II. // s'en moque, lu
M'" E. Richter (2) désigne par prolepse (du complément direct) ce que nous avons dénommé « inversion cachée de seconde espèce »; d'autre part, dans le traité de Bally (3) qui contient de précieuses observations sur la syntaxe française on trouve les termes assez commodes de reprise ou anaphore pour l'inversion cachée de seconde espèce et d*anticipation pour l'inversion rompue de seconde espèce. Mais ces termes généraux ne se rapportent pas uniquement au complément direct et, par conséquent, n'impliquent pas la présence d'une inversion ; de plus, aucun linguiste n'oppose ces figures aux expressions construites à l'aide des formules cest... que (inversion cachée I) et ce que.... c'est (inversion rompue 1), ni ne donne à ces dernières de dénomination cpéi iak.
(2) Zur Entwickelung der romanischcn Wortstellung aus der lateinischen.
(3) Traité de stylistique française.
§3. — Accent oratoire ou rhétorique. Valeur jorinclli: et logique des termes syntaxiques.
L'accent oratoire ou rhétorique consiste à mettre en lumière un ou plusieurs membres de phrase pour leur donner une importance particulière. L'accent oratoire peut être de deux natures : accent logique ou psychologique et accent émotionnel ou pathétique. Celui-ci ressortit du sentiment, tandis que celui-là tient de la raison, mais tous les deux offrent à l'orateur ou à l'écrivain une ressource des plus précieuses pour agir sur l'auditeur ou le lecteur, ressource qui n'est pas exclue non plus de la conversation la plus familière.
Les paragraphes qui suivent sont destinés à expliquer la signification précise des termes indiquant les différentes variétés de l'accent oratoire ; mais, avant de donner une définition de l'accent logique et de l'accent émotionnel, nous croyons devoir faire une digression pour préciser un point relatif à la valeur des termes syntaxiques.
Toutes les grammaires élémentaires établissent la classification des mots des langues indo-européennes en différentes parties du discours : substantif, adjectif, verbe (ail. Zeitwort), pronom, etc. C'est là une distinction purement formelle qui ne participe nullement de la logique, mais se fonde exclusivement sur la morphologie et varie de langue à langue.
En dehors de cela, ces grammaires admettent une autre classification, celle des différents rhembres de la phrase, jouant tel ou tel rôle syntaxique ; c'est ainoi que l'on distingue le sujet grammatical, l'attribut verbal ou verbe (ail. Praedikat), l'attribut nominal, le complém.ent direct, etc. A première vue, le sujet a beaucoup d'analogie avec le nom (substantif ou adjectif), de même que le verbe au sens -syntaxique est toujours un verbe au sens morphologique; et par le fait, les deux classifirations s-"- touchent de très près et -empiètent Tun-^^ sur l'autre. Mo''^ un sujet n'est pas nécessairement- un nom et un verbe-Praedikat peut
n substantif ou un adjectif; Hussi les phrases du type
rijaillei (..ii\ i- infiniiit) ' ' ' . , . . ^ ,^j^
classilication purement s^ntaxiqupuîo 4UC la ijontaxe sert de lien entre la logique et la maLictc du langage qu'est la morphologie, et qu'elle étudie en quel- (jue sorte comment telle ou telle langue, avec les moyens morphologiques dont elle disposent qui lui sont propres, paivient à s'adapter à la logique universelle et à exprimer les multiples nuances de la per^sée, il se trouve que la classification des mots suivant le rôle qu'ils jouent dans la phrase a pour base tantôt l'analyse des idées et tantôt la morphologie; elle est donc à la fois logique et formelle (4). Ainsi, le complément circonstanciel est une notion d'ordre logique. De même le rapport entre le complément direct ou indirect et l'attribut verbal est purement logique. Au contraire, la différence entre le complément direct et le complément indirect ne repose que sur la forme des mots, puisqu'une expression telle que homme aimant le repos (complément direct) équivaut logiquement à homme amoureux du repos (complément indirect) et que la tournure allemande einen Freund jragen, où l'on a un régime direct, correspond, quant au sens, à l'expression française demander à un ami, qui, elle, contient un régime indirect. (5)
Lorsqu'il s'agit d'un sujet ou d'un attribut, la question
(4) F. de Saussure voit aussi un rapport étroit entre la syntaxe et la mcrpholopie (Ling. Gén., Ch. VUl, p. 191), mais il semble prendre pour I).>int de départ la syntaxe plutôt que la morpholo^-ie. n Pour séparer cette étude (la morphologie) de la syntaxe, on allègue que c*'tte dernière a pour objet les fonctions attribuées aux unités linguistiques, tandis que la morpholotjie n'envisage que leur forme Mais cette distinction est illusoire... Linruistiquement, la morph'ologie n'a pas d'objet réel et autonom'* ; elle ne peut constituer une discipline distincte de la syntaxe.
(5) Pour le grec, le latin et l'allemand, voir ausbi ko ^A^i..i^ic. ,.il>.,s par J. Vendryès (Le Langage, pp. 125-126). « Ce n'est là, dit M. Vendryès en parhnt dci. discordances de ce genre, qu'une différence de forme; A i 'histoire en rend compte et l'explique, la raison ne la justifie pas. »
est plus délicate (6). Dans le cas d'un attribut verbal (ou « verbe »), la valeur formelle des termes sujet et attribut apparaît encore assez nettement ; ainsi, dans vivat rcx, vivat est une forme qui varie suivant les personnes, ce qui n'est pas le cas de rex. Mais toutes les fois qu'on a affaire à la distinction du sujet et de l'attribut nominal, la logique n'y est plus pour rien et la différence formelle s'y réduit à bien peu de chose (par exemple, dans la rose est une jleur ; le temps est beau) pour disparaître complètement lorsque la différence du traitement ne réside plus que dans l'ordre des mots (l' arithmétique est la science des nombres, ou repetitio — mater studiorum).
(>tte absence de distinction formelle ressort le plus nettement dans les langues sans article défini comme le latin {rosa est flos), dans celles qui n'ont ni articles ni genres, mais ont conservé l'accord de l'adjectif comme le finlandais {talot ovat suurit : les maisons sont grandes) et dans celles qui, tout en méconnaissant la différenciation des genres, possèdent un article déterminé dont elles font accompap-ner l'adjectif-attribut comme le basque {demhora ederra da, litt. : le temps est le beau).
Il est vrai que parfois Tattribut acquiert une valeur logique différente de celle des autres membres d'une phrase donnée, mais cela n'a lieu que si cet attribut grammatical coïncide avec ce que nous appellerons plus bas attribut logique ; or, c'est là une notion complètement indépendante, car l'attribut logique peut aussi bien être représerité par un membre de phrase autre que ce qu'il est d'usage de considérer comme un attribut grammatical, par exemple, dans l'ensemble de phrases où vas-tu? je vais à /a Poste»
Mais, dira-t-on, l'attribut grammatical désigne une classe d'objets, alors que le sujet grammatical indique un individu qui en fait partie ou, du moins, exorime une classe contenue dans celle que représente l'attribut grammatical, d'où l'on sera tenté de conclure à la valeur logique de ces termes. La vérité, c'est que cette différence n'est pas essentielle et n'a, d'ailleurs, pas toujours lieu, car a côté de proposi-
(6) « Il n'est guère facile de définir ce qu'au fond veulent dire sujet et attribut. » (Jespersen : Sprogets Logik, p. 42.)
tions du type tout a est h (7), il en existe, on le sait, d'autres du type a est identique à b (8) ou du type '^certains a sont des h (9) qui sont complètement symétriques (10). Ainsi si la proposition les hommes sont mortels implique que la classe des êtres mortels comprend la classe des hommes, un rapport analogue n'existe pas dans la locutioTi l'Etat, c'eit moi, dont les term.es sont parfaitement permutables; de même, si le sens de la phrase mon oncle est le propriétaire de cette maison diffère de celui de la proposition le propriétaire de cette maison est mon oncle, cela tient uniquement à ce que le sujet' logique de la première rbra~<:- o^t devenu attribut logique dans la ^pcond'^ et inv^r^ernf! I question du rapport i
(7) G. Peano : Formulaire de Mathématiques (Revue de Mathématiques, t. II, n° 3), page 8. — L. Couturat : Algèbre de la logique, p. 5.
