‹ L'Invendable ... 1904-1970Chapitre 50 sur 64 · A un ami · texte numérisé non relu

A un ami

Ce n'est pas la première fois, ni la dernière qu'on m'aura reproché d'être obscur. Cela tient à ce que marchant très-en avant de mes compagnons, j'oublie quelquefois qu'ils ne sont pas à portée de m'entendre. Ne vous scandalisez pas de cette façon de parler que les dévots rie manqueraient pas de trouver fort orgueilleuse. Je vous dis bien tranquillement que je parle comme il faut parler, ayant une mission précise et une destinée tout exceptionnelle. Assurément tous êtes un homme de bonne volonté à qui la paix in terra ne sera pas refusée. Votre premier mot, d'ailleurs, est celui de saint Paul foudroyé : Quid me vis facere ?

Cependant je trouve que vous faites ma lettre trop « obscure ». Il me semble qu'il vous eût été facile de me comprendre si vous l'aviez voulu avec énergie. Ma lettre tout à fait inattendue, je le vois bien, et qui, pourtant, devait nécessairement venir un jour, puisque je vous suis envoyé, avait surtout pour objet de vous avertir du voile qui est entre vous et la lumière.

Voici vos expressions : « Je ne manque pas de

foi... Personne n'a plus d'amour que moi... Peu d'hommes ont, autant que moi, le désir de la gloire de Dieu ». Le saint que je voudrais être vous répondrait : — Mon cher P..., aimé de Jésus et de Marie, pourquoi ne diriez-vous pas avec moi, pourquoi ne dirions-nous pas ensemble ceci: « Je manque de foi; personne n'a moins d'amour que moi ; peu d'hommes onl, aussi peu que moi, le désir de la gloire de Dieu ».Ah 1 que ce serait beau et que ce serait vrail Si vous obéissiez à Notre Seigneur qui veut être mangé chaque jour,vous verriez clair,vousne m'écririez pas que vous « croyez être dans la voie droite, que vous n'avez à vous reprocher que des défaillances journalières,... enfin qu'un changement radical, dans votre façon de vivre, ne vous paraît pas exigé*. C'est exactement le contraire que vous m'auriez écrit et en l'écrivant, vous auriez eu un éblouissement d'amour, au lieu de la tristesse et du trouble.

Comment ne comprendriez-vous pas cela? Il no sert de rien de dire que vous êtes « un misérable pécheur ». Vous Têtes moins que moi et nous le sommes peut-être, l'un et l'autre, moins que saint Paul avant la foudre. Il ne s'agit pas de ça. Il s'agit d'obéir à Dieu, c'est-à-dire de tout vendre, de tout quitter, de détruire en soi l'esprit du monde ..

Voilà, cher ami, ce que je peux vous dire de la part de Celle qui pleure. Vous êtes appelé, je le sais, je le vois et j'ai le devoir de vous en instruire. Les chrétiens du monde sont immobiles et contents d'eux-mêmes. Les autres, en petit nombre, sont des torrents

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jamais satisfaits. Dieu vous veut saint ; je ne dis pas vertueux, ni honorable, ce qui suffit aux bourgeois, mais saint, et il saura vous y contraindre, fût-ce par d'effroyables douleurs. Il vous tire à lui, chaque jour, par la fleur de vos entraillesqui est dans le Paradis.., Vous ne savez peut-être pas que la conversion des honnêtes gens est incomparablement plus miraculeuse que la conversion des scélérats.

30. — A une dame épouvantablement riche qui m'a envoyé 200 francs, pour m'aider à faire mon livre :

Madame, vous savez combien je suis inapte au remerciement. Notre Seigneur a dit qu'il y a plus de bonheur à donner qu'à recevoir et j'ai passé la plus grande partie de ma vie à sentir, de manière ou d'autre, cette vérité éternelle. Étant des Images et des Ressemblances de Dieu, il va de soi que les hommes — et même les dames — sont faits pour donner toujours et que ceux qui ne donnent pas se configurent aux démons. De la part de Notre Dame de la Salette,dont je suis le très-humble esclave, je m'empresse donc de vous léliciter, en regrettant que vous n'ayez pu faire davantage pour le service de notre •Souveraine.

A Gustave Schlumberger :

Je voudrais savoir si mon étude, L'Épopée Byzantine et Gustave Schlumherger, vous a plu. Je m'y suis fort dépensé, ayant conçu un vrai désir de sacrifier

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au membre do l'Institut que vous êles Je farouche pamphlétaire qu'on veut que je sois, en retour du plaisir extrême que m'avait donné votre somptueuse histoire du dixième siècle Byzantin. Immolation qu'on a peine à croire. Vous savez, pour m'avoir un peu lu, que mes croyances, mes sentiments et, plus que tout, ma façon de les exprimer éloignent de moi, comme par une valide main, la multitude. Depuis le commencement de ma vie littéraire, je dois me contenter du suffrage de quelques esprits. Vous jugerez sans doute équitable de ne pas me priver de cet unique salaire.

31. — Atelier Brou. Admiré sa Gloire de Viiliers qui devient une fort belle chose, une grande œuvre de sculpture. Je continue à ignorer comment peut subsister ce pauvre héros.

Lecture de Thiers (Baylen). Etonnante férocité des Espagnols qui se montrèrent plus enragés,plus diaboliquement dénués de générosité, en combattant pour leur royauté pourrie, que la pire canaille de France en démolissant la monarchie très-chrétienne. Aînesse et supériorité de ta France, même en ses plus horribles jours. Elle a beau faire le mal, elle ne peut en donner l'exemple qu'à des inférieurs. Elle ne descend jamais que jusqu'à un certain point et il sort toujours d'elle une Main divine.

Février

2. — Chandeleur. Jésus est présenté au Temple par un froid terrible.

Réponse à une lettre de Godefroy me reprochant d'avoir insinué je ne sais quoi. Enorme ! Les insinuations d'un obus à la mélinite !

Schlumberger m'exprime sa satisfaction au troisième degré au-dessus de la glace, assez loin des orangers, « J'ai trouvé que vous étiez bien dur pour les protestants dont je suis». Ce mem. bre souffrant de l'Institut, à qui j'ai donné ce que nul de ses collègues n'eût espéré sans démence, ne comprend pas que j'ai miséricordieusement écarté de lui une pire tribulation en lui épargnant ma douceur.

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