A Georges Rouault
L*INVBNDABÎ,8 37
Cher ami, vous m'avez écrit uue lettre belle et doulou^ençj. Je voudrais que Dieu me donnât pour vous des paroles de réconfort. Dans mon impuissance et ma peine qui sont très-grandes, je veux d'abord essayer de répondre à votre question : « Que devenez-vous ?» Il me serait plus facile de vous dire ce que je ne deviens pas. Voilà plus de trente ans que je désire le bonheur unique, la Sainteté. Le résultat me fait honte et peur. « Il me reste d'avoir pleuré », a dit Musset. Je n'ai pas d'autre trésor. Mais j'ai tant pleuré que je suis riche en cette manière. Quand on meurt, c'est cela qu'on emporte : les larmes qu'on a répandues et les larmes qu'on a fait répandre, capital de béatitude ou d'épouvante. C'est sur ces larmes qu'^n sera "jugé, car l'Esprit de Dieu est toujours « porté sur les eaux ». Un statuaire de grand talent achève en ce moment mon buste. — N'oubliez pas le sillon, lui ai-je dit, la gouttière que voici, sous chacun de mes deux yeux.
C'est cela que je vous souhaite, mon cher Rouault. Je voudrais que vous fussiez tout en larmes aux pieds de Jésus. Quare trislis es, anima mea... Pourquoi es-tu triste, mon âme, et pourquoi me troubles-tu ? Spera in Deo. En lisant ce commencement sublime de la messe, que de fois n'ai-je pas versé de ces larmes qui valent plus que les cantiques et qui mettent le cœur dans les prairies du Paradis.
Vous êtes de ceux que Dieu cherche. Quœrens me, sedisli lassas... Me cherchant, tu t'es assis, n'en pouvant plus de fatigue. Laissez-vous trouver, allez au-
devant de ce pasteur.. • Alors il vous fera tellement pleurer que vous ne pourrez presque plus souffrir.
La tribulation ne nous est pas donnée sans mesure et la vilenie des hommes qui nous désespère n'est pas infinie. Vous ne serez pas plus flagellé que moi. Dans les pires tourments, j'ai toujours été ranimé par la pensée qu'il doit venir à la lin quelqu'un, le plus annoncé des consolateurs, par qui toute peine sera changée en joie. Mais il faut être vivant pour le recevoir, vivant de la Vie eucharistique...
Lourde mélancolie d'automne. Une dix-millième ibis de plus, l'argent va nous manquer tout à fait. Puis-je encore, après tant d'années, espérer une autre délivrance que la mort ?
3. — Dans une église paroissiale. La chaisière récoltant ses sous, un chapelet à la main.
5. — Une revue fait une enquête sur les poètes et la poésie. Réponse :
Je ne connais, à l'heure actuelle, qu'on seul poète méritant une récompense, non de Sully-Prudhomme, mais de ceux qui aiment la poésie. C'est Jehan Rictus, auteur des Soliloques du Pauvre. J'ai très-amplement motivé ce choix dans un de mes plus récents livres, Les Dernières Colonnes de V Eglise qu'il vous est loisible de consulter.