‹ L'intrigue florentineChapitre 20 sur 28 · PRIE · texte numérisé non relu

PRIE

Discrètement, M. Pérette entreprenait aussitôt de procurer des douceurs à son agent et parvenait parfois à obtenir, sans le brüûler, le régime politique ou la liberté conditionnelle.

Il était, par ailleurs, singulièrement aidé dans sa tâche par le dévouement des socialistes et l’esprit de solidarité des syndicats. Métivier ne négligeait, en effet, aucun moyen, aucun milieu. Si le 1° juin 1909, il parlait aux Causeries anarchistes de Leévallois- Perret contre le suffrage universel, M. Guignet, des Boutonniers de l’Oise, le signalaït le 11 novembre de la même année, comme accompagnant M. Tesche, rédacteur à l'Humanité, et futur candidat aux élections législatives, dans ses réunions politiques préparatoires! Il ne faut donc pas s’étonner si, dans les archives du misérable, se trouvent des lettres de députés socialistes circonvenus, entre autres un pneumatique de M. Marcel Sembat:

Citoyen Métivier, A quatre heures, j'ai vu le ministre qui m'a promis que votre libération serait prononcée non pas au 14 juillet, mais incessamment et il a ajouté : « Peut-

être demain, peut-être lundi.» J'ai signalé l’état de Madame Métivier.

Car il avait une femme, le malheureux. Et cette femme, Marie-Louise Botcazou, l’aimait, participant à son infamie. Et il la chérissait, Maïs à quelles besognes osait-il associer!

Il lui écrit de la Santé en 1911:

Ma chère femme,

Comme moi, sans nul doute, tu es impatiente de me voir libre. Je profite d’une occasion exceptionnelle

pour l'envoyer ce qui, en d’autres circonstances, ne saurait te parvenir. C’est te dire toute la discrétion que tu devras conserver sur l’origine du texte cicontre en le prenant ou l’adaptant comme s’il était de ta seule initiative. Le temps presse et ne nous permet pas de nous arrêter aux multiples faiblesses que le cœur ou l'esprit peuvent imprimer en ce moment sur nous. Aussi te demanderai-je de bien vouloir immédiatement recopier le texte précité, afin qu'il soit à la disposition de ceux auquel il est destiné pour les besoins de notre cause. Tu adresseras un exemplaire à chacune des organisations Suivantes: 1° Union des Syndicats; 2° Guerre Sociale; 3° Fédération de l'Alimentation; 4° à notre Syndicat.

Comme tu auras pu le constater, ce texte sera sans doute publié, je l'avoue qu’il est fait avec cette intention, c’est te dire qu'il est indispensable qu’il soit recopié intégralement...

En t’embrassant, ton LUCIEN MÉTIVIER.

Le « texte » était une longue supplique destinée aux « camarades ». J’en extrais quelques lignes:

Camarades,

Bien cruellement frappée par la séparation si brusque et si brutale de celui que vous connaissez comme militant à vos côtés, ne pouvant me faire à la longue absence qui le retiendra prisonnier, incapable seule, femme que je suis, de pouvoir abréger sa peine, je me résigne à faire appel à vous pour m'aider à faire entendre la voix de la classe ouvrière... Je vous demande, afin qu’à votre tour vous en appeliez à la classe ouvrière, qui toujours a su faire des sacri-

rmeine termes.

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fices pour délivrer les siens. J'ai foi en votre dévouement et la générosité ouvrière pour un mouvement | ainsi fait. |

Il y a, dans cette correspondance qui s'apparente curieusement à la « méthode Duverger-Lipscher », un innommable relent et comme le dernier mot de la | dépravation morale. |

Mais on conçoit quelle utilité elle pouvait avoir | pour les démarches obscures de M. Pérette en faveur de son agent. Preste, la main de Pérette se dissimulait sous le gant de M. Marcel Sembat ou la mitaine de la classe ouvrière, Ainsi, la libération du mouchard apparaissait comme un geste d'humanité, de condescendance pitoyable. Le tour était joué. Seule, | la Sûreté générale en tenait le ressort. 1

Mais que si la Sûreté pensait avoir intérêt à dissi- | muler au ministre les véritables attributs de Métivier, | si l'intérêt politique exigeait de sacrifier la liberté de Ÿ l'agent, par crainte de le brûler, au regard de l’autre | police, héroïquement, alors, l’agent de la Sûreté consentait à faire prison et à demeurer, pour la Pré- À fecture de police le farouche militant révolution- \ naire.

