‹ L'Invendable ... 1904-1970Chapitre 23 sur 64 · A Henri Dagan · texte numérisé non relu

A Henri Dagan

Vous êtes un très-pauvre, donc un ami. Vous vous dites « foncièrement athée ». Lieu commun. Quand j'étais très-jeune, iJ y a longtemps, je me suis cru et dilathée. Plus tard, j'ai eu honte d'être une unité dans un troupeau si nombreux, et bientôt après, je me suis senti malpropre et puant de renier si sottement mon baptême. S'il vous arrive de devenir un homme, voua passerez par là en pleurant de joie.

Je désapprouve et déteste le mot que vous me citez de d'Aurevilly dont l'étonnante puérilité m'a fait souffrir vingt-trois ans. Mais ce pauvre grand artislo n'a élé cabotin qu'en apparence et je sais qu'il aurai* doiDo sa vie, sa très-vaine vie pour Jésus-Chrisl.

J'espère que l'aspect de la mienne, vérifîable daua

quelques-uns de mes livres, me préservera de ce soupçon. Un écrivain qui aurait pu se faire si facilement une grande situation d'argent et qui a choisi toute une vie de misère atroce, ne peut pas être soupçonné de cabotinage.

Vous ne m'en accusez pas, mais vous croyez que le sentiment religieux, chez moi, est une forme particulière de la révolte. C'est exactement le contraire. Quelque fou que cela puisse vous paraître, je suis, en réalité, un obéissant et un tendre. C'est pour cela que j'écris implacablement, ayant à défendre la Vérité et à rendre témoigaage au Dieu des pauvres. Voilà tout. Mes pages les plus véhémentes furent écrites par amour et souvent avec des larmes d'amour en des heures de paix indicible.

23. — Au frère de la Doctrine chrétienne mentionné le 15, et qui se nomme Dacien:

Très-cher frère, mon cadeau plus que modeste ne méritait pas tant de retour. J'ai pleuré en lisant votre lettre et en voyant votre portrait... Ne vous affligez pas en songeant aux difficultés de ma vie. Dieu y pourvoit. Relisez les quatre derniers versets du chapitre VI de saint Matthieu. C'est mon histoire depuis longtemps, celle de ma pieuse femme et de mes aimables filles. Priez généreusement pour nous et, si Dieu veut, il saura mettre sur votre chemin et rendre attentif à vos exhortations le bon Samaritain qu'il me faudrait. N'ayant pas vu les Dernières Co^

tonnes de l'Église sur la liste de mes ouvrages possédés par vous, j'ai pensé que Dieu me montrait un lecteur de ce livre que j'avais précisément sous la main. Assurément vous êles de ceux qui comprennent Futilité d'une telle protestation contre de fausses gloires chrétiennes et surtout contre la bêtise ou la lâcheté des catholiques modernes capables de se contenter de si peu. Alors, vous vous direz à vousmême, en lisant mon livre: — Qui donc parlerait pour Thonneur de Dieu, si ce pauvre ne parlait pas?

24. — Un vieux prêtre, me parlant de la médiocrité affreuse du Clergé moderne: « Il faut guérir le médecin >, me dit-il.

25. — Donné à l'éditeur mes Pages choisies. Travail aussi ingrat que difficile. On est tellement sûr de ne contenter personne. Cependant les liseurs modernes pourront entrevoir mon œuvre, accomplir le tour de ma sphère en quelques heures d'automobile.

26. — Mon admirable ami Josef Florian m'avait écrit que les docteurs du Consistoire (?) de Brunn sont contre moi et contre Hello, regardé par eux comme un païen ! Je le prie de dire à ces docteurs que je les tiens pour de très-pauvres idiots.

27. — Aperçu Huysmans, d'assez basse mine, m'a-t-il semblé. On dit qu'il est sur le point de lancer un pavé sur Lourdes.

28. — Le Jury du Salon d'Automne refuse les tableaux de mon paysagiste Coutelier. Le parti pris est manifeste de décourager, sous prétexte de métier insuffisant, un jeune artiste très-doué, très-courageux, mais très-peu recommandé.

C'est honteux. Quelqu'un dit à Coutelier: « Vous ne serez jamais reçu au Salon d'Automne parce que Nicolas Poussin, Ruysdaël, Karl Dujardin, Claude le Lorrain, etc., seraient refusés.

Autre refus peu compréhensible, aussitôt suivi, par bonheur, d'un repêchage providentiel. Mon portrait par Léon Bonhomne, « exécuté à V envers de ce que voulait le Jury ». Motif déclaré. Autant dire que V endroit de ces bougres serait une caricature ou une saleté. [Ce portrait a été reproduit en héliogravure au frontispice des Pages choisies.]

30. — Saint Jérôme. Je me persuade que ] ai le droit d'attendre du secours de ce Père, étant fort probablement le seul de tous les contemporains qui lui rend?, justice et, peut-être lu-

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nique, depuis le v° siècle, à le regarder comme un prophète. Je me suis déjà expliqué là-dessus, en divers endroits.

Atelier Brou. Grande fabrication d'un socle agrémenté de bas-reliefs pour une statue de Benjamin Franklin, l'immense andouille de l'Indépendance américaine. Besogne cruelle pour le pauvre artiste qui ne parvient pas à s'enflammer sur ce faux grand homme, aimé des imbéciles et des démons, qui partage avec Rousseau et Voltaire l'effrayant honneur d'avoir, au xviii0 siècle, incomparablement travaillé à l'avilissement de la pensée et du cœur humains.

Octobre

2. — Lettre cocasse d'un comité de souscription en faveur d'un jeune esthète de Sodome ruiné par son innocence. Oh ! c'est toute une histoire. On a dépassé mille francs déjà. Coppée, Loti, Jules Lemaitre et le président Magnaud

dit le Bon Juge, ont versé chacun dix francs. D'autres beaucoup plus. Le fait de s'adresser à moi est surhumain.

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