A un bienfaiteur
C'est une difficulté bizarre que j'ai souvent éprouvée d'avoir à écrire affectueusement et de tout son cœur à quelqu'un qu'on n'a jamais vu. Cependant il
y a entre vous et moi l'admirable cœur de Pierre Termier. Cela vous a suffi pour traiter avec bonté un chrétien situé loin de vous et que son mauvais renom vous eût empoché de jamais connaître. Ce que fait Dieu est admirable et sa Main est ici tellement visible que je me sens avec vous comme une parenté spirituelle. Nul ne sait qui est son plus proche, nul ne le saura que dans la Lumière et c'est une faveur très-insigne de rencontrer, ici ou là, après des douleurs immenses, quelques frères probables, quelques cousins supposés du Paradis.
Ma destinée est si singulière, je suis si en dehors de la voie commune que cela m'arrive assez fréquemment. J'ai eu des amis passionnés, me donnant des preuves d'un dévouement héroïque, mais séparés de moi corporellement par des obstacles invincibles et qui sont morts sans que je les aie vus. Dieu ne voudra peut-être pas qu'il en soit ainsi, de vous à moi. Vous savez par Termier,qui fut mon excitateur, l'œuvre que j'ai entreprise et qui ne sera certainement pas ce que quelques-uns pourraient prévoir. Pour tout dire en peu de mots, je vais à la Salette comme Christophe Colomb à la découverte du Nouveau- Monde, avec peu de vivres et un équipage dont je ne suis pas très-sûr, mais dans la plénière et constante volonté de périr parmi les tourments, si cela est nécessaire ou seulement profitable. Notre Seigneur et sa Mère savent exactement le compte des âmes qui prieront pour moi.
26ô l'invendable
6. — Un inventeur qui a du flair me demande quatre mille francs pour tirer parti d'une découverte qui changera très-probablement la face de la terre. J'ai connu plusieurs de ces êtres privilégiés qui ne se lassent pas Jusqu'à la mort, de faire tourner le globe sur leur petit doigt.