Cet héroïsme, par contre, avait ses compensations L et valait au détenu des subsides doubles, produits ë par les collectes de camarades, envoyant leur pauvre monnaie de billon à celui qui les trahissait avec une allégresse augmentée d'autant.

Ë M° Jacques Bonzon citait un jour deyant moi une anecdote assez plaisante qu'il avait entendue conter par M. Raymond Poincaré, dans une allocution à la presse judiciaire. M. Poincaré plaidait, dans une bauale affaire, pour le gérant d’un journal, « Je vous

en supplie, maitre, quémanda le pauvre.hère, faitesmoi donc avoir un mois de prison: en prison je touche mon mois double! »

Lucien Métivier, incarcéré, touchait des mois doubles. Et doubles des deux côtés de la Barricade,

Ce qui lui facilitait certaines opérations financières, modestes, maïs intéressantes. Il avait son remisier, M. J: Gibert, 88, rue d’Alésia, dont on possède au moins une :« note de liquidation ».

La prison, en effet, n’interrompait pas tout à fait le zèle de l'indicateur.

Si l’on trouve, dans un de ses rapports « en liberté », des dénonciations de ce genre: « Je veux vous Signaler encore que Garreau et Violette, récemment condamnés par le tribunal de la Seine pour l'affaire du déserteur, sont en ce moment à Paris. Garreau vient assidument aux réunions de la Fédération du Papier », on sait que de sa prison, lors de la grève des coloristes, Métivier, désireux de ne pas perdre contact avec la Sûreté et voulant lui fournir des informations actuelles, avait l’inimaginable audace de demander par lettre à la femme d’un de ses co-inculpés, Madame Togny, des renseignements sur les différents incidents de la grève, survenus depuis son arrestation!!!

Que ce zèle est grand! Mais de combien dépassé quand, le vendredi 30 mai 1911, « à cinq heures et demie du soir », le prisonnier rédige la note de police suivante:

« Les royalistes arrêtés dimanche 28 mai 1911, au cours des manifestations pour Jeanne d'Arc, arrivés à la Santé le lundi matin 29, ont été incarcérés à la 8° division. Extraits du régime cellulaire le mardi 30,

à cinq heures et demie du soir, pour étre transférés au quartier politique.

Le transfert s’est accompli en groupe. Les royalistes s’interpellaient sans aucune restriction et en toute liberté. Les bonjours autant que les impressions s’échangeaient sans qu'aucun règlement ne semblât exister pour eux ».

Cette notule est saisissante, Elle a la valeur d’une scolie. C’est un document psychologique parfait. Lucien Métivier est définitivement entré dans sa fonction. Il en a la religion. Sa religion est blessée au vif par l’infraction aux règlements pénitentiaires, Et cette indignation professionnelle, il lui donne un tour, une expression de fonctionnaire. Le style est net, froid, précis et réglementaire. Ne semble-t-il pas que ce soit Javert écrivant « quelques observations pour le bien du service » ?

“On naît biscuitier. Mais à sortir de la pâte pour suivre les mouches, on devient Javert.

Le Délire de la Provocation.

J'ai dit Javert. Mais Javert s'arrête à la rigide, étroite et « consciencieuse » fonction. Javert « effroyable n’a rien d’ignoble ». Javert démissionne quand il s’est trompé. Javert dit: « Du moment où j'ai mésusé de la police, je ne suis plus qu’un mouchard ». Hélas! Lucien Métivier, quand il se haussa à Javert, n’avait, pendant quatre ans, été qu’un mouchard. Et mésusant de la police, il n’avait cessé de provoquer.

Quand il paraît à la tribune des meetings, son verbe exhorte à tous les gestes « d’impatience de justice sociale », selon la formule de Gustave Hervé. Quand il écrit dans son journal ouvrier, c’est pour exciter aux actes individuels: « Ecrasons la jaunisse dans la personne de... » et il nomme des personnalités. « La chasse est ouverte. Tirons le gibier », Et il indique la pièce à tirer.

