Chapitre I PRELIMINAIRES
î^ I. — Inversion et demi-inversion.
On sait tju'rn : . . .af dans certains cas
déterminés, le complément direct, ou régime direct (en anglais object, en allemand i4/f/i»usa/ii;),suit toujours le verbe. Nous appellerons l'ordre Verbe — Complément direct ordre direct (par exemple, dans je Vois le château), et nous désignerons l'ordre inverse, c'est-à-dire l'ordre Complément direct — Verbe par inversion (dans je le vois, que vois-je }). Ces termes seront également appliqués à l'ancien français, où, cependant, l'ordre Complément direct — Verbe est infiniment plus fréquent qu'en français moderne.
Lorsque le complément direct dépend d'un verbe exprimé par un temps composé ou d'un ilifinitif régi, à son tour, par «rbe personnel, il se présente trois cas :
I ' le complément direct suit les parties constitutives du verbe qui le régit ( a) verbe et participe passé, b) verbe et infinitif, ou même c) verbe, participe passé et infinitif), par exemple dans il a pris l i>rendte A /. ( /^ // n
Voulu prendre le reçu ;
2" le complément direct précède les deux ou trois parties du verbe dont il dépend, par exemple dans quel chemin at-il pris? que m'auront donné mes amis, ou nous le pouvons dire (xvif s.), ils la sont allés chercher (XVII' s.) :
et 3" le complément direct est intercalé entre les parties constitutives du verbe, par exemple dans vous n'avez rien
entendu, nous pouvons le dire, ils auraient voulu t' inviter. Nous donnerons au dernier cas le nom de demi-inversion, par opposition aux deux précédents, c'est-à-dire à Tordre direct et à l'inversion.
§ 2. — Inversions cachées et inversions rompues.
Le français se sert parfois de tournures qui, pour le sens, se rapprochent beaucoup de ce que nous avons appelé inversions, quoique, rigoureusement parlant, elles ne contiennent pas d'ordre Complément direct — Verbe. Ces tournures sont : 1 " l'enchaînement du complément direct dans la formule c'est, . . . que (ou est-ce. . . . que) introduisant la phrase ; 2" la répétition du complément direct mis en tête de phrase sous forme de pronom personnel.
Exemples : 1" C'est cet homme-là que je connais; 2" Cet homme-là, je le connais.
Dépourvues des mots c'est. . . . que et du pronom le, ces expressions se réduiraient à de simples inversions; en effet, on aurait alors la phrase cet homme-là je connais, inadmissible en pratique, mais dont la traduction littérale serait tout à fait correcte en anglais, en allemand et, dans certains cas, en italien.
Ainsi, en apparence, il" n'y a que les pronoms que et le qui, dans ces locutions, subissent l'inversion : aucun substantif jouant grammaticalement le rôle d'un complément direct n'y précède le verbe. Ces figures constituent donc un compromis entre la stricte rigidité de construction dite <( logique » et la tendance à mettre tel mot en tête de phrase pour le faire ressortir. Le génie de la langue n'admet pas l'inversion, force est alors de recourir à un subterfuge ; au point de vue du sens, on en a là une quand même, mais les apparences n'en sont pas moins sauvées.
Or cette absence d'inversion de substantif éiaiù tn cjut']que sorte une illusion, un trompe-l'œil, et les mots c'est. . . . cjue et le ne servant qu'à cacher l'inversion du complément
direct, nous appellerons de telles expressions inversions cachées ; de plus, suivant qu'une inversion de ce genre appartiendra à l'un des deux types de construction cités plus haut, nous dirons qu'elle est de première ou de seconde espèce.
Il arrive que la formule c'est ... .que prête à confusion lorsqu'on ( st tenté de l'interpréter littéralement; ainsi fV^f le livre que j'ai perdu pourrait correspondre aussi bien à ïibrum penlidi qu':\ /;;V est liber quevi pcrdidi. T-^"*-'"-'-- ''^ .-,^,^u-\■^.^ .^^t tinijours !•' ■ ■■" -^-x guider dans ce cas.
Parfois on peut. remplacer 1 expivssiun ccst....que par il y a... que ou par est celui. . . .qvp\ p-nr exemple. // u\ n que vous que j'estime ici ( = ce n'est que.. (Raciic)
( ~r\'<t Th:'<('-i' que
formules corres}X)nderi iiglogues, où,
,'iu ii<'u Cl un <«implément direct, on a un c<)inp.< nunt indirect ou circonstanciel ou même un sujet grammatical (avec substitution de qui à que). Ainsi, dan< logiquement comparabl
s Tt df.s nhras.-. :
( <si 1,1 ipa- je LfDts (arcli. c est la ou )c dors). C'est à vous que je parlel^arch. c'est vous à qui je parle ou c'est à vous à q[ui je parle). (1)
// n'y a (lu'iii di sci)ilinit tnir relu
De ces ilioscs-la, je )}i Di souviens : Mes enfants, eux, ne le savent pas.
On s'a]>erçoit que les inversions cach- '-présentent qu'un
■ .i> [particulier d'une figure plus;"çénérale.
