‹ L'Inversion Du Complément Direct Et L'Accent Oratoire Dans Le Roman De Troie dans le roman de TroieChapitre 10 sur 51 · NAS · texte numérisé non relu

NAS

Plaint e regrete Son damage E la perte de son lignage.

1513. Relieve s'en n'i puet plus estre, S'ala ovrir une fenestre, V'it la lune, que ert levee, Lores li est s’ire doblee :

« Dès or, » fait-elle, est-il enuiz :

« Passee est ja la mie nuiz », Clot la fenestre, ariere torne :

Iriee est mout pensive e morne.

Dans tous les exemples de ce 8, l’absence de tout accent oratoire me semble, en effet, incontestable. Prenons, par exemple, le vers 28289. Il est de toute évidence que ce vers ne signifie ni « c'est le roi Idoménée qu'il alla trouver » (roi, attribut logique), ni « quant au roi Idoménée, il alla bien le trouver » (roi, sujet logique), mais tout simplement : « il alla trouver le roi Idoménée », ou encore « un jour, il alla trouver le roi Idoménée ».

Schulze (56) se rend aussi très bien compte qu’un complément direct précédant le verbe est généralement dépourvu d’accent logique, mais il reconnaît qu'aucune étude approfondie n’a encore été faite sur cette question, « Il arrive souvent que... si le sujet est omis, le complément direct. se place en tête de phrase et cela dans des conditions qui ne permettent pas de le considérer comme sujet logique. Il est vrai qu'on ne peut tirer grgnd’chose des travaux qui servent de base au présent travail, puisque les observations détaillées à ce sujet font complètement défaut. Mais le fait n’en est pas moins vrai. » Ce que M. Schulze a senti par intuition, notre étude semble pouvoir le confirmer pour le Roman de Troie par l’analyse de chaque cas particulier.

Lorsque deux groupes binaires de ce genre se suivent, ils se disposent soit tous les deux dans l’ordre Complément direct—Verbe comme dans le vers 26389, soit, par une

espèce de chiasme, l’un en inversion et l’autre en ordre direct comme dans le vers suivant :

(56) Die Wortstellung im altfranzcesischen direkten Fragesatze, p. 15.

pe Re QE

18549. Le destrier prent, criefs’enseigne. (57)

Or, comme dans les descriptions analogues le rapport

d' accentuation logique est évidemment le. même pour chacun des deux groupes, il s'ensuit que, si dans tel cas l’auteur emploie tel ordre plutôt « que tel autre, il ne le fait que pour

varier le style ou encore pour échapper. aux difficultés de la

versification.

D'une façon générale, les exémplés de ce genre ne peuvent

se rendre en français moderne que par des phrases À ordre direct.

L'inversion n’est tolérée aujourd'hui que dans les vers, encore que très

rarement et avec beaucoup de réserve : ainsi, dans la traduction du eee) ogué adoptée par le clergé français, on « : | Tes père et mière honoreras, Afin de vivre longuement. à SE Mais l'italien et les langues ibériques offrent même en prose des exemples de phrases à ordre Complément direct—Verbe :: Ital. : La cesta prendo (« je prends le panier »). Esp. : EI dinero buscamos (« nous cherchons l'argent »).:

Phi créent et d'un Complément direct.

Soit une phrase définie se composant d'un Impératif et d'un Complément direct. Dans huit phrases de ce genre le Roman de Troie se sert de l’ordre Impératif—Complément direct et dans trois phrases seulement de l'ordre Complé-

ment direct—Impératif. L'ordre direct est donc ici plus fré

quent que l’inversion, contrairement à ce qui se produit dans ms | + (57) La même fste affecte souvent le: groupe Sujet—Verbe;- par exemple, v. 8325:

Li cheval meinent tel freor, Me

Tote la terre crolle entor: >

Fremist li airs e li cieus tremble; .* D'amibedous parz viènent ensemble.

le cas où le verbe est à l'indicatif ou au subjonctif. Exemples. Ordre Complément direct—Impératif

1753. La Toison prent, lui lai ester, E ne t’i chaut plus demorer :

Isnelement si t'en repaire, Qu'’enui n’i aies ne contraire.

Ordre Impératif —Complément direct :

- 15448..Remanez vos, douz ami chier, Creez les diz vostre moillier !

25707. Dites la definicion -E après si parfineron Com ço seit acompli e fait.

Ainsi que le fait observer M. Brunot (58), la construction Complément direct— Impératif est rare dans toute la littérature française du Moyen-Age. ;

La chose se vérifie en particulier pour la Chanson de Roland, où, d’après Morf, la construction Complément direct—Verbe à lieu dans trente-sept cas sur cent. ;

Même rapport entre les ordres Complément direct—Impératif et Indicatif Complément direct À observer grosso modo pour le latin ; c'est ainsi que l'on a carpe diem (Horace) à côté de diem perdidi (Suétone, Vie de Titus), groupes où la différence du traitement du régime s'explique aisément par la nature du mode verbal.

Ce phénomène s'observe aussi dans certaines autres langues où Pordre Complément direct—Verbe est considéré comme normal ; ainsi les hongrois disent betüzze a $zot (=tpelez le mot), à coté de a szôt betüisem (=j'épèle le mot).

- Nous n'avons dans le Roman de Troie qu’un seul exemple de Participe présent accompagné d’un Complémeni direct avec article défini ou pronom possessif ; ces deux membres de phrase y sont disposés dans l’ordre direct :

11606. Querant mon mal.

(58) Histoire de la langue française, [, p. 268.

S 14, — Phrase se composant d'un Verbe, d’un Participe

passé et d'un Complément direct.

Si la phrase se compose d'un verbe accompagné d'un participe passé ét d'un complément direct, les ordres les plus fréquents que l’on rencontre sont: Complément direct— :Verbe-Participe passé et Participe passé—Verbe—Com-

plément direct, J'ai noté quarante-trois propositions avec

ordre Complément direct—Verbe-—Participe passé et vingt

propositions avec ordre Participe passé —Verbe—Complément direct ; quant aux ordres Verbe—Complément direct—

Participe passé (demi-inversion) et Verbe-—Participe passé—

Complément direct, ils ne se trouvent dans le Roman de

Troie que chacun une fois (59). La fréquence des successions Complément direct-Verbe-—Participe passé et Participe passé—Verbe—Complément direct s'expriment donc respective-

ment par les rapports de soixante-six sur cent et de trente ete

1 4 ge . A CS PA un sur cent. Par conséquent, l'inversion peut être considérée

ici comme l'ordre normal, Si l'ordre Participe passé— Verbe—Complément direct est. moins rare (par rapport à l'inversion) que l'ordre. Verbe—Complément direct (v. 8 9),

cela tient à ce qu'il ne répugne pas au vieux français de

commencer un groupe de mots par un participe passé, au

même degré que cela a lieu pour un verbe personnel. “é

Parmi les phrases qui consistent en un Complément .

direct, un Verbe et un Particine passé, aucune ne peut, à: s A € ei ” 7 à L # .

mon sens, être envisagée comme affectée d'un accent logi-

N ; 1] , AGIR aqùe grave. Nous n'avons pas non plus d'exemples où le

(59) En vieux français, ces deux dernières constructions sont tout à fait excepticnnélles (v. A. Schulze: Die Wortstellune im altfranzoesischen Fragesatze, p. 15); l’ancienne syntaxe était réfractaire à la mise en tête du verbe auxiliaire,

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