On peut dire que depuis l’entrevue du 20 mai 1908, il a pris le goût fade, écœurant du sang; il est atteint d'un delirium tremens. I] lui est indispensable de provoquer. Peu lui chaut d’être arrêté. On a vu pourquoi plus haut. Grève des biscuitiers, grève des coloristes, il est arrêté. Et toujours il a provoqué.

J’extrais ici, de mes souvenirs, un fragment qui lui est consacré.

En octobre 1909, les Parisiens confortables du

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quartier du Trocadéro, furent, une certaine nuit, chassés de leur sommeil et tirés du lit jusqu'aux fenêtres de l’avenue Henri-Martin, par une singulière et hurlante cacophonie. Les chauffeurs d’automobiles venaient, avec leurs voitures, manifester devant la demeure du juge Hamelin, contre le système de la condamnation automatique pour contraventions dressées au vol. Il y avait bien là, encombrant l’avenue et les rues avoisinantes, un millier de taxis, accourus dans la nuit, à toute vitesse, vers les fenêtres du «mauvais juge ». Manifestation des plus pittoresques et bruyante à souhait. Sifflets stridents, appels de trompes et de cornes tonitruantes. En réalité manifestation pacifique, sans arrière-pensée subversive!

À leurs balcons, des gens en pyjamas ne pouvaient s'empêcher de sourire; la garde républicaine riait sous cape et seuls quelques policiers en bourgeois cherchaient s’il n’était pas possible de faire quelque affaire dans l'affaire.

Lucien Métivier circulait, volubile et leste, à travers les chauffeurs et les journalistes. Je l’aperçus, comme je regardais ce divertissement drôle, accompagné de deux de mes amis, chauffeurs. Tout d’un coup, Métivier s'accroche à nous. Il nous montre les gardes qui chargeaient les voitures, mises en prise et n’en pouvant mais. Il tire soudain de sa poche un revolver, d’un geste belliqueux, et toute sa voix criarde dehors, il s’écrie avec enthousiasme : « Si vous voulez un revolver, voici le mien!»

Ahuris, éberlués, nous ne pûmes retenir un sourire et nous refusâmes doucement. l’offre délicate du militant que nous crûmes, sur l'instant, atteint d’une maladie que Gustave Hervé avait mise à la mode: la browningite aiguë,

À l’heure présente, j'imagine assez bien ce que l’on attendait de cette provocation: que j’aie seulement accepté de glisser dans ma poche larme de Métivier, et j'étais, quelques instants plus tard, appréhendé par quelques collègues estimables de l'excellent militant, Port d'armes et manifestation. Dans l’argot de ces sortes de gens, j’étais «bon à faire ».

Quelques mois plus tard, en 1910, j'avais la surprise de recevoir une lettre de Métivier:

« Vous savez, m'écrivait-il (et j'avoue que je ne le savais point) avec combien d'intérêt je suis votre ardente campagne — toutes — sur les iniquités mililtaires et autres. Inutile de vous dire avec quelle joie je suis avec vous en celte nouvelle circonstance et j'applaudis aux succès de tant d'efforts.»

Suivait une longue et ridicule proposition de propagande chez «l'élément féminin ».

Inutile de dire — pour répéter Métivier — que je n’attachaïi aucune importance à la lettre du minus habens.

Quelle erreur! J’ai bien compris depuis le sens,

très spécial, de l’intérêt que mettait Métivier à suivre - « toutes » mes campagnes. On a retrouvé des rapports de police où il rendait compte de mes conférences; et dans l’un d’eux, l'agent de M. Pérette s’attache à reproduire tant bien que mal les paroles que nous prononçämes, Sembat et moi, à un meeting en 1909. Lucien Métivier s’appesantissait lourdement sur le passage où j’évoquais la tragédie de Villeneuve et de Draveil, en invitant mes auditeurs à être présents tous à Villeneuve pour saluer pieusement la mémoire des morts tombés pour la défense des libertés et des droits des travailleurs.

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Le secrétaire des biscuitiers avait la dent acérée pour qui, le dédaignant ou l’ignorant, ne tombait pas dans ses pièges. Et il se consolait, en « s'intéressant » à mes campagnes, de l’échec que j'avais fait subir à ses provocations, avenue Henri-Martin.

