‹ L'Invendable ... 1904-1970Chapitre 4 sur 64 · LA TORCHE · texte numérisé non relu

LA TORCHE

« Je suis venu mettre le feu sur terre et que puisje vouloir, sinon qu'elle brûle? » Ainsi parle Jésus- Christj'dans l'É vangile. Donc tout catholique a le droit et le devoir d'être un incendiaire. En ce sens, je ne me cache pas d'aimer ces fameux « bûchers de l'Inquisition > qui ont la puissance incroyable, après trois siècles, d'allumer encore les imbéciles.

Nous voici donc, la torche à la main, pour une tentative d'embrasement universel. Il n'y a peut-être jamais eu d'occasion meilleure ni une plus favorable époque. A l'échéance de dix-neuf siècles, on a fini par découvrir que le Catholicisme est, en fin de compte, ce qu'il y a de moins absurde, les expériences de la prétendue liberté religieuse, dans les quatre derniers cents ans, n'ayant abouti qu'à Fidiotification et à l'avilissement de la race humaine. Quelques-uns même, dont le nombre grandit chaque jour, sentent déjà que de récentes et trop fameuses conversions littéraires ou sentimentales ne suffisent pas, que c'est le catholicisme intégral, absolu, sans accommodement ni retour possible, qui est exigé maintenant, et que c'est bien décidément le feu qui est nécessaire à une société menacée de putréfaction.

Il n'y a pas à dire, les catholiques, jusqu'à ce jour, ont tout mérité. L'ai-je assez écrit, depuis vingt-cinq ans! On commence à le voir enfin. Quand on le

verra tout à fait, ce qui ne tardera guère, ce sera à faire lever le poil des plus intrépides.

On parle beaucoup des grands pèlerinages, Lomv des et le Sacré-Cœur, par exemple. On estime que tout est sauvé parce qu'il y a des multitudes. Voulezvous savoir ce que cela vaut? Secouez le grelot d'une épouvante quelconque au milieu de ces foules et vous verrez. L'enthousiasme, l'attendrissement, les pleurs sont faciles, quand on est en nombre, mais la bêtise, la lâcheté, la peur froide, le sont davantage. Si votre fantaisie est de dissiper, en une minute, ces armées superbes, exigez simplement que chaque fantassin risque sa peau ou son argent.

A propos de Lourdes dont les pèlerins à sonnailles m'ont si souvent exaspéré, je demande deux choses : 1° un homme bien portant allant à la Grotte pour obtenir le bienfait de la maladie ; 2° un autre homme riche, très-malade, mais guéri miraculeusement, revenant à Paris, par le train le plus rapide, pour vendre tout ce qu'il possède, en distribuer le prix aux pauvres et devenir un miséreux. Tant que je n'aurai pas vu ces deux choses, les pèlerinages multitudinaires me dégoûteront.

A Montmartre, c'est vrai, il ne s'opère pas de guérison. Il n'y a pas de piscine et on ne voit pas de Pères de l'Assomption. Ah ! ces Pères éternels, depuis trente ans 1 Ont-ils assez avili le sentiment religieux avec leur Croix et leur Pèlerin! Les intelligences catholiques habituées à cette nourriture, véritable pâtée à cochons, sont devenues incapables d'en sup-

porter d'autre et on peut dire avec certitude que l'abjection intellectuelle et morale des catholiques actuels est en grande partie l'ouvrage de ces prêtres abominables qui ont fait fortune en profanant le Signe de la Rédemption.

Aujourd'hui, cependant, il y a un commencement d'inquiétude. Il y a comme un petit souffle qui pourrait devenir un vent de panique. Les consciences demeurées valides sentent que ce pharisaïsme ne peut pas durer, que le catholicisme des honnêtes gens est vomi de Dieu et que le moment est bon pour inaugurer ou restaurer le catholicisme des Va-nupieds. Le catholicisme de ceux qui n'ont pas de joie en ce monde et dont la souffrance crie vers les plafonds du Paradis ; le catholicisme des vaincus, des saignants, des sanglotants, des maudits, des désespérés, de ceux qui ont faim et soif, de ceux qui gèlent et de ceux qui brûlent, le catholicisme des grandes âmes!...

