Essai..., chap. n. — Evolution créatrice, chap. ni
[\. Matière et mémoire, chap. i. — Evolution créatrice, chap. i. — Life and Consciousness (Hibbert Journal, X, i).
sagée que par opposition à la réalité vivante qui « se fait » et qui « monte », à l'évolution créatrice1. Il est visible que des deux termes qui s'opposent ainsi, la vie et la matière, c'est au premier que convient l'accentdécisif; mais il est visible également que, dans cette opposition, le terme adverse, par la résistance qu'il maintient, conditionne le premier2. De nouveau donc l'antithèse est irréductible.
De cette troisième opposition résulte, d'ailleurs, analytiquement une quatrième. C'est, en effet, dans la perception consciente que le rôle du corps vivant à l'égard de la nécessité et de la spatialité matérielles est apparu. Et si, d'une part, cette perception consciente s'offrait comme négative, puisqu'elle cueillait dans la totalité des réactions de la matière celles-là seulement qui intéressent les réactions possibles de l'organisme, elle devait, d'autre part, être tenue pour positive, puisqu'elle avait précisément pour fonction de faire ce choix, bref d'introduire dans la nécessité matérielle la contingence d'une action autonome. Et si la perception consciente ne pouvait, en tant que perception, être envisagée comme étrangère par son origine aux images matérielles elles-mêmes, donc au corps vivant parmi les autres, elle ne pouvait non plus, de ce biais, être regardée comme procédant de manière privilégiée du corps vivant lui-même et spécialement de cette image délimitée qui est le cer-
i. Évolution créatrice, chap. i et m. — Life and Consciousness . 2. Evolution créatrice, en particulier chap. in.
veau. Mais si on la considérait en tant que consciente, on ne pouvait pas davantage faire dériver ce caractère nouveau de l'image cérébrale, simple complication et redistribution de mouvements : le choix que réalisa la conscience, dès la plus humble sensation, ne saurait apparaître que comme manifestation de notre liberté1. Et ce discernement, donc cette action libératrice naissante, est d'autant mieux adapté à la situation que les souvenirs des réactions passées analogues l'éclairent plus nettement2. La persistance du passé dans le présent de Faction suppose la persistance du passé intégral qui peut toujours, sous des formes de condensation diverses, surgir dans Faction présente3. Et que cette mémoire, principe toujours possible de réponses contingentes, ne puisse être constituée par le corps, susceptible seulement de jouer de façon automatique un passé désormais invariable, les troubles les plus matérialisables de la mémoire en font foi, puisqu'ils permettent d'établir que l'état du cerveau conditionne l'oubli et non le souvenir lui-même, et que le nombre des souvenirs également jouables dans telles conditions cérébrales données n'est point déterminé par ces conditions. La mémoire déborde donc infiniment les mécanismes cérébraux, bien qu'elle trouve dans ces mécanismes l'occasion de son entrée en jeu et de son actualisa-
i. Matière et mémoire, chap. i.