En des occasions plus graves, il n’obtint pas plus de succès auprès de MM. Bidamant et Communay, du Syndicat national des chemins de fer, lors de la grève des cheminots en 1910. M. Bidamant a déposé devant la Cour d’assises de la Seine, que Lucien Métivier l’avait provoqué à commettre des attentats criminels sur une voie ferrée. Au Congrès des cheminots, en 1911, M. Lucien Communay a raconté que Lucien Métivier était allé lui proposer d’accomplir « une opération » dans les environs de Chartres.

Vers la même époque, le misérable agent de MM. Pérette et Moreau, participait, s’il ne l’avait pas inspiré, à un stupide attentat chez M. Massard. Métivier a avoué lui-même avoir « participé à la pose du pétard ».

C’est encore Lucien Métivier qui, dans le fiacre qui le véhiculait vers la Guerre Sociale en 1911, proposait à M. Dulac d’enlever le garde des sceaux, M. Cruppi, et de le conserver comme otage jusqu’à la libération de tous les détenus révolutionnaires. « Tu n’as, dit Métivier à Dulac, qu'à t’assurer le concours de deux copains conducteurs d’automobiles — Métivier cita même deux noms — et je me charge de faire le coup ». Et tout le long du trajet Métivier insista fortement sur son projet, faisant valoir que c’était la seule chose pratique à faire pour obtenir l’élargissement de nos prisonniers. (Lettre de MM. Eugène Merle et Louis Perceau, à l'Humanité, 5 août 1911).

Mais rien ne caractérise mieux la manière et les procédés de l’agent de M. Pérette que l’histoire même de la grève des coloristes de la Seine en 1911. Au mois de novembre 1909, les coloristes se formaïent en syndicat, sinon sous l'inspiration, tout au moins avec le concours zélé de Métivier, alors secrétaire du Syndicat des Biscuitiers, dont l’un des membres, était marié à une ouvrière coloriste. Cette circonstance permit à Métivier de se glisser dès le début au sein même du nouveau syndicat. Il continua à assister assidument aux assemblées corporatives. Il parut donc tout naturel qu’il vint prendre la parole à la Bourse du Travail de Clichy, lorsque se réunirent, en mars 1910, les coloristes qui venaient de décréter la grève. Du 4 au 18 mars, les grévistes opérèrent plusieurs manifestations sans Métivier — et sans troubles, — Le 18, Métivier surgit et les événements graves se précipitent.

Au cours de colloques précédents, l’agent provocateur avait promis au syndicat le concours effectif dé quarante révolutionnaires; mais il s’était trop avancé, et il n’y eut guère que lui d’étranger présent parmi les grévistes. La nuit était déjà tombée, quand la manifestation se heurta aux gendarmes et aux agents.

Des coups de revolver furent tirés, et deux agents blessés. À la suite de ces faits, plusieurs arrestations eurent lieu, parmi lesquelles celles de Métivier.

L’instruction, confiée à M. Drioux, ne fut pas sans contenir quelques particularités. Des témoins, dont M. Goldsky, s’étonnèrent de voir Métivier, inculpé, circuler en toute liberté dans les couloirs et pénétrer à sa guise dans le cabinet du juge. D’autre part, l’un des accusés, M. Togny, auquel un incontestable alibi

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valut un non-“lieu, ne put jamais obtenir d’être confronté avec Métivier.

Celui-ci fut naturellement mis hors de cause. Après avoir provoqué, avoir agi, il avait dénoncé des innocents. Son rôle était terminé !

Le secrétaire du syndicat, M. Togny, a nettement : affirmé depuis, devant la Cour d'assises de la | Seine (procès de la Guerre Sociale), que les coups de revolver avaient été tirés par Métivier et sa compagne, Marie-Louise Botcazou. En face de | l’attitude de Métivier, il convient de mentionner celle d’une jeune ouvrière gréviste, qui se laissa condamner, innocente, pour un coup de revolver, dont elle se refusa de révéler l’auteur : Marie-Louise Botcazou. Il n’est pas sans intérêt encore de citer ce fait bien policier: l’agent dont la déposition entraîna la condamnation de la jeune fille, après avoir affirmé que tous les becs de gaz avaient été éteints par les grévistes, jura qu'il reconnaissait l’accusée « parce qu’elle avait les yeux cernés et la mâchoire proéminente » (sic).

