Exposition de peinture et de sculpture
imée je ne sais comment. Affreux tableau de
Willette. Une vierge de Montmartre à l'Enfant
Jésus. Botiecelli de maison d'amour. Instinct de profanation vraiment démoniaque remarqué en cet artiste depuis longtemps*
26. — Il pleut chez nous et toute plainte à la propriétaire serait en vain. Habentes alimenta et quibus tegamur his contenu simus, a dit saint Paul. J'ai donc le droit de ne pas être content.
27. — Ma Véronique, son Fleuve des Larmes/Se ne peux plus l'entendre chanter, ni penser à elle sans pleurer. C'est intolérable de se représenter une créature si élue et si désarmée dans ce hideux monde !
29. — Apparition extraordinaire d'un autre ingénieur, ami deTermier et passionné pour mes livres. J'aurai sans doute l'occasion de reparler de cet ami des pauvres et des abandonnés. Il se nomme Philippe Raoux... Mes chemins sont étranges et sans douceur. Jusqu'à ce jour, les gens qui sont venus à moi ont été des êtres malheureux ou qui avaient besoin de souffrir. La souffrance est un tel bienfait ! Les âmes désignées pour cette Ecole supérieure, vraiment polytechnique, viennent de mon côté, sans sa-
voir, comme les brebis vont au pâturage ou à l'abattoir.
30. — Aux Indépendants. Vu cette inconcevable exposition. Les quatre tableaux envoyés par mon ami Coutelier semblent tout à fait supérieurs, comparés à tous les autres paysages dont l'infamie, la sottise ou la démence ne peuvent se dire. Quant aux tableaux de nu, c'est une hideur infernale, et Rouault, hélas! y tient la première place. En vain j'essaie de comprendre comment il se peut qu'un artiste qui est exactement le contraire d'un ignorant et d'un abject — le seul, peut-être, qui fasse penser encore un peu à Rembrandt — se soit voué à cette caricature abominable où se dégrade mortellement, en sa personne, la plus virile peinture de notre temps.
Mai
1er. — A Georges Rouault :
Mon cher ami, j'ai vu hier les Indépendants. Inde-
pendants de quoi peuvent-ils être, ces esclaves de la sottise et de l'ignorance absolues ? C'est épouvantable. Il y a un nommé Czobel dont la puanteur est démoniaque. J'ai vu naturellement votre unique et sempiternelle toile, toujours la même salope ou le même pitre, avec cette seule et lamentable différence que le déchet, chaque fois, paraît plus grand.
Vous dites:* Oui, Léon Bloy n'aime pas ce que je fais. Bloy est un écrivain, un poète qui a ses besoins et qui s'agite volontiers. Il ne comprend pas, voilà tout >. Et cela vous tranquillise.
Hélas I mon pauvre Rouault, comment vous faire comprendre à vous-même que je ne suis pas un dilettante, mais vraiment un juge, votre juge envoyé tout exprès; qu'au point où vous en êtes, il ne s'agit plus de peinture ni d'un art quelconque, mais de votre dignité d'homme, de votre âme très-précieuse et que vous êtes un insensé de ne pas me croire? J'ai, aujourd'hui, deux paroles pour vous, rien que deux, les dernières, après quoi, vous ne serez plus pour moi qu'une viande amie. Primo: Vous êtes attiré par le laid exclusivement, vous avez le vertige de la hideur. Secundo: Si vous étiez un homme de prière, un eucharistique, un obéissant, vous ne pourriez pas peindre ces horribles toiles. Un Rouault capable de profondeur sentirait ici un peu d'épouvante.
Je vous ai dit ou écrit plusieurs fois que votre manie m'affligeait. Cela ne vous a pas paru bien sérieux, n'est-ce pas? Vous avez vu là une boutade plus ou moins amusante, s^uis soupçonner un instant qu'il
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s'agissait de l'affliction réelle d'un homme d'absolu et que cela était chose grave... Il est temps de vous arrêter.
2. — La pluie bat mes vitres. Je me sens privé de courage autant que d'argent, ce qui est beaucoup dire. Puis tout ce qui se passe est si bêtement immonde! Je vomis sur le vingtième siècle par les créneaux de ma tour de plomb •
6. — «... En sortant de votre maison », m'écrit le jeune musicien Félix Raugel, vu hier pour la première fois, « on a l'impression qu'on ne peut plus et qu'on ne doit plus aller chez personne ».
8. — A un prêtre frappé par la Congrégation de l'Index pour avoir fait un bon livre qui gène quelques Grandeurs.
... Je savais que votre ouvrage était à l'Index. Oubliant votre dépendante situation, je pensais que vous deviez avoir, pour ce genre de prohibition, le mépris que méritent en général les Congrégations de simo. niaques dont le Siège apostolique est inexprimablement déshonoré. Vous n'ignorez pas que le comble de la folie serait d'espérer la béatification du thaumaturge le plus incontestable sans le préalable ver-
sèment de sommes immenses. Cela pour les Rites. Quant à l'Index, il est tout à fait probable que quelques milliers de francs bien placés eussent tout arrangé, en rassurant les froussards de Y inopportunité. Les voilà, les vrais « démoniaques »,tels que l'Évangile les montre çà et là, surtout à la Passion de notre inopportun Rédempteur. Combien de livres furent mis à l'Index, parmi ceux qu'on vante aujourd'hui et qui se voient dans toutes les mains! Le refus d'explications de Ylndex,par quoi tout peut être supposé, ressemble lort à la loi qui ne permet pas de faire la preuve d'une diffamation et qui frappe ainsi un homme sans défense. Pour ce qui est de la Croix, vous connaissez mes sentiments à l'égard de cette feuille du Démon, surtout si vous avez lu la préface de Mon Journal.
Soyez sûr, cher opprimé, que justice vous sera rendue et que vous aurez une belle revanche. En ce qui me concerne, comme je me fiche absolument de l'Index et des décrets de cette racaille, je continuerai de faire lire votre salutaire ouvrage, qu'on prétend mettre sous clef, ne pouvant le condamner, alors que le Pape lui-même devrait l'approuver du haut de la Chaire infaillible et le recommander avec allégresse au monde chrétien, — s'il n'y avait pas, dans son voisinage immédiat, une si sombre figure cardinalice. Mais il faut des catastrophes inouïes et je crois quïl •n'est plus temps d'y échapper.
C'est donc vrai que vous allez, vous aussi, être expulsé ! Quel spectacle donné par ces horribles politi-
ciens de la République, vautrés dans les déjections des monarques visiteurs, intrépides seulement contre Jésus en croix et contre ses pauvres 1 11 est vrai que les catholiques modernes ont tout mérité. Dieu ait pitié de vous et de moil
9. — Évacué péniblement le copieux livre d'Edmond Lepelletier, dit le « putois délabré », sur Paul Verlaine, bouquin résolument stupide que le nom seul du poète peut faire lire. Quelle tristesse ! Sans doute son historien prétendu est un misérable, mais lui-même, hélas 1 Dieu a dû juger avec une miséricorde exceptionnelle ce malheureux poète resté enfant de barbare et se ruant comme tel aux joies grossières, irrésistiblement.
10. — Réveil douloureux, comme j'en ai eu si souvent. Forte impression de mes deux misères, extérieure et intérieure. Quasi-assurance de toujours souffrir. 11 y a des âmes que Dieu aime à voir souffrir. « J'ai l'extase et la terreur d'être choisi >,a dit Verlaine.