‹ L'intuition bergsonienneChapitre 8 sur 80 · Essai..., chap. n. — Evolution créatrice, chap. i · texte numérisé non relu

Essai..., chap. n. — Evolution créatrice, chap. i

changeante et mobile permet de saisir la réalité consciente de la mobilité même et de la durée et du changement, dénoncer l'illusion des psychologues qui prétendent constituer l'espace avec le temps, altérant à cette fin le devenir fluide et figeant en simultanéités homogènes ce qui est, en soi, transformation continue1. Ainsi, par ce développement delà première opposition, une opposition aussi tranchée s'affirme, dont le moment décisif est l'accentuation de la durée par quoi la qualité se réalise ; mais cette accentuation de la durée hétérogène et fluide implique donc la résistance de l'espace solide et homogène. Ici encore l'antithèse est irréductible.

Et cette deuxième opposition se transpose à son tour par son développement seul en une opposition nouvelle. Car, si l'espace des causes objectives et des mouvements déployés et des transmissions organiques n'est point identifiable, en tant que système d'images conscientes et perçues, à l'espace homogène pur qui définit la quantité, la perception consciente n'est déjà plus elle-même la perception pure, et celle-ci, immanente au système d'images, les équilibrant toutes de façon exacte, bien loin de les ramasser en expressions qualitatives, les dilue en réactions quantitatives mutuelles, leur assure une réelle homogénéité, les détermine en existence ma-

i. Essai..., chap. n. — Matière et mémoire, chap. iv. — Introduction à la métaphysique. — Evolution créatrice, chap. iv. — L'évolution créatrice (Revue du mois, 10 sept. 1907). — La perception du changement, 2 e conférence.

térielle1. Et, bien que Ton doive distinguer encore cette homogénéité relative, dont la continuité interne, analogue à une mémoire instantanée, demeure indéniable, de l'homogénéité radicale de l'espace pur, dont la continuité conceptuelle se résout en une divisibilité indéfinie et arbitraire ; il y a, au sein même de l'homogénéité concrète de la matière, une tendance à s'achever en homogénéité abstraite et radicalement spatiale2. La nature, toute géométrique et géométriquement logique, de l'impénétrabilité matérielle serait déjà une preuve de la nécessité de cette tendance3. Dès lors, si la réalité immédiate se définit parla durée et par la mémoire grossissante qu'elle implique, la perception consciente sera autre chose que la perception pure, et le discernement qu'elle met en œuvre, avec le découpement de la matière qui en résulte, attestera comme pleinement réelle une action opposée à l'équilibre matériel inerte, celle de la vie 4. Et comme seule la vie pourra se définir par le changement continu et mélodique, par la mémoire nuancée et l'invention nouvelle, par l'irréversibilité et l'élan, la vie et la durée et la réalité seront donc identifiables, et la matière en sa chute vers l'espace quasi-conceptuel ne pourra être envi-

i. Matière et mémoire, chap. i.

2. Op. cit., chap. iv et aussi Conclusion. — Évolution créatrice? chap. ni.

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