‹ L'intuition bergsonienneChapitre 17 sur 80 · Evolution créatrice, chap. n et in · texte numérisé non relu

Evolution créatrice, chap. n et in

ne saurait reconstituer, par l'accumulation des croquis et l'amoncellement des points de vue, ce que l'immédiate vision des réalités est seule apte à faire vivre, leur durée intérieure et leur vie1. Loin de là: les aspects qu'elle distingue, les concepts qu'elle fixe et différencie, ne se rejoindront jamais par l'effort qu'elle emploiera à cette fin ; et c'est par cet effort dialectique de l'intelligence que se constituent les antithèses insolubles2. La mobilité, conçue par les clartés intellectuelles, s'immobilise; le changement devient identité stable ; la durée qui s'écoule se fige en simultanéités et s'arrête en instants^. Et par là même s'introduisent dans la connaissance spatialisée et géométrisée les limitations mutuelles du relativisme géométrique et spatial4. Que, coïncidant avec la vie réelle des êtres, saisissant de l'intérieur leur mobilité etleurs transformations, durant elle-même, une pensée vivante et intuitive s'installe dans la durée, les antithèses seront dissoutes par la tension de l'élan adopté, on verra naître à leur source commune les expressions divergentes, et le sens des croquis apparaîtra d'un coup d'œil en cette vision une du dedans qui détermine l'extérieure

i. Introduction à la métaphysique. — L'intuition philosophique.

i. Introduction à la métaphysique.

3. Essai..., chap. n. — Matière et mémoire, chap. iv. — Introduction à la métaphysique. — Évolution créatrice, chap. iv. — La perception du changement.

4- Introduction à la métaphysique. — Evolution créatrice, passim. h' Evolution créatrice (Réponse à M. Le Dantec dans la Revue du mois).

possibilité des aspects multiples1. Et c'est pourquoi, tandis que l'intelligence aux clairs concepts, en sa compréhension calme, demeurait étrangère aux choses qu'elle maniait, l'intuition tendue et douloureuse, effort de sympathie, saisit ou pressent, en la dilatation inventive et géniale de la durée personnelle, les durées personnelles qui ne lui sont plus étrangères 2. Des deux termes, l'un spatial et l'autre spirituel, de cette neuvième opposition en laquelle les précédentes se déterminent, c'est le terme spirituel et vital qui désigne la réalité. Mais, condensant en lui les résistances matérielles, le terme opposé rend irréductible dès lors cette neuvième antithèse.

Si l'intelligence s'oppose ainsi à l'intuition, c'est que le principe et l'usage de la connaissance conceptuelle diffèrent par destination du principe et des services de la connaissance immédiate et intérieure. Le géométrisme naturel de la pensée est de nature pratique; et le caractère spatial de la pensée des choses dénote les besoins de l'action. C'est à la fabrication des outils que l'intelligence s'applique par essence ; et c'est en raison de cette visée que la logique intellectuelle, se prenant à ce qui résiste, constitue une géométrie des solides 3. Et la perception consciente des corps, organisée déjà elle-même

i. Introduction à la métaphysique. — L'intuition philosophique.

2. Introduction à la métaphysique. — Evolution créatrice, chap. ai et ni.

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