puisse et le pourtour de l’ Ambigu - Comique 1 C’est un trou que mon pays ;J1 y a trop de Moeurs ; pas une fille qui ne soit fidèle à son amoureux , pas une fcnune qui n’aime son mari ; un seul petit estaminet où l’on ne s’enivre et l’on ne joue au billard que le dimanche. J’y suis arrivé au carnaval , je me croyais déjà en carême. Toutes mes soirées sont d’un ennui..'.... Ma mère file , je dors , je me réveille , je me rendors.