(8) G. Peano: Formulaire de Mathématiques, p. 12. — L. Couturat: L'Algèbre de la logique, p. 6.
(9) G. Peario : Aritmetica Générale e Algebra Elementare, p. 24.
(10) L. Couturat: L'Algèbre de la logique, p. 7.
(11) On peut assimiler à ces phrases celles que M. Brunot indique conime exemples d'expressions d'identité (La pensée et la langue, p. 294) : mon désir est de le rencontrer seul ; son plan était d'entourer son entreprise de mystère. Mais on admettra difficilement le point de vue de O. Jespersen. qui considère que le sujet est l'expression a la plus spéciale qui puisse ^e rapporter au plus petit nombre d'individus, alors que l'attribut, comparé au reste, est l'idée la plus générale et peut se trouver appliqué à plusieurs individus » (Sprogets Logik, p. 56). Si det er jeg (« c'est moi qui le suis >■) n'a pas exactement le même sens que det er mig (« ceci, c'est moi »), cela dérive de ce qu'ici il y a identité {ceci^tnoi), et là a inclusion » (moi ; ceci) (v. L. Couturat: L'Algèbre de la logique, § 3, p. 5). La mêrne remarque concerne les phrase tyven det er ik.k.c rnig (a le voleur, ce n'est pas moi ») opposé à tyv det er jeg i^^e {a voleur, je ne le suis pas ») et moder var ikkc den aeldste k.vinde i landsbyen (« mère n'était pas la femme la plus âgée du village ») opposé à moder var den acldstc hvindc i landsbyen ikh<^ (« la femme la plus âgée du village n'était pas mère »). Ainsi tyven det cr tk.k.^ friig est une négation d'identité : affirmer que « le voleur... qui a commis le vol déterrniné dont il parle est quelque chose d'encore plu.s spécial que le mot dé^à très spécial et individuel je » (Sprogets. Logik, p. 59) est une subtilité qui. tient du paradoxe et qui repose sur une conception devenant .é^bsplurri^nt inutile lorsqu'on introduit la notion du sujet et de l'attribut Iqgiques. Du reste, dans ces "phrases les. mots moder ér det sont employés chacun dan§ deux sens différents (ma mèrjê et une mère, etc.), de même que tyv est dans un cas accompagné et, dans Fautre, dépourvu de l'article {-en). Il est aussi très dangereux de raisonner sur des phrasea négatives comme les deux dernières qui viennent ^'êtrc citées : elles sont
Enfin, l'objection qui consisterait a dire que la distinction formelle du verbe et du sujet correspond à la division logique des idées en actions (il mange) et en êtres vivants ou inanimés (livre, chien) se détruirait d'elle-même, puisque les mots tels que étude, étudiant, lutte, lutteur sont des formes à déclinaison pouvant sentir de sujets grammaticaux tout en exprimant des actions et que, inversement, les mots vit ( = £st vivant), git ( — est couché), brille (^est brillant) remplissent les fonctions dé verbes bien qu'ils désignent des états. D'ailleurs, une simple analyse des verbes exprimant des états et des actions « suffit déjà à ruiner la classification » de ces termes (12).
La classification syntaxique susmentionnée ne relevant pas exclusivement de la logique et même s*en écartant bien des fois pour redevenir purement formelle comme l'est toujours la classification morphologique, les grammaires supérieures, sans toutefois faire table rase des classifications précédentes malgré leur caractère parfois boiteux et factice, ont été contraintes d'introduire en outre une troisième distinction, celle du sujet et de l'attribut logique, distinction, cellelà, de nature beaucoup plus parfaite parce que reposant uniquement sur l'analyse logique de la pensée, indépendamment des habitudes de tel ou tel idiome.
toujours sujettes à caution, puisque la négation, on le sait, conduit aisément aux sophismes et peut soulever les plus grandes objections.
La distinction fondée sur le degré de généralité des idées semble être encore plus illusoire et plus arbitraire dans « c'est Pierre qui vient B (1. c, p- 60), car notre esprit ne reconnaît pas volontiers que « celui qui vient » 5oit une idée « beaucoup plus déterminée et plus spéciale que celle de Pierre, laquelle le comprend à tous les moments de sa vie et dans un nombre infini de situations » (pour s'en convaincre, il suffit d'analyser une phrase analogue, telle que c'est le jeune homme que vous voyez maintenant qui vient tous les matins; maintenant est évidemment moins « général )i que tous les matins et la phrase ainsi construite se prête par conséquent encore moins à l'explication du philologue danois, qui, d'ailleurs, recoruiaît lui-même que dans certains cas le sujet et le verbe grammaticaux sorti permutables et peuvent être considérés k tous les deux comme des sujets s) (1. c, p. 60).
(12) Brunot: La Petisée k Jô i^angue. p. 206.
§ 4 — Attribut et sujet logiques.
Supposons un jugement tel que la terre est ronde ou tel que mon ami chante. Le rôle logique des mots la terre et ronde — il ne s'agit plus de la forme des mots — n'est évi^ demment pas le même, celui-là exprimant une idée dont on affirme une chose, celui-ci représentant la chose affirmée elle-même. Logiquement, quoique les périphrases qui suivent paraissent un peu bizarres à première vue, on pourrait remplacer la première phrase par en ce qui concerne la terre, elle est ronde, ou bien vous savez ce que c*est que la terre, or je vous annonce qu'elle est ronde, ou encore la terre ? (c'est-à-dire voulez-vous que je vous parle de la terre ?) eh bien elle est ronde (13). Quant au mot chante du second jugement, il équivaut, au point de vue du sens, à est chantant et dès lors on n'a qu'à appliquer à la seconde phrase ce qui vient d'être dit au sujet de la première. (14)
Le ou les mots qui expriment l'idée au sujet de laquelle on affirme un fait seront désignés par le terme de sujet logique (15), alors que le ou les mots contenant la chose que
(13) « Si je dis : L'homme que vous voyez là-bas assis sur la grève est celui que j'ai rencontré hier à la gare », je me sers des procédés de la langue écrite et je ne fais qu'une seule phrase. Mais en parlant, j'auraus dit : « Vous voyez bien cet homme, — là-bas. — il est assis sur la grève, — eh bien! je l'ai rencontré hier, il était à la gare. > (Vendrycs : Le Langage, p. 173.)
(14) il est tnêinc des langues qui traduisent presque tous les verbrs. actifs ou neutres, par des expressions analytiques de ce genre; par ex. en basque, on a couramment des phrases telles que nere adtskide escuaraz mintzatcen da (litt. mon ami le basque parlant est), ou etche ik^usten duzu, « voyez-vous la maison » (litt. la maison voyant êtes ?). Inversement, il est des langues où l'adjectif et la copule se fondent en une seule forme verbale, par ex. .en arabe k<^bara signifie il est grand et sagh.ara, il eit petit.
(15) Nous nous garderons donc bien d'employer ce terme dans le sens de sujet apparent Uî faut partir) ou réel (il faut partir), comme en le fait sriuvent, pas plus que dans celui de ^ £Ujet grammatical a/ec toutes ses dépendances ,., ainsi que le fait H. Brelct (Grammaire française, S 753); de même, contrairement à la Grammaire de Brelet, nous ne donnerons jamais aux mots <t attribut logique » le sens d' « attribut grammatical avec toutes ses dépendances ».