En ]>rincij-,c, le temps du verbe être < formules < . que {ou qui) devrait s'acii.rdcj a\^c celui du wrbo
])rinci;>'d, * < c qui a lieu, par exemple, dahs-Ies exprr^xinns
telles que ce fut lui qui dénonça ses camarades, c'était von .L.'i.h,n\ ,ui ..• .,1,1 ,,,,. ,/.,MM'-<M^' v/,,/,,,. ,.,,.. ;.,,,, ^> fere. ,.\. o.-
I ). Mais souv. nt,
uiUiui d:.nh le: langagt- tuuiaiU ei, en parliculier, lorsqu'il s'agit
<run p.assé indéfini, d'un futur ou d'un conditionnel, il v a invariabilit<'
<lr l;i fu,, 11.
( ( >/ tni'i (^m i m rcpu) i . ( "f st le jeuue homme q;
(I) Pour ces pléonasmes de l'époque classiciu. La Pensée et la Langue, p, 182,
l'^ai'fois il \ ;i ht'sitation entre les deux eoiistnu lions, par ex. :
Ce Si ni l'clcri' (jni dcryti le fiiirc. ou C'est l'clc.t
( "rtnil niii/ ,/,(/ .k . ///.n [un i>i , '■.\\ ( 'i • / niKi .//,,■ </, .. .(/\ pader.
I vr'iis que, dans
!'■ I . ,-.; i,; -^r iii i u" i f j I u i n<" le temps
■ : ii.ijMi ,i!i |. lus-que-parfait <orrespond
]<• \x rbc ('// < a J 'iirijjariaii.
(^'pldil l'oiir ih/<( ,-/;/(' /, ;/\ <i[>j)rli\
l'"(i (<■ qui (oiK <[iiM la | . ( \<- iiomhir di/ !a l'ornic du \-('rl)c
r,' - " :!iil dan-. Il i-iiiinI I la I I, iii . ','\/. . ^Ml!llllt'S sa l'oni-
f :.-( iluiii.-Ml d.- la mr-riti' I -h;, .a ■ ii; , ',■•- / ;>/,)/, c'est
r\./ ;aw,. .^a.
Naw/-r,' (/(,s a,. ., //>a y (Mnlidiv : /.a liotirLU'ois
Cît')}iiUi('})i nie), a ^ ^
Est-ce la physuiUi ./at a/a: apprendre ? (Ibideni)
En vieux français rac(-i., -ail à tuutcs les persojines, comme
M . iaiit^ia -. romanes qui admettent des fornudes
I\sp. : EriS ht ijuien /.■
Port. : Na;;a»,s ;/().v (///<■ i> ttinns i hiiiiiculi).
\\:\\< il \- a li> u de i'air ■ !'r marL|i.Ha- qu'au fond le fi-ançrds ■est la
• '■..' iaiii^'nc '■ Mi ua'ni m de subs-
iaiiiil- sou-- torai a.' pionoms; soient <le\.iiu;> loui a lair rourant<'S
cl où Kin i'ni|)lii! ail dni par se ^én/M'aliscr -■! -.'('riiMa- en s\st^m<' ;
daai- lan^^o;. -- i"oniaMi'--, (II. : 'à titre
o\t . ( . 1 i I i-i i -a a a I a I i , a / - /; : , ^ i !i()ia( e
pai ,'(■(/(' /(■/ ; ( iii'iin!:' ih>i . ' .inn' ■> ir r > n .\i ni.i in'i a t^iidiii: :
' ' a /.' /a, . /-■ M. ; -., / /// , lir .., i il /, ,.< r.'//aa,./a
a ..E : a ,11!.. -.In , /;, ..,./a, ,,■,,■ ,/aas/,. a.o;/;- /
/■■ ,(//'' a/a;;.' / lil.'.^.'li |'.ti /.■ ' / c ', ^^ ,///<a a/aa. a.
Voici pour les inversions cachées. Quant aux expressions ce que faime bien, c'est le motif du début et appelle' le, le garçon, où, au lieu d'être mis en tête, le complément direct est, au contraire, rejeté à la fin, tout en ayant déjà été exprimé sous forme de pronom précédant le verbe, on les désif.mpra par le nom dUnt)er.^ions rompues (rf^spectivement
de première et de secottde espèce), puisque en supprimant la formule ce qiK- . ... c c^i ri K pronom / . /" /< >. «-n obtient un ordre direct pur et simple (faime bien le moitf du début ; appelle le garçon) et que, par le rejet en arrière du mot détaché, on détruit, on rompt l'inversion (anisi le garçon, appelle-le se transforme en appelle-le, le garçon),
' s tournures sont particulièrement fréquentes dans le langage familier; par ex. : On ne me la jait pas, celle-là ; ils frs font longues, les danses ; ce que faime, cest ça.
' 'inm'- iM>ur 1'-^ iiix-'i-i'Mi^ r.-i< fi*'»»-. -i, (l'»ns uPf inversion r<)ni|;ii
[>fir<is;'. uii UMlKiMii I <i; - Il m r I un '■:- n'i;i .i i ni ali iu'mK-> |>.ii i k m u» f>
.'!U françî^is ft dont l«^« inversinns rompues n«* sont qu'un cas particu-