‹ L'intuition bergsonienneChapitre 15 sur 80 · Essai..., chap. n et ni · texte numérisé non relu

Essai..., chap. n et ni

le mot désigne, la perception fluide en adopte la solidité et les arêtes; et les états profonds, remontant vers la surface de l'âme, sont gagnés à leur tour par cette rigidité spatiale1. Orientation commune de sentiments nuancés, la vie affective deviendra ainsi ou pluralité distincte de tendances ou série de degrés d'un même état, différenciés entre eux par leur grandeur2. Orientation quasi -instinctive d'idées compénétrables, la vie intellectuelle deviendra aussi multiplicité distincte de concepts et de raisons3. Et c'est par cette transformation verbale que pensée intellectuelle et sentiment se banalisent et deviennent la proie de l'automatisme4. C'est par cette mécanisation verbale que la vie consciente devient mécanique en effet, et qu'une association déterminante peut se réaliser dans l'âme entre des termes l'un à l'autre extérieurs5; c'est par elle encore que se formule et que s'établit, sous le nom de liberté, une oscillation spatiale entre motifs et tendances qui, se distinguant par là réciproquement, sortent par là même de la durée innovante et libre6. Instituant ainsi une série d'états bien tranchés, le langage empêche de saisir la continuité d'écoulement et la fu-

i. Op. cit., ibid.

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