Ton communique constitueront V attribut logique. Dans les propositions ci-dessus le Sujet et l'Attribut logiques coïncident avec le Sujet et l'Attribut grammaticaux dont il a été question plus haut à propos de la classification syntaxique (§ 3); mais il n'en est pas toujours ainsi.
Prenons les phrases jortissimi omnium sunt Belgae (a ce sont les Belges qui sont les plus courageux de tous ))) (16) et reste le côté économique de la question. Les grammaires nous disent que Belgae et le côté économique de la question sont ici des sujets grammaticaux, que jortissimi est un attribut nominal et reste { = est restant) un attribut verbal (ou « verbe »). Mais en nous mettant au point de vue de l'analyse logique et en procédant comme tout à F^heure, nous nous apercevrons aisément que la première de ces phrases équivaut à (( les plus courageux ? ( ^ vous tenez à ce que je vous dise quel est le peuple le plus courageux ?) eh bien ce sont les Belges », ou « quant à la question de savoir quel est le peuple le plus courageux, apprenez que ce sont les Belges )). De même, le mot reste est le point de départ du second jugement, qui signifie (( ce qui reste, c'est le rôle économique de la question )). Nous sommes donc fondés à conclure que jortissimi et reste sont des sujets logiques tout en étant des attributs grammaticaux, alors que Belgae et le côté économique constituent de^ attributs logiques bien que représentant des sujets grammaticaux.
Il surgit ainsi une contradiction intércssant<^ qui tient à l'inconsciènce de l'évolution du langage. « La morphologie indo-européenne fait apparaître une distinction profonde entre deux séries de formes, les unes nominales et les. autres verbales. Si la phrase ne comjwrte que le rapport de deux noms, elle est dite nominale ; si elle comprend un verbe, ou du moins un verbe aiîtie que le verbe « être » ou copule, elle est dite verbale. » (17)
(( La seule idée de les confondre paraîtrait une absurdité. La morphologie indo-européenne- pré£ente en effet pour l'un et pour l'autre
- (16) César: De Bello Gallico, chap. î.
(17) A. Meillet; Introduction à l'étude comparative des langues indoeuropéennes, p. 340.
des séries de suffixes et de désinences qui ne sont pas les mênu> En outre, (( s'il y a des langues où le nom et le verbe n'ont p-as de forme distincte, toutes les languies s'accordent pour distinguer In phrase nominale et la phrase verbale. » (19)
La plupart de nos langues établissent donc une distinction formelle entre le noni et le verbe et aussi entre le sujet et l'attribut (voir § 3) en leur donnant des désinences et des propriétés formelles différentes, et cela, à l'origine, tHidemment sous prétexte de satisfaire à une distinction logique fondée sur le fait qu'il y a des mots qui servent d'attributs logiques plus souvent que d'autres. Nous avons vu, d'ailleurs, que toutes les prétentions logiques de la classification syntaxique et, à plus forte raison, de la classification morphologique (^ 3), sauf {Knit-ctre celle-ci, doivent être écartées sans appel. Or, il se trouve que dans certains cas la distinction logique du sujet et de l'attribut logiques non seulement ne coïncide pas avec la distinction formelle des termes m .rphologiques syntaxiques, par suite de la discordance qui existe entre le langage et la pensée, mais encore la contredit d'une façon manifeste. En d'autres termes, de ce que certaines id<^s {rester, chanter...) contiennent très souvent la chose à communiquer, on est amené, |X)ur ces idées, à étendre la forme destinée primitivement à montrer qu'il s'agit de la chose à communiquer (chante) et non de la chose (ou personne) au sujet de laquelle on annonce un fait (ami), aux cas où le rôle des mots est interverti (reste... le côté). « Le sujet, dit M. Brunot (20), n'est pas une création de Tanalyse, c'est une réalité de la parole, réalité vivante que l'analogie a même étendue, de proche en proche, à des formes qui n'en avaient pas besoin pour l'expression de l'idée. >» Pour être conséquentes avec elles-mêmes, nos langues devraient, si c'était morpholoçriLUiêment possible, transformer en verbe personnel l'exprèséconomiijtie de hi question et non pfls l'adjectif restant.
En latin enfant qui court se dit puir currens ou />//. l'on tient à indiquer qu<' ti'l enfant est vraiment un être qui cuuii, « 'est-.-^-dire qu'il court, on substitue currii à currens en joignant In «Dpule est de la phrase hypothétique puer est currens ou / cursor, ce qui donne curri* ' •' currens — est cutsor). Mais -,. ■ ..n veut montrer que celui qu ^t un enfant (avec interversion des
rôles, puisque c'est enfant qui dc\ ient attribut logique, on ne verbalise point puer, autrement dit on ne lui fnit pas subir une transformation morphologi-i désinences verbal.
(18) Vendryè jage. p. 13^.
(19) Vendryèë i r? Langage, p. 143.
(20) U Pensée et U Langue, p. 227,
continue, par inertie mentale, de se figurer que le mot principal < i currens ou cursor, formes qui, cependant, ne sont plus ici que des sujets logiques, et dont la désinence n'a, pour ainsi dire, plus de justification et plus de raison d'être. (21)
Bien entendu, la forme analytique est cuntns iùuiliUlc ili c^l purement théorique et ne sert qu'à décompyoser le verbe logiquement et non linguistiquement (22). Or, dans cette analyse logique, nous partons du nom, comme nous aurions jxi partir du verbe, uniquement parce que ce système nous est plus facile à concevoir que le système inverse. Du reste, « toute théorie déductive... pei^* '•^' ^. .ui.o sur divers systèmes de principes ». (23)
Il est vrai que M. Millardet nie énergiquement « qu'on puisse, jX)ur expliquer les faits de langue, ou simplement pour en faire la < lassification, partir de la logique pour aboutir à l'idiome » (24). Mais nous estimons, au contraire, qu'en matière de syntaxe, c'est là la seule base solide qui permette de se rendre compte du mécanisme de la phrase grammaticale et du rôle des mots dont elle est composée et aussi de séparer dans une langue donnée les tournures idiomatiques qui lui sont particulières des façons de s'exprimer qui constituent le domaine de la raison universelle (25). Voici pourquoi une analyse du langage fondée sur des considérations théoriques comme celle de M. Brunot, loin de « compliquer tout », ainsi que le prétend M. Millardet, parvient infiniment mieux à caractériser le génie d'une langue que
(21) Aussi, tout en admettant que « la linguistique, loin d'appuyer cette construction scolastique {court =^ est courant), la détruit par la base » et que a d'après le témoignage de la plupart des langues, la phrase verbale n'a rien à faire avec le verbe être » (Vendryès : Le Langage, p. 144), j'estime qu'on peut ne réserver ce dualisme (puisque dualisme il y a) que pour l'analyse linguistique et rester moniste en partant toujours d'un seul principe lorsqu'il s'agit de l'analyse logique. Du reste, notre analyse ne vise nullement les catégories grammaticales, ni même les catégories logiques : ce n'est pas la valeur de la classification morphologique, mais celle de la classification syntaxique (v, § 3) qui est discutée ici,
(22) Quoiqu'elle ne soit pas inconnue des langues agglutinantes : Turc, ge/iyor-um = basque, ethortcen naiz^je viens (« je suis venant )>). Cf. je suis étudiant = j'étudie, je suis fabricant = je fabrique (avec participes substantifiés).
(23) L. Cûuturat : L'Algèbre de la logique, § 3, p. 4.