C'est celui-là seul qui nous intéresse et que nous puissions offrir aux lamentables qui rampent sur ce sale globe, au niveau des pieds des tourmenteurs de Jésus-Christ.

C'est donc à eux qu'ira cette publication que la clairvoyance des contemporains n'oubliera pas de qualifier de pamphlet. Elle paraîtra toutes les semaines, si la Providence daigne y pourvoir. On tâchera de montrer ce que deviennent les événements ou les opinions, quand c'est à la lanterne d'un Diogène de l'Absolu qu'on les examine. Qui sait ?

29. — Admirable dévouement de mon ami Auguste Marguillier qui me trouve des expédients. Sans lui, je serais peut-être mort. Ajournement d'allégresse pour plusieurs gâteux.

Mai

Ie*. — Un homme très-pauvre, à qui j'aurais eu horreur de demander quoi que ce fût, m'envoie la « dernière goutte de son sang » et me parle avec une amertume singulière de ceux qui n'en font pas autant.

Je réponds à cet homme extraordinaire, qu'il n'est pas juste d'exiger d'un ami ce que Dieu seul peut exiger ; que son cas, à lui, est trop exceptionnel et qu'à des étages d'âme inférieurs ou peut encore trouver de la générosité. Une brave petite générosité en pantoufles.

3. — La guerre russo-japonaise est le plus Grand, le seul intérêt de l'heure actuelle. Ma sympathie n'est pas pour les Russes. Religieu sèment, je préfère les idolâtres aux schismati-

ques et je ne m'étonne ni ne m'alïlige de la déconfiture de ces derniers.

4. — Envoi du Fils de Louis XVI à mon huissier : « En haine de la bicyclette, de l'automobile, des propriétaires, des créanciers, du suffrage universel, de la procédure prétendue civile et de beaucoup d'autres saletés ou hideurs qui me font désirer le chambardement prochain et universel. »

7. — Courses pour l'argent dans une première maison où on agonise, dans une seconde où on se désespère et dans plusieurs autres où on craint de voir tomber la foudre. Une tristesse merveilleuse m'écrase. Quelles pensées ! La tribulalion effroyable d'autrefois, les courses du Mendiant ingrat dans Paris ; cette agonie qui avait duré plus de vingt ans et que je croyais finie, va-t-elle donc recommencer ? J'ai bientôt soixante ans. Me verra-t-on continuer à quatre-vingts ?...

8. — Bruits de Montmartre. Une vieille marchande de poisson se promène dans les rues, en bêlant comme une brebis qu'on égorge.

On me recommande la lecture d'un discours de Mgr Touchet, évêque d'Orléans, Notre Seigneur Jésus-Christ et sa Croix. L'auteur veut flétrir les hommes politiques qui font la guerre à FÉglise. C'est assez ingénieux et donne l'illusion du talent. On a dû trouver ce discours éloquent et spirituel. Or c'est toujours la même chose. La faute est aux autres, les catholiques n'ayant rien à se reprocher. Malheur donc à moi qui ose imputer aux seuls catholiques la persécution dont ils se plaignent et qui est le juste salaire de leurs trahisons, de leur lâcheté inqualifiable, de leur judaïsme effrayant, de leur ignominieuse bêtise !

9. — Il y en a, en nombre infini, qui s'éteignent en puant, comme des chandelles qu'on souffle, aussitôt qu'un service d'argent leur est demandé.

13. — Il se dit à Lagny (Cochons-sur-Marne), jusque chez le Doyen, que je travaille assidûment à corrompre Véronique par de mauvaises lectures. En réponse, j'ai, d'avance, écrit, ce matin, l'épilogue comminatoire de Mon Journal dont voici les dernières épreuves. Avertis-

I, INVENDADLB

scmenl qui jettera peut-être un peu d'inquiétude chez ces maudits.

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