A Louis Vauxcelles, mon interviewer du
... Je doute que l'interview chez moi vous ait donné la matière d'un article fort intéressant. Mais vous avez mes livres, entre autres le Mendiant ingrat et Mon Journal où j'ai tout dit. J'insiste sur ce point qu'on veut que je sois uniquement un pamphlétaire. On sait pourtant que je suis bien autre chose, mais on se garde soigneusement de le dire, parce qu'on s'exposerait àm'être utile.Vous le savez, je suis seul, parce que différent de tout le monde. Vous savez
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aussi que, depuis vingt ans, ou eu a abusé jusqu'à V homicide j inclusivement, et que l'injustice notoire dont je souffre est un déshonneur pour notre époque littéraire. J'ai beaucoup écrit cela et combien en vain ! L'occasion est bonne pour vous, monsieur, d'être équitable. Vous êtes le premier, Tunique, jusqu'à ce jour, de mes interviewers. Vous m'avez eu vierge... Henry de Groux semble vous préoccuper* Hélas I les deux livres que je vous ai donnés sont pleins de ce malheureux. Aucun de mes contemporains n'a été plus aimé. En retour il nous a lâchés moi et les miens, soudainement et dans des circonstances telles que cela ressemblait à une tentative d'assassinat. Il y a quatre ans. Depuis cette horrible et inexplicable aventure, je le regarde comme un dément et je crains pour ce malheureux une fin épouvantable.
Septembre
2. — Le Mercure de France a publié une lettre vraiment bien drôle. Elle est (TunMùller de Vienne qui se plaint d'avoir été volé en achetant Mon Journal et qui me renvoie à un grammairien allemand,auteur d'un «Cours supérieur
de grammaire française». Rien d'aussi comique ne s'était vu jusqu'à ce jour.
3. — Je charge un prêtre investi de ma confiance de demander pour moi, très-particulièmerent, la virginité. Oui, « la virginité du père de famille » 1
4. — Relu Norvins, à cause des illustrations de Raffet. Ce livre plus que médiocre dont fut enivrée mon enfance, renouvelle toujours pour moi les sensations d'un beau poème lu pour la première fois. 1813 n'est-il pas le moment le plus angoissant de l'histoire de Napoléon? Pieds gelés en Russie, bras coupés en Espagne, l'empire du monde lui échappait et le lion blessé voyait venir sur lui la vermine de toute l'Europe.
5. — J'avais proposé fort étourdiment un voyage au lac d'Enghien en un tramway électrique passant au pied de la Butte. On est parti vers 2 heures. Aussitôt arrivé dans ce lieu que îe ne connaissais pas, mais dont j'aurais dû deviner la démoniaque banalité, un ennui mortel tombe sur moi, un ennui pouvant aller au désespoir Jeanne me voyant souffrir, me conseille
de fuir par la plus prochaine voiture et je suis forcé d'obéir, la laissant seule avec les enfants. Retour plus que mélancolique et résolution bien arrêtée de ne plus risquer cela. Il est prouvé que je ne peux pas voir des lieux de plaisir et que l'aspect de toute joie procurée par la richesse me comble de désolation et d'horreur.
6. — Essayé d'oublier mes peines en relisant « 1814 » de Houssaye. Défection de Marmont. Une fois de plus, je suis saisi du manque d'absolu dans la volonté de Napoléon. Ses deux abdications sont injustifiables.
Tout homme venant au monde apporte son principe de mort. Il y en a qui naissent avec une cheminée sur la tête ou un boulet de canon en pleine poitrine. Moi je suis né dans un/bar.
20. — Qu'est-ce que le Bourgeois ? C'est un cochon qui voudrait mourir de vieillesse.
22. — Un éditeur, apprenant que Brou fait mon buste, s'est écrié : « Vous en avez du culot / * exprimant par là qu'il faut un toupet de tous les diables pour entreprendre le buste d'un individu aussi dangereux. Le même a dit qu'il
viendrait voir ce buste incroyable, mais en ayant soin de ne se présenter qu'aux heures où il serait sûr de ne pas me rencontrer.
27. — Un ami très-éprouvé par la misère me raconte que pendant neuf ou dix ans, il s'est occupé passionnément d'occultisme, s'entourant des livres les plus rares. Mais parce que c'est un homme sans malice et de bonne volonté qui cherchait le Fils de Dieu dans les ordures, il lui fat donné, un jour, de comprendre qu'il iallait le chercher ailleurs. Il se confessa et le prêtre lui dit qu'il devait se défaire de ces diableries. Sacrifice énorme qu'il ne sut accomplir qu'en partie. Ses pauvres affaires, dès lors, s'embarrassèrent de plus en plus et le danger devint très-pressant. Enfin, ces derniers jours, il s'est décidé et, tout à coup, sans transition, voilà la paix revenue, avec l'espérance et un commencement de prospérité.
Octobre