(24) G. Millardet: Linguistique et dialectologie romanes, p. 461.
(25) « Toutefois, quelles que soient les différentes des habitudes mentales chez les différents peuples, l'existence de certains traits fondamentaux n'est pas niable, li y a une logique humaine et de grandes catégories logiques se retrouvent chez tous les hommes qui pensent, ). (Vendryès : Le Langag. p, 134.)
les conceptions surannées applicables aux langues anciennes, mais s 'adaptant diffkilement aux exigences des idiomes de notre époque.
De la précédente analyse il résulte que le sujet logique contient toujours une idée interrogative ou conditionnelle, alors que l'attribut sert de réponse (parfois exclamative) à l'interrogation ou exprime une conséquence dérivant de la condition (26). On peut en tirer un moyen facile pour distinguer un sujet d'un attribut. Ainsi audentes jortuna juvat (Virg., X. 284) peut s'analyser non seulement comme équivalent à vous iniéresseZ'Vous aux audacieux ? ch bien le sort les aide, mais encore de la manière suivante : quiconque est audacieux est aidé du sort, ou qui dit audacieux dit heureux. Parfois on a deux ou plusieurs conditions disjonctives qui s'excluent mutuellement. Les ttns écrivent { — si vous prenez les uns, vous verrez qu'ils écrivent), les autres lisent = alii scrihunt, alii legunt ; ducunt volentem fata, nolentem trahunt (si l'on se laisse entraîner .. . mais si l'on résiste.. .). Dans ce cas, cedaines langues font accompagner le sujet logique de particules sp<^ialcs (grec : I men, II de ; italien : I —, II poi. invece ; russe : I —, II je, ou I to, II a ; japonais : I "U.HJ, II ît'u), mais le français ne connaît guère pour traduire ces particules que les locutions au contraire ou tandis que. (27)
La différence entre l'attribut et le sujet logiques d'une part et l'attribut et le sujet grammaticaux de l'autre tombe sous les sens dans les propositions qui contiennent un com-
y..yj, I • wu^ .c? ouiibuts pcuvcnt être considérés comme de» réponses à des questions possibles. * (Jespersen : Sprogets Logik. p. 43.) « Le sujet formule pour ainsi dire la question, tandis que l'attribut y répond. » (Ibidem, p. 44.)
(27) Ces locutions sont parfois sous-entendues, bien que l'opposition soit évidemment ressentie et par le sujet parlant et par l'interlscuteur comme le montrent aussi les vers suivants de Baudelaire (tiré« du poème « Le Flambeau Vivant ») dont l'asyndeton ajoute étrangement à l'impression que veut produire le poète :
Charmants Yeux, vous brillez de la clarté mystique Qu'ont les ciergeâ brûlant en plein jour ; le soleil Rougit, mais n'éteint pas leur flamme fantastique ; ils célèbrent la Mort, coui chantez le Réveil. Vous marchez en chantant le réveil de mon âme, Astres dont nul soleil ne peut flétrir la flamme.
plément direct ou un complément circonstanciel. Voici deux propositions : Jean écrit élégamment. Je préfère la mer.
Les sujets grammaticaux de ces propositions sont évidemrnent Jean et je, les attributs grammaticaux écrit et préfère. Il n'est pas douteux, d'autre part, que (( la chose à communiquer )) ne soit contenue dans les mots bien et la mer, et que les phrases en question signifient l'écriture de Jean est bonne et ce que je préfère, c'est la mer. Dès lors, les sujets logiques sont Jean écrit et je préfère, les attributs logiques bien et la mer. Ainsi, dans ce cas encore, l'attribut grammatical ne coïncide pas avec l'attribut logique, et les mots préfère et écrit sont à la fois des attributs grammaticaux et des formes faisant partie du sujet logique.
Le langage abuse donc en quelque sorte de l'emploi des formes verbales personnelles (indicatif, subjonctif, etc.), qui auraient dû être réservées aux mots servant d'attribut logique et, au contraire, il ne s'en sert pas là où elles seraient utiles.
Un autre exemple. Soit la phrase : je l'ai appris étant encore jeune, où l'attribut grammatical est ai appris. Mais le sens ne varierait pas si, tout en laissant à l'idée jeune son rôle d'attribut logique, nous transformions ai appris en complément circonstanciel et, inversement, étant encore jeune en attribut grammatical, c'est-à-dire si nous disions en l'apprenant j'étais encore jeune, phrase qui répond exactement à la même question que la proposition précédente (c'est-àdire à la question quand V avez-vous appris ?).
La même observation s'applique aux proposition telles que : il reutya seul (=en rentrant il était seul), je le trouvai tout joyeux (=:: lorsque je le trouvai, il était tout joyeux), c'est un professeur de lycée qui traduit l'article ( = le traducteur de l'article est professeur au Ivcée). Ces derniers exemples, où rentra, trouvai, traduit, quoique verbes ne sont pas des attributs, mais des sujets logiques, montrent clairement que l'attribut grammatical ne joue pas, au point de vue du sens des mots, un rôle différen-t de celui que remplit le sujet grammatical.
Si le complément direct est accompagné d'un adjectif, il n'est pas rare que logiquement cet adjectif s'oppose au reste de la phrase et qu'il sçrve d'attribut logique. Ainsi, dans les vers d'Horace aequam VTeniento rehus in arduis servare mentem {Odes, II, 3), aequam e.st
attribut logique alors que memcuio reluis in ardiiis servuie menteni est sujet logique, car la phrase pourrait se traduire par l'esprit qu'il faut que tu gardes dans les conjonetures difficiles doit être tranquille, projxîsition où l'attribut logique coïncide avec l'attribut g-rammatical. La {( disjonction » de l'adjectif dans les vers en questioa contribue l'attribut logique en relief. (28)
§ 5. — Accent logique grave et aigu. Mots barytons et
oxytons.
L'accéTit d'importance qui fait que tel mot ou tel groupe de mots est un attribut logique et qui consiste à mettre ce mot en relief pour faire voir que c'est lui qui contient le fait à communiquer, sera désigné par le nom d accent logique grave. De même les mots qui comporteront un accent de ce genre seront des mots barytons. Ainsi nous dirons que, dans la phrase c'est lui qui en est la cause, le mot lui comporte un accent logique grave et, partant, c'est un mot baryton. Toute idée à accent logique aigu est opposée dans l'esprit de celui qui parle au même mot sous-entendu accompagné d'une négation (par exemple : c'est lui et non pas une autre personne qui en est la cause]. Parfois, comme dans le vers d'Horace :
Cœlum non animum mutant qui trans mare currunt
(Epîtres, I, ép. II, v. 2.)
les deux idées opposées sont exprimées (c'est le ciel, et non l'âme...).
Appendix, f. IX) ^iue c'est un butin
qu 11- pijrtMU tt lion pas un fardeau), iddio ui louiersione del reo vuol, non la morte (Cavailotti : // Cant'co dci Cantici, se. V) ( = c'est la conversion du coupable que Die..
L'attribut logique est le seul mot qui contienne un élément nouveau pour l'auditeur, de sorte qu'il constitue '( la
(28) J. Marouzeau: La phrase à verbe a être » en latin.
partie la plus importante et comme la seule raison d'ctre de la proposition » (29) et, si Ton préfère, le but du discours et (( le point culminant » (TanJ^etoppen) de la phrase (30) (31).
La question de l'accent logique grave n'a été étudiée, ou plutôt effleurée, jusqu'ici» que par Hoefïding, Jespersen» Thomson, Gabelentz (32), P. et J . Passy (cf. § 8) ; mais dans les ouvrages de ces auteurs il n'est rien dit au sujet du rapport entre l'attribut logique et l'attribut grammatical. Notons que Hoefïding, Jespersen et P. Passy appellent cet accent (( accent logique » tout court (sans l'opposer à l'accent logique aigu) et que Gabelentz et Thomson se servent du terme accent psychologique (de même attribut psychologique, sujet psychologique, etc.).
