‹ L'Invendable ... 1904-1970Chapitre 13 sur 64 · Les propriétaires ont volé leurs âmes · texte numérisé non relu

Les propriétaires ont volé leurs âmes

18. — Lettre ridicule d'un Suisse me disant qu'informé de Fexistence d'un ouvrage de moi intitulé : Réflexions sur quelques charognes — lequel ouvrage est un simple article du Pal — ; il voudrait savoir où le trouver. Cet individu, qui n'a pas lu un seul de mes livres, est rédacteur d'un des deux ou trois cents Impartial de France. Sa lettre est écrite à la machine. Si la vie était moins courte, je lui dirais, volontiers . que je ne réponds jamais aux machines, trouvant cela très-mufle.

10, — Un imbécile scandalisé de ne pas trou-

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ver le nom de Mgr Gaurac dans Mon Journal, me demande ce que je tais des livres de cet auteur???

Étonnante parole de saint Jean de la Croix, première lettre spirituelle : « Vous devez vous persuader que rien de ce qui peut contenter le cœur n'est Dieu. »

22. — Idée d'une neuvaine pour Napoléon. Quelqu'un y pense-t-il ? Quelqu'un y a-t-il jamais pensé ?

24. — Au fond, tous les bourgeois se valent. En voici deux à côté de nous, l'homme et la femme. Ils paraissent meilleurs que d'autres, parce qu'ils sont pauvres. S'ils devenaient riches, ils seraient exactement des bourgeois riches, amis et serviteurs des démons et ils monteraient au Calvaire, après déjeuner, pour y conspuer Jésus en sa Croix.

27. — Commencé la neuvaine pour Napoléon, en songeant au livre que j'espère écrire sur lui avant ma mort. Peut-être ma délivrance doitelle être opérée par ce tout-puissant d'autrefois,

devenu, depuis quatre-vingt-trois ans, un mendiant de la Vie éternelle.

31. — Honte indicible. Le mariage de l'ignoble vieillard Arthur Meyer épousant une Turenne adolescente, sans qu'un journal ait protesté contre cette abomination I Le cur4 de Sainte-Clotiide, église où s'est donnée la bénédiction nuptiale, a eu l'audace et le cynisme effarants de pleurailler un discours attendri sur ces crapules. Témoins : Maizières et Goppoe 1 Qu'est-ce que Dieu fait dans son ciel ?

Novembre

3. — Dans L'Eclair, article de Ledrain sur moi. Pas très-fort. A l'exception des Propos d'un Entrepreneur de démolition et du Pal, œuvres de début auxquelles je ne tiens guère, il s'est arrangé pour ne nommer aucun de mes livres.

4. — « Mes chers frères, nous sommes lous des morts ». Premier mot d'un sermon à faire sur la Mort. Je pense quelquefois à mon projet ancien d'un volume de sermons. Le Grand Carême du père Marchenoir !

5. — Un sermon sur la mort conviendrait assez comme discours d'ouverture du Salon d'Automne que je visite avec douleur. J'ai le chagrin de ne rien comprendre aux ébauches de mon ami Rouault qui avait probablement l'avenir du plus grand peintre moderne, mais qu'un vertige inconcevable tire en bas. Le malheureux part de Rembrandt pour se précipiter dans les ténèbres.

G. — Plus je vieillis, plus j'ai d'avenir.

7. — Causerie avec un prêtre fort estimable. Occasion de vérifier, une fois de plus, Fextrême difficulté, pour un homme d'Absolu, de pénétrer dans ces cerveaux. Celui-ci m'oppose la théorie exécrable de la distinction du Précepte et du Conseil dans la Parole évangélique, en vue, comme toujours, d'excuser la médiocrité d'âme des catholiques — alléguant, avec le manque de

profondeur ordinaire, que l'héroïsme n'est pas obligatoire, etc. J'ai répondu: — La loi du Père est écrite, la loi du Fils est écrite, la loi de PAmour ne peut pas être écrite et c'est l'Amour qui est la fin de l'Evangile.

Lettre absurde et détestable de Rictus indigné de mon refus d'aller remercier Ledrain. Réponse :

... N'y comprenant rien, vous m'avez écrit quatre pages furieuses et insensées. Cela n'est pas juste ni généreux et si quelque chose de vous peut m'affliger, c'est de découvrir que vous manquez de générosité. Vous me blâmez de ce qui m'honore et vous m'accablez parce que je suis pauvre. Vous me lisez, vous me propagez, vous dites m'aimer, et vous n'avez pas encore compris que je suis catholique ! C'est effrayant. Vous ne comprenez pas que Ledrain peut avoir besoin de moi, mais que je ne peux pas avoir besoin de Ledrain. j'avais pensé à lui envoyer mon dernier livre. Votre lettre me montre que c'était encore trop eh j'y renonce. J'aurais l'air d'implorer la protection do ce renégat. Ce serait abject. 11 a eu l'honneur d'écrire sur moi. Que cela lui suffise. « Il a des enfants », dites-vous. Oui, des enfants de prêtre ! Et vous me conseilliez, vous me pressiez d'aller lui serrer la main, sa main consacrée ! Vous me prenez donc pour un littérateur !... Vous rentrez mercredi. Dieu veuilio que ce soit en vous-même I

9. — Commun de la Dédicace des Églises. Je demande au bienheureux publicain Zachée qui donne la moitié de ses biens, de vouloir bien me donner Vautre moitié.

12. — Il paraît que Rictus a décidé de ne plus venir. Susceptibilité de couturière et férocité de protecteur méconnu. Il aimerait mieux me voir mourir que d'avouer le moindre tort. Adieu donc et que Dieu vous garde, mon cher poète !

16. — Notre misère invoque les harpes et les lyres. L'unique réconfort, depuis de nombreux jours, est une lettre d'un avocat belge qui a eu la finesse de m'envoyer un portrait de Coppée en carte postale, disant que ce cadeau précieux vaut bien un autographe. Joints à cela des timbres-poste belges pour la réponse. Il n'y a pas d'exemple qu'on ait été plus idiot.

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