A un ami
... Je connais Josef Florian depuis huit ans. C'est une âme extraordinaire. Belluaires et Porchers lui est dédié. On lit à la première page : « Ce livre est offert à l'un des rares survivants du Christianisme, à Josef Florian, propagateur de Léon Bloy en Moravie ». Vous voyez où nous en sommes. Cet excellent tchèque a de moi une telle idée qu'étant pauvre, il s'est demandé, plusieurs fois, s'il n'avait pas le devoir de voler et d'assassiner pour me venir en aide. Je l'ai vu, à la Salette, l'année dernière, le 15 août. Informé qu'un ami payait mon pèlerinage, il s'arrangea, Dieu sait à quel prix, pour y venir passer deux jours, voyage d'environ huit cents lieues aller et retour. Son écriture, meilleure que la mienne, le donne tout entier. Il n'y a pas d'homme plus droit, ni plus ferme. C'est une nature de martyr, absolument. Il a su par moi l'existence et l'importance de votre livre que, déjà, sans doute, il songea traduire, ce qui vous ferait des lecteurs aux environs d'Auslerliîz,licu do gloire et de victoire.
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Je suis ravi de celte occasion, nullement prévue, de vous faire connaître un de ceux qui m'aiment. Ce Josef Florian se ferait tuer pour moi, je vous le dis, et il n'est pas seul. Telle est ma destinée. Je suis, non pas pauvre, ce qui est une manière d'être riche, mais indigent, condamné à souffrir beaucoup, mais j'ai de tels amis et leur nombre augmente...
Je crois que j'ai un beau livre à faire sur la Salette, livre qui ne peut être écrit que par un proscrit, un paria, un casse-cou, un homme absolument indépendant. Mais il faut qu'on m'aide... Vous n'êtes pas sans connaître des rochers. Alors tapez dessus avec confiance, au moyen d'une verge ou d'une trique, et vous verrez jaillir de l'argent ou même de l'or...
10. — « Souvenirs de Mélanie, bergère de la Salette ». Pages extraites d'une histoire en piéparation de cette sainte si peu connue. Les choses merveilleuses de son enfance ! C'est infiniment beau, et le plus déconcertant prodige, peut être, est que la malice chrétienne ait réussi, soixante ans, à cacher, à étouffer cela.
11. — À propos d'un financier à qui on m'a conseillé d'envoyer mes livres:
... Si les chrétiens riches pouvaient voir l'importance de mon œuvre, ils m'aideraient, pour le piofit de leurs âmes, en procurant la sécurité matérielle à
son auteur. Mais ils sont sans oreilles et sans yeux, comme les vers des sépulcres. Il n'y a pas longtemps, un millionnaire disait devant moi que, quand on aimo l'art, on doit se garder de secourir les artistes, lesquels ont besoin de souffrir. Vous savez qu'on crève les yeux aux rossignols pour les faire chanter dans l'illusion d'une perpétuelle nuit. Dieu considère cela du fond de son ciel plein de lumière et la Vierge pleure.
15. — Lu, dans les journaux, l'ignoble guerre de Clemenceau à Jeanne d'Arc. Ce vieux gamin décrépit et malfaisant s'oppose, sous prétexte de combattre le cléricalisme, aux fêtes de Jeanne d'Arc, célébrées, chaque année, à Orléans. Receveur fréquent, jïmagine, de coups de souliers au derrière, dans sa Loge, il n'a pu refuser de s'affubler de ce ridicule et de cette ignominie supplémentaires.
Transport et installation du monument de Brou au grand Palais. Un sergot dit au passage : « C'est une résurrection. Y a du bon! » Nous verrons l'effet sur les Juges.
16. — Le Mercure de France m'apporte une première série de réponses à une enquête ainsi présentée: « Assistons-nous à une dissolution
ou à une évolution de l'idée religieuse et du sentiment religieux? » Réponse de Francis Jammes : « Nous assistons à la dissolution de tout ce qui n'est pas le catholicisme ».
A Vallette :
La seule réponse qui me plaise dans votre première série est celle de Francis Jammes et je m'inscris avec empressement pour être son voisin le plus proche au spectacle si consolant de cette putréfaction. Je pourrais ajouter quelques insolences, mais je deviens affable en vieillissant. La vie d'un chrétien est vraiment trop courte et, surtout, trop grave pour répondre à d'aussi vaines questions. Adressez-vous donc à des penseurs. Ces gens-là ont du loisir.
L'événement le plus remarquable de ces deux derniers jours, c'est que je n'ai pas payé mon terme.
17. — Jeanne allant, ce soir, porter quelques provisions et un peu d'argent à une pauvre vieille malade, a été assaillie d'injures par des enfants qu'excitaient des femmes ignobles. Elle a même reçu des épluchures et une pierre qui ne Ta pas blessée, son ange invisible ne l'ayant pas permis. Pas de sergot très-heureusement. Ce gardien de la paix publique l'aurait, sans doute, arrêtée comme perturbatrice.
21. — Je pense quïl n'y a jamais eu d'époque aussi dénuée dlntérè t. Uniformité désespérante de la platitude et de l'ordure, attestée par les sécrétions du journalisme.
22. — Un chrétien qui ne veut pas souffrir avec Jésus est un bourgeois confortablement installé et le ventre plein, assistant de son fauteuil, avec un voluptueux dilettantisme d'attendrissement, au supplice d'un innocent qui meurt pour lui. Jeanne.
Temps perdu, journée perdue. Est-ce donc là tout ce que je suis capable d'écrire de ces heures qui n'ont pas dû être moins remplies que les heures de la plus grande bataille de l'histoire, si j'avais des yeux pour voir et un cœur pour palpiter ?
23. — Ce matin notre Véronique bien-aimée a seize ans. Je prie Marie de me donner quelque chose en considération de la beauté de Famé de cette enfant.