Une phrase à accent logique grave répond toujours à une question exprimée par une phrase analogue, mais où le mot affecté de l'accent logique grave est remplacé par un mot interrogatif. Ainsi les propositions citées au § 4 servent de réponse aux propositions suivantes : Comment est la terre ? Que fait votre ami ? Quel est le peuple le plus courageux ? Qu'est-ce qui reste ? Comment Jean écrit-il ? Qu'est-ce que vous préférez ?
Au contraire, dans les propositions interrogatives, l'accent logique grave affecte le mot interrogatif lui-même {qui ? comment ? etc.). Ainsi comment Jean écrit-il ? équivaut à (( Jean écrit d'une façon que je vous prie de qualifier », or les mots « Jean écrit » expriment une idée supposée connue de l'auditeur ; les seuls mots qui puissent, pour ainsi dire, l'intéresser sont donc « d'une façon que je vous prie de qualifier », c'est-à-dire comment ?
Pour montrer qu'un mot ou un groupe de mots est affecté de l'accent logique grave, en français moderne on se sert le plus souvent de la formule c'est. . . .que (33) (v. § 3), qui
(29) Thomson: Obchéyé Yazikovédéniyé, p. 81.
(30) Hoefïding: Det Logiske Grundlag for logjske Domme, p, 43.
(31) O. Jespersen: Lehrbuch der Phonetik, p. 550.
(32) Zeitschrift fi^r Vergleichende Sprachforschung, 1857, Vi, p. 370.
(33) Ou, suivant le cas, c'est... qui, est-ce... que, est-ce.,, qui, ce que... c'est, ou ce qui... c'est.
n'admet aucun cloute quant aux nuances de sens : par exemple, c'est hier qu'il m'en a parlé; ce qui me déplaît c'est sa jaçcn d'écrire (34). Lorsque le mot enchaîné dans cette formule est un complément direct, on obtient ainsi une inversion cachée ou une inversion rompue de première espèce (v. § 3); par exemple :
C'est mon frère que j'attends;
Ce que je veux trouver, c'est le motif du crime;
Ce tombeau m'appartient : c'est moi qu'ils ont étendu sous cette froide pierre ; c'est pour moi qu'ils avaient aiguisé leurs épées ; c'est moi qu'ils ont tué. (A. de Musset: Les Caprices de Marianne, acte II, se. 6.) (35)
Excepti(»nnellcjnent un complc'mont direct bnryton aclnit-t l'ordre direct sans formule spi'vialo ; ainsi dans « en toute chose il faut considérer la fin » (La Fontaine, ILI, 15), la fin est baryton, bien que la phrase ne revête pas la forme syntaxiquement i>lus nette : « c'est la fin qu'il faut consid*'n I «n tDut. <li<i,( ,. T.. forme simple, en ce cas, n'est vraiment cour. «'-cédëe d'une question
qui, à elle seule, mon tu- quel es-i L mol à iicctat logique grave, comme d;ins (lut' brt-)if:-:-oiis ? Je prends un verre di ;/n.
|) uropéennes autres français, l'accent
l.gique grave e=.i indiqué soit par des procéder d'ordre de mots (ital. : vcngo io, distinct de io vengo), soit par des moyens morphologiques (ital. : prettdi me, opposé à prendimi ; arigl. : / gave a book to y ou, opposé à / gave you a book), soit par des intonations phonétiques (§;; 49 et 50) et exceptionnellement par des formules annlnL^Ks .éhvc formule^ francais^-s.
(34) « Mais le moyen essentiel qu'emploie la langue pour mettre en lumière tout élément qui doit ressortir, c'est l'emploi de la formule c'est devant le mot à souligner... On augmente aussi le relief que prend le sujet quand, au lieu de dire : c'est l'avenir de ma fille qui me préoccupe, on renforce en disant : ce qui me préoccupe, c'est l'avenir de ma fille , c'est-à-dire en mettant le sujet derrière après l'avoir fait attendre annoncé. » (F. Brunot : l-a Pensée et la Langue, p. 282.)
(33) u Comme dç^ns les autres cas où il faut mettre en relief un élément quelconque de phrase, ou se sert surtout de la formule c'est...; c'est voua que je visa{a; ce aérait un fier aervice que je voua auraia rendu; l'averxir Loua apprendra que c'eat toute ma vie que je voua donne. ^ P La Pensée et la langue, p, 338.)
L'anglais affectionne la mise en relief des verbes ou plus oxacte-ment de l'affirmation sousrentendue devant un verbe et opposée à la négation, par ex. : / do knoiu { = mais je le sais —-mais je ne l'ignore pas = je ne suis pas sans le savoir ; ital. : si che lo so ; esp. : ,s/' es que lo se), opposé à / do )ioi knoiv, « je no sais pas » {je le sais sans accent se dit / kuow); en outre, on distingue / do nol know, « je ne sais », de la forme emphatique / know not (<( mais non, je n'en sais rien »). De même / do u'rite = je ne laisse pas d'écrire^ je ne eesse d'écrire. Un autre moyen analogue usité dans bien des langues et connu aussi du français- est la réi>étition du verbe : pour le savoir, je le sais ; russe : umerei' n'e umr'oi î?o,..=jap. : shini-aui shininuisuniai ga... litt. mourir, il ne mourra pas }}iais...
Les Anglais, pour plus de clarté, impriment les mots barytons en italique (36), par exemple : y ou can, he is good, he calls me =- c'est moi qu'il appelle (à côté de « he calls me )) = il m'appelle).
En nous inspirant du procédé anglais, dans le présent ouvrage nous marquerons les mots à accent logique grave par des caractères gras italiques, par ex.: je pars demain.
L'accent d'importance qui met en évidence un mot de la phrase pour en faire un sujet logique portera la dénomination d'accent logique aigu, et les mots qui en seront affectés s'appelleront mots oxytons; ainsi lorsque je dis le crayon est tombé, ou c'est à Paris que j'ai vu André, les mots le crayon et j'ai vu André, qui sont des sujets logiques, ont le caractère de mots oxytons.
Les membres de phrase à accent logique aigu sont toujours supposés connus de l'auditeur ; ainsi, dans les exemples cités, l'interlocuteur connaît le crayon dont il est question et sait déjà qu'on a vu André. C'est pourquoi (( il n'y a jamais de nécessité absolue à exprimer un sujet logique ))(37).
a On ne parle que pour établir un lien entre deux notions, pour dire, par exemple, que Pierre est bon ou que Pierre vient. Si le sujet auquel on attribue quelque qualité ou quel-
(36) V. aussi Marouzeau, loc. cit.
(37) Hoefîding, loc. cit.
que action est connu, on peut ne pas l'indiquer expressément : si l'on sait de quoi il s'agit, le latin peut dire : bonus est ou venit. » (38)
Les mots servant de sujet logique jouent, amsi que le disent justement Weil (39) et Gabelentz (40), le rôle de notion initiale ou de point de départ pour la pensée.
Analysons la fable de Phèdre : Mons parturiens. Mons parturibat, gemitus immanes ciens ; Eratque in terris maxima expectatio :
At ille murem peperit. Hoc scriptum est tibi, Qui, magna quum minaris, extricas nihil. Dès le premier vers, le lecteur sait que la montagne est (( en mal d'enfant m (parturibat). Donc le verbe peperit n'ajoute rien de nouveau : le seul mot important de la phrase at ille murem peperit (elle accoucha d'une souris) est l'accusatif murem. De quoi accoucha-t-elle ? (quid peperit ?) De quelque chose d'énorme ? Pas du tout, ce fut une petite souris qu'elle mit au monde. Il en résulte que murem est attribut logique et la phrase en question équivaut à ce dont elle accoucha jut une souris, proposition où souris est à la fois attribut logique et attribut grammatical.
