Epilogue
Léon Darbois ne revint pas à Saint-Ovide. Entre lui et Marguerite le cadavre de l'hôtelier rendait impossible tout espoir d'union. Même mort, le buvetier restait l’invincible obstacle. Le jeune homme s'en alla au loin, emportant en son coeur à jamais h«isé Je secret terrible qu'il avait gardé aveu ..eroïsme, et qu'il se croyait seul à connaitre, Jamais plus on n'entendit parler de lui dans la Paroisse.
Le médecin et le curé se turent aussi; l'innocence de Léon reconnue, il n'y avait pas lieu de révéler le nom du coupable.
D'ailleurs, Préville, après un moment de raison dont le curé avait profité pour l’absoudre, écait retombé dans le délire, où sa raison sombra à jamais. Interné à Saint- Jean-de-Dieu, la vision de son crime le hante sans trève, et ses hallucinations furieuses font la terreur de ses gardiens. On n'y attache au reste aucune signification.
Marguerite a survécu à ses épreuves.
La “fiancée en deuil”, comme on l'appelle, statue vivante de la douleur, passe auréolée de la sympathie qui s'attache à ses malheurs. Léon connaît-il son fatal secret? Elle en a parfois l'intuition. Pourquoi s'est-il refusé à rendre compte de ses démarches le soir du meurtre? Ce fait, rapproché des paroles de son père: “Sauvez-vous! Sauvez-vous!” ui a fait soupçonner l’héroïsme du pauvre Léon. Il s’est tu Par amour pour elle! Il se serait laissé cordamner à mort pour son amour! Comme il l’airuait | Et con-
naïssant le nom de l'assassin, il s'est éloigné de la fille du meurtrier...
Marguerite Partage ses jours entre la religion, qui la console et la soutient dans son triste Pèlerinage, et le soulagement des infortunes. Les Pauvres foyers de
buveurs sont le champ préféré de sa charité compatissante,
Ces foyers sont de Plus en plus rares. Bientôt Saint- Ovide sera entièrement régénéré. Les évènements tragiques dont le village a été le théâtre ont ramené bien des buveurs à une vie sobre et chrétienne. Et puis, la buvette n’est plus 1à Pour y entretenir la fatale passion L'hôtel Darbois, tombé en déshérence, fut fermé. Une nuit d'orage la foudre l'incendia. Il
brüla sans que personne songeât à lutter contre l'élément vengeur.
Les murs calcinés et croulant sous les tempêtes restent comme un monument du drame de jadis, devant lequel les bonnes femmes se signent et marmottent une prière en hâtant leurs pas.
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