À l’heure où. j'écris, le double rôle de Lucien Métivier est terminé depuis de longues et funèbres années. Maïs combien de victimes dans son havresac, au cours de-sa lucrative carrière? Combien surtout qu’il a cherchées sournoisement et dans l’ombre, couvert | par.d’occultes protections, abrité par la naïveté des camarades? Vers quels attentats imbéciles se dirigeait-il? Hypnotisé par son exécrable « fonction », orienté dans la carrière par la politique, l'entourage et les haïnes de M. Clemenceau, qui saura quelle fut la part d'initiative de l’agent provocateur dans les

intrigues policières que, sur les instructions du pouvoir, il engagea et fut amené à dépasser ?

Karl Marx, dans les « Révélations sur le procès des F Communistes » mit en garde les socialistes contre les agents provocateurs. Je conseiïllerai fort à tous les citoyens de relire les révélations de Karl Marx en 4 songeant à Lucien Métivier, À fl a :

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13, Le chapitre des aveux.

En décembre 1910, Lucien Métivier avait été condamné à deux années de prison, en raison des incidents de la grève des Biscuitiers de la Seine. Il fait un mois de prévention et obtient — voire M. Pérette — la liberté provisoire. Il fait appel. La Cour d'appel le condamne à huit mois de prison. M. Pérette avait, je le suppose, jugé périlleux de prévenir les magistrats. Ceux-ci veulent bien qu’il y aït, sous la République, un service d’agents secrets et provocateurs. Ils préfèrent une fois pour toutes être à l’écart de ces intrigues. Et, la plupart du temps, ils ignorent les noms de ces hommes et rendent une justice qui n’en

77 west pas plus douce à l'égard des travailleurs.

Métivier entre donc le 3 avril 1911, avec un soupir vers Marie-Louise Botcazou, une fois de plus à la Santé.

Mais il se produit alors, en son absence, à son domicile, quelques « incidents » curieux, inquiétants et qu'il n’apprend qu’en mai, à la suite d’une visite de sa femme,

Sur ces « incidents », nous aurons déjà quelques lumières si nous lisons entre les lignes de la lettre adressée par le prisonnier, le 2 juin 1910, au camarade Tissier, de la Guerre Sociale,

Depuis longtemps déjà, je n'étais proposé de tl’écrire et toujours je remeftais. Je fus instruit de l’em-

pi

Med du SES TN

pressement que lu apportas en assistant ma compagne lors de mon arrestation. Je l'en remercie bien sincèrement. Par contre, il y a quelques jours seulement, qu'il m'a élé confié que tu étais en possession d'une de mes photos. Je ne vois quel usage tu veux en faire? Quoi qu’il en soit, je ne te cache pas que je ne suis pas satisfait de cette action et n'ai nullement approuvé ma compagne qui Le l’a remise. En conséquence, je te demande de bien vouloir nous la restituer. Si j'en avais été avisé plus tôt, cette lettre ne viendrait pas deux mois après mon arrestation. J’ajoule que bien d'autres choses ont été faites à mon insu et que je n'approuve pas davantage. Mais cela ne te concerne pas particulièrement. Ceci dit, pour éviter tout malentendu. En l'espoir que tu accorderas un large crédit à ma prière, recois mon cordial salut.

Salutations aux amis de la Guerre. Bien cordialement. LUCIEN MÉTIVIER,

La Santé, Paris, le 2 juin 1911, 8° division, cellule 1.

J’ignore la réponse de M. Tissier. J'imagine assez qu'il dut, avec des excuses apaisantes, renvoyer la « photo » (après en avoir fait exécuter la reproduction) et rassurer les préoccupations de l’agent secret et de sa femme, Marie-Louise Botcazou.

Cependant, ce couple intéressant a du vague à lPâme. Métivier se penche sur son encrier, dans la cellule n° 1, et il écrit d’une main inquiète:

Plan 1. Louisette, lettre à Jeanne p' hospitalité. 2. Cacher à Nice — Louiseltte — Lettre Louisette

à M. (illisible).

200 fr. reliquat.

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