ACTE I, SCÈNE I
' ■ ^ GUSTAVE
' Aîl ! le commis ? Est-ce qu’on prend garde à cela ? '
Madame Bonneval a beaucoup d’amitié pour luK GUSTAVE.
Les vieilles femmes ont toujours de la prédilection pour les jeunes gens. Un gran^ innocent , qui rit ou qui rougit à chaque mot , ne sachant ni parler , ni se ' tenir, ni s’asseoir 5 gauche et turbulent comme un éco- , lier. Cela n’est bon qu’à divertir la compagnie par les' tours qu’on lui joue, et les mystifications qu’on lui fait.
GRIFFARD. ■>
On vante ses principes , sa morale. '
, "GUSTAVE. ’
Ah! oui , ses principes ! laissous-le se former. *
' ! ■ GRIFFARD.
C’est siirçuljer : vous avez raison sans doute , et les autres ont tort; mais vous les jugez tout dilféremroent de ce qu’on les croit ici. . ., '
' GUSTAVE./
C’est que vous nq voyez que la surface , et que moi je sonde la profondeur. A ous vous alîachcz à la. physionomie ; je lis au fond des cœurs. Est-ce que tu crois
aux bonnes gens , toi ? ^ •
GRIFFARD. ' / .
U y en a. ^
C’est possible -, je u’en ai pas encore rencontré. Tous les hommes sont égoïstes ; quelques-uns sonfef-
frontés 5 tous les autres sont bypocrites , excepté dans les épancliemens de l’amitié , comme le nôtre , où l’on se parle à découvert. On ne songe qu’à soi,' on feint de songer aux autres ; on tient de beaux discours de vertu , de devoir, d’honneur,' d’humanité , de sensibilité, de philantlu'opic , pour accomplir des actions qui ne sont dictées que par Tintéi èt personnel. Donc , pour tirer parti des hommes , il faut , en ayant l’air de les^ flatter , danS les passion^ qu’ils feignent , les flatter susr tout dans celles qu’ils ont réellement.- • ^ ,0
. GRIFFARD.
C’est très-profond ce que vous dites-là.,
GUSTAVE. r
Je vois d’ici comment je dois me conduire avec toiile cotte famille : j’épouse la fille, jé touche la don Une fois maître de cette grande fortune , rien ne m’arrête , je paie mes dettes, j’en fais d’autres; je me jeUe dans les affaires de la haute administration , et puis je monte, je, monte.... je me fais nommer député,' conseiller d’état , préfet. Je ïne vois d’ici ministre ou pair de France. Tel est mon sort ; il est brillant , mais je n’en suis pas plus vain ; et si tu m’as bien secondé , tu fais ton chemin en me suivant , et je te nomme mon secrétaire intime. ’ • •
GRIFFARD.
Ah! Dieu , moi secrétaire d’un .ministre , et intime encore ! ah ! je vous en prie, accomplissez bien vite votre sort, afin que le mien marche apres le vôtre. Que faut-il faire ? ‘ .
GUSTAVE.
Pour commencer, gagner les valets.