En français moderne, les termes oxytons se reconnaissent souvent à la mise en tête ou à la mise en arrière des mots qui les constituent et aussi à leur répétition sous forme de pronoms personnels ou démonstratifs. Exemples : Moi je Ceux me fâcher et ne Veux rien entendre.
(Molière: Le Misanthrope.)
Vous, Vous jouez (ou Vous autres. Vous jouez). Lui le sait (pour lui, il le sait).
Mais nous, que la raison à ses règles engage, Nous voulons qu'avec art l'action se ménage.
(Boileau, Art Poétique, 111, 43.)
(38) Meillet A: Linguistique historique et linguistique générale, p. 65.
(39) H. V/eil: De l'ordre des mots d ' '
(40) Loc. Cit.
Ceci, ça ne compte pas (ou ça ne compte pas, ça). Les jeunes gens, ça vous détruit tout.
Mon rêve à moi est différent.
Dans le même ordre "d'idées, sou^ ent le peuple commet une :ort6 de périssologie (41) et se sert de locutions défectueuses telles qu» père il est vieux, celui qui dit ça il ne sait pas ce qu'il veut, a Le prunom, à ses yeux, est devenu à tel point earactéristique de la personne qu'il ne peut plus se passer de cet adjuvant : d'où l'homme il chante. )> (42).
Lorsque le mot oxyton est un complément direct, on obtient ainsi une inversion cachée ou une inversion rompue de seconde espèce (v. § 2), par exemple :
L'inspecteur, nous ne le voyons pas tous les jours.
Ce livre, on Va déjà lu=^cn Va déjà lu, ce livre.
Moi, il me craint =^ il me craint, moi. (43)
Tu les as vus, les vieux manoirs de cette ville aux palais noirs qui jut Florence. (A. de Musset) (44)
(41) Larousse: Grammaire supérieure, § 1056.
(42) A. Dauzat ; La Géographie linguistique, Paris, p. 95.
« La langue populaire emploie fréquemment le pronom à la troisième personne même quand il y a un sujet exprimé : « Le père, il dit ce qu'il veut », « les bourgeois, ils ont bien de la chance », etc. » (Vendryès Le Langage, p. 104.) D'autre part, quelquefois « on entend
dire dans le peuple : Elle n'y a pas encore voyagé, ta cousine, en Afrique, ou // Va t-i jamais attrapé, le gendarme, son voleur ? » (Vendryès : Le Langage, p. 103.)
(43) Voir aussi l'exemple « Son enfant! Mais elle le déteste, cette mère », que Bailly (Traité de Stylistique française) et Vendryès (Le Langage, p. 172) citent comme spécimen de langage affectif.
(44) M. Brunot distingue trois manières de mettre en valeur ou de « renforcer » « l'objet »: 1° Au lieu de construire l'objet à la suite du verbe, ori le place en avant de la proposition, sauf à le répéter par un pronom. 2° On se sert des isolants ordinaires : quant à, pour, pour ce qui est de. 30 On annonce aussi par un représentant des objets qu'on exprime ensuite. (La Pensée et k Langue, p. 358.) Les deux premiers procédés rentrent dan^ la catégcrie de nos inversions cachées de seconde espèce, tandis que le troisième correspond à notre inversion rompue de seconde espèce. Quant au terme d'objet, il ne diffère pas essentiellement de ce que nous appelons complément direct, car les cas où cette dernière notion
Exceptionnellement, un terme oxyton peut ne pas être mis en évidence par un m.oyen extérieur, comme le prouve le vers
On respecte un moulin, on vole une province
(La Fontaine), où moulin et province sont de vrais sujets logiques, puisque le sens ne varierait pas si l'on disait un moulin on le respecte, mais une province on la vole.
"yième observation pour la formule épistolaire j'ai reçu votre lettre, qui ce{^ndant correspond à la tournure allemande Ihren Brief habe ich empfangeu (su(^dois : Edert brev har jag fat, etc.). Htt. votre lettre j'ai reçu (analyse : vous m'avez écrit une lettre ? eh bieu je l'ai reçue !).
Il arrive aussi que, pi^ur se conformer au génie d'une langue étrangère, en gardant la même disposition des mots, le français tourne par le passif ou par un verbe réfléchi une phrase où un complément direct oxyton est mis en tète de phrase, par ex. : Romam condidit Romulus = Rome fut fondée par Romulus ; ail. : ein Beispiel bieten die Griechen dar = un exeryipie nous est fourni par les Grecs ; holl. dit ziet men niet = cela ne se voit pas ; pol. : ryhe' jedza' uiileczka' = le poisson se mange avec la fourchette ; angl. ; And the song, from beginning to end, — / found again in the heart of a friend (Longfellow) ( = et le chant, du commcnctment à la fin, fut rcfrotivc par moi dans le cœur d'un ami).
Souvent, qu'il s'agisse d'un complément direct ou d'un autre membre de phrase, l'accent logique aigu est indiqué par la présence des isolants (45) quant à. . . . en ce qui concerne pour ce qui est , formules que l'on peut toujours suppléer mentalement, lorsqu'elles ne sont pas exprimées, pour s'assurer que l'on a bien affaire à un sujet logique.
est plus étroite ('( la mousse nuit aux arbres ») ou plus vaste (« il a couru cent pas ») que la nouvelle notion de M Brunct, sont relativernent peu fréquents (1. c, p. 300).
(45) Voir Brunot: La Pejxsée et U Ungue. pp. 28^ jet 358.
Le japonais marque toujours l'accent logique par la particule wa, trçs commode dans la conv^ersation : anatn 7i.'a shirimasen = ir. vous, il ne vous connaît pas (cf. § 50).
Dans le présent ouvrage, nous nous servirons de caractères gras romains pour marquer les mots à accent logique aigu, par ex. demain je pars.
§ 6. — Copule logique; mots atones.
De même que dans l'analyse syntaxique, en dehors du sujet et de l'attribut grammaticaux, nous avons encore ce qu^'on appelle la copule qui sert de lien entre le sujet et l'attribut nominaLet qui, dans certains cas, peut être omise (ars longa, vita brevis; très intéressant, cet article)(46) , de même dans l'analyse logique le sujet logique peut se rattacher à l'attribut logique par un ou plusieurs mots qui ne comportent aucun accent logique et pour lesquels le nom de copule logique semble tout indiqué. Nous appellerons de tels mots atones, par opposition aux mots barytons et oxytons, auxquels on pourrait donner le nom générique de toniques. Ainsi, nous nous voyons forcé d'introduire de nouvelles notions dont nous estimons que l'analyse logique ne saurait se passer et qui impliquent nécessairement une précision presque mathématique.
Prenons, par exemple, la phrase René habite Paris tandis que Pierre habite la banlieue; l'attribut logique y est exprimé par Paris et la banlieue, le sujet logique, servant de notion initiale, par René et Pierre. Or, qu'est-ce que habite} C'est précisément la copule logique, membre de phrase dépourvu d'accent logique.
De même dans quant à moi, c'est vous que je choisis, phrase dont l'attribut logique est c'est vous que, comme quant à moi en est le sujet logique, alors que je choisis sert de lien entre les deux. Pour faire ressortir la symétrie des
(46) « Le type normal de la. phrase norninaFe en indo-européen est sans ile; c'est ce qu'on appelle la pViràse nominale pure. )) (Vendryès : Le
copu
Langage, p. .144.)
trois termes, ou pourrait dire 'j.: . :. -ujlc logique est la notion initiale de la proposition (§ 5), la copule en est la notion médiale, et l'attribut logique la notion finale.
