Josef Florian m'envoie copie d'une let
ISO
Ire de Févêque de Brûnn au clergé de son diocèse, pour les élections. Tous les lieux communs stupides et sophistiques sur le devoir de voter.
Je n'ai qu'une chose à dire, toujours la même : — On espère le salut par le Suffrage universel, parce qu'ayant perdu la foi, on croit qu'un mauvais arbre peut donner de bons fruits. Or le suffrage universel est un arbre de mort et de désespoir. Le mauvais apôtre s'y est pendu. Le suffrage universel n'est pas un mal accidentel, c'est un mal absolu.
Le vote familial, proposé dernièrement, paraît une idée juste, puisqu'elle reconstruirait la famille. Mais il faudrait, auparavant, abolir le divorce. Tout est impossible aujourd'hui. Dieu semble avoir abandonné cette société misérable.
26. — Termier s'occupe de procurer notre pèlerinage à la Salette.
27. — Je fais observer à un religieux que l'inertie ou la mollesse reprochée par quelquesuns au comte de Chambord montre qu'ils n'ont pas lu mon Fils de Louis XVI. Ce prince ne pouvait pas ignorer qu'il n'avait aucun droit à
la couronne de France, il a refusé d'agir parce qu'il avait peur de la foudre, simplement.
Vu Brou qui revenait, abreuvé de dégoût, de l'inauguration de la statue de Franklin. On se console ensemble sur l'espérance de la Su du monde.
28. — Lecture de Thiers (Ulm et Gênes). iMerveilleux temps du Consulat. Printemps de Napoléon. Que dire de ce que Dieu a fait en cet homme?
Mai
!•*. — René Martineau me communique ceci : « Des catholiques pratiquants ont envoyé à leurs amis une lettre de faire part encadrée de noir, pour annoncer la mort d'un de leurs chevaux, employant les mêmes termes dont ils se serviraient pour faire part de la mort de leur plus proche parent ». Texte:
Vous êtes inlormé de la mort de l'excellent cheval Cyrus qui a succombé en labourant, le 27 mars 1906, dans sa 31e année, regretté par ses maîtres qui l'ont possédé 26 ans et 3 mois. De la part de ses maîtres, de ses cochers, des laboureurs et de ses camarades, Bijou des Champs, Poulot du Tombereau et Favori du Palonnier.
« Galigula », ajoute Martineau, « qui faisait manger son cheval dans une coupe d'or, avait l'excuse detre un égorgeur de chrétiens. Ceux qui envoient la lettre ci-dessus prétendent qu'ils vont sauver la France.. • demain ».
8. — Lecture dégoûtante des journaux. Le résultat des élections est digne du Sulfrage universel et plus odieux encore qu'on ne pensait* C'est l'apostasie, le reniement formel de toutes les provinces de France et d'une bonne portion de Paris. C'est le Royaume de Marie/la Fille aînée de l'Église demandant la fin du Christianisme!
10. — L'histoire en général, celle de Napoléon en particulier, me produit l'effet d'une lecture ascétique.
Bonheur d'être chrétien et de le savoir. Il y
a des anthropophages qui sont d'excellents chrétiens sans le savoir. Nous autres privilégiés, nous sommes des chrétiens détestables, parce que nous le savons et que nous « n'en faisons pas de cas », comme il est dit à la Salette.
13. — Termier me décide à reprendre mon très-vieux projet d'un livre sur la Salette. Un pèlerinage préalable sera nécessaire.
15. — Cimetière Montmartre. Remarqué le monument grotesque de Zola et surtout l'ef-^ frayant inpace de Waldcck-Rousscau. Curieux travail à faire sur les cimetières parisiens.
22. — Le curé de Palaiseau fait des sermons ou conférences en vue de prouver que la Sainte Vierge est supérieure à toutes les femmes illustres de l'histoire. Aussi établit-il des parallèles entre Elle et Eve, Blanche de Castille,Brunehaut, Frédégonde, sainte Clotilde, Jeanne-Hachette, Jeanne d'Arc!... On voudrait savoir si Liane da Pougy et Sarah-Bernhardt seront parmi ces femmes illustres. Que penser d'un prêtre qui débite ces sacrilèges sottises en présence du Sacrement de l'Autel?
Un médecin prescrit pour Madeleine une potion capable de la tuer* Lu à temps sur l'ordonnance le mot pyramidon, drogue horrible qui détermina le délire de Jeanne en décembre dernier. Cette saleté, malheureusement payée déjà, ira aux latrines* Presque tous les médecins devraient être guillotinés.
23. — Nous apprenons que notre propriétaire veut vendre. Forcés de déménager une fois de plus, nous dirions adieu à nos chers arbres qu'on veut abattre, à la consolante paix de ce refuge, l'un des derniers qui soient à Paris. Tout serait jeté par terre pour faire place à de hideuses maisons de rapport. Par l'effet d'une profonde loi de symbolisme, l'argent déteste les arbres et cette haine engendre le propriétaire pour la destruction du Paradis.
25. — Très-bon rrticie d'Emile Godefroy sur le Salut par les Juifs dans les Cahiers d: VUniçersilé populaire. Précieux et unique suffrage.
27. — Appris la maladie mortelle d'Emile Goudeau qui agonise dans le Midi, je ne sais où, et pour qui une souscription est ouverte. Impossi-
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ble de m'intéresser à ce iiis d'une sœur de ma mère, lequel ne s'est jamais proposé d'autre modèle ni d'autre idéal que la bète de proie, poète médiocre au surplus et qui a raté sa vie épouvantablement.
28. — Magnificat ! Je suis enfin malade moimême. Je me traîne douloureusement à l'exposition Moreau qui est fort belle et que je suis montent d'avoir vue. L'inconvénient de cette peinture, c'est qu'ayant vu un tableau, on les a tous vus, à peu près. Un autre inconvénient, c'est la coupe d'or, l'ivresse de la mythologie grecque. On n'en sort pas, avec Gustave Moreau, Cependant plusieurs de ces œuvres, étonnamment nombreuses, ont mis en moi des images nouvelles.