‹ L'Inversion Du Complément Direct Et L'Accent Oratoire Dans Le Roman De Troie dans le roman de TroieChapitre 4 sur 51 · PRELIMINAIRES · texte numérisé non relu

PRELIMINAIRES

"Ts,

$ [. — Inversion et demi-inversion.

On sait qu'en français moderne, sauf dans certains cas déterminés, le complément direct, ou régime direct (en anglais object, en allemand À kkusativ),suit toujours le verbe. Nous appellerons l’ordre Verbe—Complément direct ordre direct (par exemple, dans je vois le château), et nous désignerons l'ordre inverse; c’est-à-dire l’ordre Complément direct—Verbe par inversion (dans je le vois, que vois-je ?). Ces termes seront également appliqués à l’ancien français, où, cependant, l’ordre Complément direct—Verbe est infniment plus fréquent qu'en français moderne.

Lorsque le complément direct dépend d’un verbe exprimé par un temps composé ou d'un infinitif régi, à son tour, par un verbe personnel, il se présente trois cas :

1° Je complément direct suit les parties constitutives du

verbe qui le régit ( a) verbe et participe passé, b)! verbe et infinitif, ou même c) verbe, participe passé et infinitif), par exemple dans il a pris le reçu, il veut prendre le reçu, il a voulu prendre le reçu ; : 2° le complément direct précède les deux ou trois parties du verbe dont il dépend, par exemple dans quel chemin a-t-il pris? que m’auront donné mes amis, ou nous le pouvons dire (XVH° s.), ils la sont allés chercher (XVIr s.) ;

et 3° le complément direct est intercalé entre les parties constitutives du verbe, par exemple dans vous n'avez rien

entendu, noüs pouvons le dire, ils auraient voulu t'inviter. Nous donnerons au dernier cas le nom de demi-inversion,

par opposition aux deux précédents, c'est-à-dire à l’ordre

direct et à l’inversion.

8 2, — Inversions cachées et inversions rompues.

Le français se sert parfois de tournures qui, pour le sens, se rapprochent beaucoup de cé que nous avons appelé inversions, quoique, rigoureusement parlant, elles ne contiennent pas d'ordre Complément direct-—Verbe. Ces tournures sont : l° l'enchaînement du complément direct dans la formule c’est.... que (ou est-ce.... qué) introduisant la phrase ; 2° la eh du D nplenent direct mis en tête de phrase sous forme de pronom personnel.

Exemples : 1° C'est cet homme-là que je connais;

Si 2° Cet homme-là, je le connais.

Dépourvues des mots c’est. ... que et du pronom 1e ces expressions se réduiraient à de onples à inversions; en effet, on aurait alors la phrase cet homme-là je connais, inadmissible en pratique, mais dont la traduction littérale serait tout à fait correcte en anglais, en allemand et, dans certains cas, en italien.

Ainsi, en apparence, : n'y a que les pronoms que et le qui, dans ces locutions, subissent l'inversion : aucun substatié jouant grammaticalement le rôle d'un complément direct n'y précède le verbe. Ces figures constituent donc un compromis entre la stricte rigidité de construction dite « logique » et la tendance à mettre tel mot en tête de phrase pour le faire ressortir. Le génie de la langue n'admet pas l'inversion, force est alors de recourir à un subterfuge ; aü point de vue du sens, on en a là une quand même, mais les apparences n'en sont pas moins sauvées.

Or cette absence d’inversion dé substantif étant en quel que sorte une illusion, un trompe-l'œil, et les mots c’est... que et le ne servant qu'à cacher l'inversion du complément

direct, nous appellerons de telles expressions inversions cachées : de plus, suivant qu'une inversion de ce genre appartiendra à l'un des deux types de construction cités plus haut, nous dirons qu'elle est de premiere ou de seconde espèce. .

Ïl arrive que la formule c'est. .que prête à confusion lorsqu'on est tenté de l'interpréter FA rs ainsi c'est le livre que j'ai perdu pourrait correspondre aussi bien à Hbrum perdidi qu'à hic est liber quem perdidi. Toutefois le contexte est toujours là pour nous guider dans ce cas. Æ

Parfois on peut remplacer l'expression c'esliv,.que/par il, ad,

que ou par est celui....que; paf exemple, il n'y a que vous que j'estime ici (=ce n'est que...); ...e# Thésée est celui que j'implore (Racire) (c'est Thésée que...) à

Toutes ces formules correspondent à des formules analogues, où, au lieu d’un complément direct, on a un complément indirect ou circonstanciel ou même un sujet grammatical (avec substitution de qui à-que). Ainsi, dans des cas logiquement comparables, le français se sert des phrases :

19 C'est nous qui avons trouvé 5 clef.

C’est là que je dors (arch. c'est là où je dors). C’est à vous que je parle (arch. c'est vous à qui je parle où c'est à vous à qui je parle). (1) Il n'y a qu'en descendant que cela arrive.

20 A vous, je vous le donne volontiers.

« De ces choses:là, je m'en souviens très bien. Mes enfants, eux, ne le savent pas.

On s'aperçoit que les inversions cachées ne représentent qu'un \ cas particulier d’une figure plus générale.

En\ principe, le temps du verbe étre enchaîné dans toutes ces formules entre ce et-que (ou qui) devrait s'accorder avec celui du verbe principal, et c’est ce qui a lieu, par exemple, dans les expressions telles que ce fut lui qui dénonça ses camarades, c'était vous que je cherchais où ce sera une charmante Statue que vous ferez (A. de Musset, Les Caprices de Marianne, Acte IT, sc. I). Mais souvent, surtout dans le langage courant et, en particulier, lorsqu'il s'agit d'un passé -indéfini, d’un futur ou d'un conditionnel, il y a invariabilité de la forme est :

C'est-moi qui l'ai réparé. HD

C’est le jeune homme que j'aurais pris si j'avais pu.

}) Pour ces pléonasmes de l'époque classiqué voir aussi F. Brunot: La Pensée et " Langue, p, 182,

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