Litus ama, , . , alium alii teneant, dit Virgile (En., \ .. V. 163), '( tiens-toi au rivage... quant à la mer, que d autres la prennent »>. On se demande mentalement qui autem teneant altum ? (opposé à terram). Le poète nous répond : alii. Donc altum, notion initiale, est sujet logique, teneant fait fonction de copule logique, et la réponse alii, le but final du discours, représente l'attribut logique.
Parfois on doit sous-entendre une phrase entière ; ainsi, un médecin qui vous dit l'ous, je vous recevrai dimanche, oppose cette phrase à tandis que tel autre je le recevrai tel autre jour (ici encore le membre commun recevrai est copule logique).
Comme le sujet logique, la copule logique contient une idée supposée connue de l'auditeur, mais joue dans la phrase un rôle encore moins important; il s'ensuit que la partie de tout jugement logique la plus indispensable est sans contredit l'attribut logique, puis viennent, d'après l'ordre d*utilité décroissante, le sujet logique et enfin la copule. Si dans les phrases ci-dessus on omettait la copule, les mots qui resteraient suffiraient quand même à indiquer schématiquement la phrase primitive, par exemple : René? Paris! Pierre? banlieue ! Les phrases sans copule telles que demain (S) je vois à Paris (A) sont d'ailleurs plus fréquentes que les phrases à trois éléments logiques. Toutefois, et c'est là que l'on se rendra compte combien le degré et la nature d'accentuation logique sont parfois délicats à discerner, la même phrase dans la bouche d un commerçant qui voyage constamment et se déplace tous les jours pourrait se composer de trois éléments log'ques (analyse : demain? jç Vais, bien entendu, dans une nouveHe ville et je puis même vous dire où je vais : à Paris). Le même comnièrçant dit-il : ( demain
j*écris à Paris »; la forme f écris fera tout de suite partie intégrante de l'attribut, puisque l'action d'écrire ne saurait être pour lui aussi naturelle et aussi indispensable que l'action d'aller, et la phrase reperdra sa copule logique.
Pour emprunter une image à la géométrie, les trois éléments de l'analyse logique, comme ceux de l'analyse grammaticale (sujet, attribut, copule), sont comparables aux trois points qui déterminent la position d'un plan; ceux-ci suffisent pour fixer une surface, au lieu que ceux-là constituent les points de repère respectivement du jugement logique et de la phrase syntaxique.
Un cas spécial d'afonie logique est celui où le sujet logique et, par conséquent aussi, la copule logique, font défaut: dans ce cas, (( chaque mot exprime un attribut logique » (47), et il n'y a plus de question à laquelle la phrase puisse servir de réponse ou, tout au plus, elle doit être considérée comme répondant à des interrogations tout à fait générales : qu estce qui se passe ? quarriva-t-il alors ? que deviennent-ils ? etc. Ce cas s'observe surtout lorsque le verbe de la phrase est accompagné d'un nombre cardinal ou de l'article indéterminé et lorsqu'il indique un mouverrïent (venir, partir, apparaître, etc.). Par exemple : // pleut, il commence à neiger, il vient du monde, on vend ce tableau aux enchères, un plomb a sauté, quelqu'un frappe à la porte, entrent deux dames. A n'en pas doutvr, ces phrases-là ne contiennent pas de sujets logiques, tar, par exemple, si je dis un /ir/.v scni décerné au meilleur élève, cela ne siî^nifie nullement : ntus savez qu'il y aura un prix, or il sera décerjie au uieilleur élève (romm^ dans le prix sera décerné .. .)\ ni quant à un prix, /"/...; pl^ plu.N que (//( ineilleur élève ? tuais c'est un prix qui lui sera décerné .
\\)ilù.donc encore un cas intéressant où la distinction grammaticale du sujet et de l'attribut n'est pas fondée sur une distinction logique; aucun des mots de ces phrases ne se présente à l'esprit de
(47) Hoeffduig:' Del lugi.ke Giundld^; lur lugioke Domine.
l'interlocuteur comme point de départ de la pensée et le sujet grammatical n'y a conséquemment aucune priorité logique sur l'attribut.
En français moderne, les phrases et parties de phrase atones se disposent généralement dans l'ordre normal (Sujet — Verbe — Compléments) et sans aucune formule syntaxique :
On apporte un paquet.
Que jait votre fils? il prépare son exanien. § 7. — Rapport entre le complément direct et le verbe au point de vue de l'accent logique.
Ainsi, chaque membre de phrase se trouve nécessairement, en ce qui concerne Taccent logique, dans l'un des trois cas suivants ; il peut :
1" être attribut logique.
2" être sujet logique,
être copule logique ou faire partie d'une phrase ou d une partie de phrase sans sujet ni attribut logiques.
Dès lors, si l'on applique ces trois cas au complément direct opposé ou comparé au verbe, on obtiendra autant de rapports possibles d'accentuation logique entre le complément direct et le verbe.
1 " Le Complément direct est baryton et le Verbe est oxyton.
2 Le Complément direct est oxyton et le Verbe est baryton.
3" Le Complément direct et le Verbe sont atones.
Il y a là une espèce de balance d'accentuation logique où l'accent logique grave tient lieu de poids et où le complé-' ment direct et le verbe représentent les plateaux de la balance. Lorsqu'on met un poids sur le plateau du complément direct, c'est-à-dire lorsqu'on fait de ce complément direct un attribut logique, le verbe d'atone qu'il était deviendra forcément oxyton, c'est-à-dire que -lé plateau du verbe montera au-dessus de sa position normale. Si, au contraire, la. bdlanue pcnchi^ du côte du verbe, par suite de l'ai^ccnl
grave qui affecte celui-ci, c'est le plateau du complément direct qui occupera la position qu'avait dans le premier cas celle du verbe. La phrase joue donc ici le rôle de levier.
On pourrait même dire que l'accent logique grave d'un terme de phrase ressort d'autant plus nettement que l'accent logique aigu d'un autre mot est plus fort ; si bien que, pour renforcer un attribut logique, on ajoute un élément destiné à faire ressortir le sujet logique, par exemple : j'aime le cajé, moi.
Enfin, lorsque les deux plateaux auront même poids (cas d'atonie complète), il y aura équilibre, les deux membres redeviendront atones et le caractère emphatique de la phrase disparaîtra. Cette image ne peut manquer de contribuer à la compréhension de la nature du rapport qui lie le complément direct et le verbe.
Si l'accent logique rappelle les nombres positifs, l'accent logique aigu est, au même titre, un accent négatif, tandis que les éléments atones peuvent être assimilés au zéro des échelles mathématiques.
Il importe donc avant tout de se pénétrer de cette idée que l'accent logique grave et Tacccnt aigu, bien que consistant tous les deux à mettre un élément de la phrase en évidence, sont de nature aussi diamétralement opposée qu'en mathématiques a et — a. Si l'on peut assimiler et comparer les formules c'est... que aux « renforcements )> par répétition (« je n'irai pas, moi »), ainsi que le fait M. Brunot (1), l'on doit éviter d'employer dans ce genre d'analyse logique des termes aussi vagues et généraux que tJiot le plus itu par tant ou })i(>t principal, qui prêtent à double sens et au fond n'expriment rien tant qu'on n'a pas précisé la nature de l'accent dont on parle.
