‹ L'invitée; comédie en trois actesChapitre 14 sur 62 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

HECTOR

Justement. Marguerite de Mornex. Elle s'est mariée depuis votre départ.

ANNA

Autant que je me souviens, elle était pourtant assez ordinaire.

HECTOR

Elle a gagné... C'est une femme très agréable.

ANNA

Quel âge ?

HECTOR

Environ trente-quatre.

ANNA, avec une grimace.

Eh, eh, qu'elle tâche de se bien conserver... (Réfléchissant.) Voilà une femme qui n'est plus de la première fraîcheur, dont mon mari est affublé depuis des années; il pourrait bien s'en fatiguer sous peu. C'est même à supposer... En tout cas, si j'allais chez lui, étant censée ne rien savoir, je craindrais de troubler la félicité de cette dame, chose qui répugne à mon bon cœur... C'est si facile à un mari de tromper sa maîtresse avec sa propre femme!... Décidément, vous aviez j uré ma perte !

Du tout... Je réponds de votre sûreté... Avant de parler, on s'informe... Un mari trompe aisément sa maîtresse avec sa femme, quand la maîtresse habite loin du toit conjugal. Ici, nous n'en sommes plus tout à fait là.

Comment, on risque de rencontrer madame de Raon chez mon mari ?

HECTOR

Elle est très jeune de caractère, grande amie de vos filles... Cette aimable bande marche presque toujours au complet. Madame de Raon possède une installation, mais elle va souvent à demeure chez M. de Grécourt... aux bains de mer, aux eaux, à la campagne, partout où ça s'arrange... En ce moment même, elle est à la campagne, chez votre mari.

ANNA

Et c'est dans cette société... mêlée, que vous aviez mission de m'attirer ?

HECTOR

Ne prenez pas du mauvais côté l'invitation d'Hubert... Il n'a nulle envie de vous froisser.,. Son désir est. de vous mettre en relations avec vos filles... Cela lui paraît humain et convenable. Il s'est renseigné d'une façon précise sur votre existence à Vienne. Elle n'a prêté à aucun soupçon, quoiqu'on vous ait beaucoup fait la cour.

ANNA, riant.

Témoin votre frère d'armes, le comte de Teplitz.

HECTOR

Bref, votre mari pense que vous ne serez pas déplacée près de vos enfants.

Il m'a rendu suffisamment d'estime pour faire de moi l'institutrice de ses filles, auxquelles il donne sa maîtresse pour camarade.

HECTOR

Faites de méchants mots, pourvu que vous cédiez.

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