Etudier l'inversion du complément direct au point de vue de l'accent logique équivaudra donc à examiner minutieusement comment 1^ place qu'occupe le complément direct par rapport au verbe reflète l'accentuation logique et quel est le rapport entre l'inversion et les trois cas susdits, en particulier à voir si l'inversion du complément implique que
ce membre de phrase soit un attribut logique comme on pourrait le supposer a priori.
En français moderne, nous l'avons vu, le premier cas appliqué au complément direct s'exprime le plus souvent par l'inversion cachée ou l'inversion rompue de première espèce :
C'est ma maison que je voudrais vendre; le deuxième cas, par l'inversion cachée ou l'inversion rompue de deuxième espèce :
Ma maison, je voudrais la vendre ; le troisième cas par l'ordre direct :
Je Voudrais vendre ma maison.
Par conséquent, le problème le plus important à étudier dans les chapitres suivants consistera à examiner si un vers du Roman de Troie tel que :
Le cheval prent à lu main dcstrc (v. 10869) doit se traduire par :
1" C'est le cheval quil prend de la main droite ; 2" Le cheval, il le prend de la main droite ; ou bien 3" // prend le cheval de la main droite.
§ 8. — i4ccen/ émotionnel.
Il faut avoir soin de ne pas confondre l'accent logique et en particulier l'accent logique grave avec l'accent émotionnel que d'aucuns appellent accent pathétique, bien que ces deux accents ne soient que deux cas particuliers de ce que nous avons désigné plus haut par le nom d'accent oratoire ou rhétorique (§ 3). L'accent émotionnel fait ressortir certaines idées pour évoquer chez le lecteur ou l'auditeur des émotions d'admiration, d'étonnenient, de dégoût, etc., exprimées la plupart du temps par des adjectifs et des adverbe*? de qualité ou de quantité. En voici quelques exemples :
Un terrible vent m'arracha le chapeau.
Cet homme possède vingt -trois maisons.
Il m'est arrivé un malheur : on m'a tout volé, mais tout, absolument tout.
Dans certains cas, on peut sous-entendre les tournures pensez donc, jigurez-vous, ccst incroyable. Par exemple :
Figurez-vous qu'un terrible vent m'arracha le chapeau.
On ne peut s'empocher de mentionner ici un procédé curieux dont se sert la langue albanaise pour exprimer que tel fait se présente à l'esprit de celui qui parle comme une chose inattendue : c'est l'emploi du mode admiratif (alb. : ipapandehiirc) (48). Ainsi ka va shi signifie il a plu, tandis que ra ha shi veut dire figurez-vous qu'il a plu, ou titiis ! il a plu ! (sous-entendu je ne le savais pas ou je ne m'y attendais pas) (49). On pourrait peut-être rapprocher de ces formes les expressions anglaises telles que down he faits (« voilà qu'il tombe »), out she goes ((( voilà qu'elle sort )>), opposées à he faits down (il tombe), she goes ouf (elle sort). (50)
Ainsi, dans la pratique, il est aisé de distinguer l'accent émotionnel de l'accent logique grave. Celui-ci, on s'en souvient, insiste sur un mot pour l'opposer à un autre exprimé ou sous-entendu et détache les éléments qui en sont affectés des autres supposés connus de l'interlocuteur. Ce n'est jamais le cas de l'accent émotionnel.
En effet, aux exemples cités plus haut on ne saurait substituer, sans modifier le sens de la phrase, les analyses suivantes :
10 Vous savez que le vent m'arracha le chapeau. ^r, ce vent était terrible;
2" Les )}}aisnns de cet homme qui vous sont connues sont au nombre de vingt-trois (et non vingt deux);
3" ]'ous n'ignorez pas qu'on m\i volé certaines choses, or ces choses, c'est tout ce que j'avais..
En d'autres termes, quoique dans tous ces exemples un élément se distingue des autres par la force de l'impression
(48) A. Leotti : Grammatica albanese, pp. 88-90.
(49) G. Weigand : AlbanesiscKe Grammatik, p. 120.
(50) En français, dans le style familier, l'étonnement s'exprime souvent par l'emploi des locations tiens! par exemple! oh la la! sapristi! etc.
qu'il est destiné à produire, ces phrases n'ont pas pour but de répondre aux questions suivantes :
Qu'el fut le vent qui vous arracha le chapeau ? Combien de maisons cet homme possède-t-il ? Qu'est-ce qu'on vous a volé }
La distinction entre l'accent logique et l'accent émotionnel est également observée par P. Passy (51), qui cite comme exemple de phrases à ' accent logique », c'est-à-dire à accent logique grave : « L'homme propose et Dieu dispose » et comme échantillon de mots aptes à comporter un accent émotionnel, les expressions heureux, maudit, incroyable.
11 n'en est pas moins vrai que tout membre de phrase à accent émotionnel peut, en même temps, comporter un accent logique. Prenons, par exemple, le célèbre vers de Virgile :
Injandum, regina, jubés renooare dolorem.
Ici injandum est attribut logique (u elle est ineffable et non facile à narrer, la douleur que... »), mais en même temps ce vers exprime éloquemment le sentiment d'horreur qu'inspire à Enée la seule pensée des malheurs qu'il a subis; dès lors, ce mot, mis en valeur par une habile disjonction, est à la fois un élément baryton et un mot pourvu d'un accent émotionnel (52).
Dans le présent ouvrage, les termes à accent émotionnel seront imprimés en majuscules, par exemple ; C'est HORRIBLE.
Eh bien, moi, je trouve ça RIDICULE.
(51) Llucle changements phonétiques et leurs caractères généraux.
(52) Au contraire, )a phra?ie de Cicéron vehemcnst et grave Catilina, senatus consulium habemus n'est susceptible que d'une seulir nUn prétation (accent émotionnel), l'accent logique y faisant défaut (l'idée contenue dans hahemus est aussi inattendue pour l'auditeur que celle de vehemens et de senatus consultum).
Dans la prononciation, l'accent émotionnel se marque soit par une modification de l'accentuation de hauteur et d'intensité, soit par d'autres moyens tels que le redoublement des consonnes (par ex. : mais c'est un ccadeau, quel grrand bonheur), l'allongement des voyelles (c'est raavissant), le changement du timbre des sons (u-ne véritable f forêt) et autres dont l'étude, même sommaire, nous entraînerait trop loin. Voici ce que dit à ce propos P. Passy, en parlant de l'accent d'intensité en français .
(( Il y a des catégories de mots qui sont bien plus souvent prononcés avec déplacement d'accent qu'avec l'accent normal ; des adverbes comme beaucoup, ahsolumenf, extrêmement ; des adjectifs comme terrible, incroyable, épouvantable, ridicule; des substantifs comme bandit, misérable; des verbes comme pleurer, crier, hurler ; surtout des injures : animal, cochon, salaud ; en un mot ce qui se prononce habituellement avec une certaine émotion. »
La question a aussi été traitée par J. Passy (53) et Nyrop (54) et pour les langues germaniques par Jespersen (55). Ce qui semble certain, c'est que tous ces procédés phonétiques sont beaucoup plus variés et jouent un rôle bien plus important que dans le cas de l'accent logique qui, en français, n'a qu'un rapport indirect avec la phonétique proprement dite (v. § 49).
Etudier l'inversion du complément direct au point de vue de l'accent émotionnel équivaudra ainsi à examiner le rapport entre l' inversion et la présence de l'accent émotionnel et, en particulier, à voir quelle est la fréquence relative des ordres Complément direct — Verbe et Verbe — Complément direct dans les propositions contenant un mot qui prend facilement l'accent émotionnel (tout, maint, trop, deux, grand, jier, bon, laidement, etc.).
(53) Phonetische Studien, II, Heft, p. 119, n. 1. Marburg. 1888.
(54) Grammaire historique de la langue française.
(55) Phonetische Grundfragen, p. 158.
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