ACTE PREMIER
ANNA
Et pourquoi ne céderais-je pas?... Au premier abord, votre ambassade m'a laissée froide. Maintenant, grâce à vos bavardages, j'entrevois une amusante équipée. Nous partirons ensemble.
HECTOR
0 la bonne nouvelle!... Je cours télégraphier à Hubert.
ANNA
Gardez-vous-en, ou je ne pars pas.
HECTOR
Comment ?
ANNA
Je vous accompagne à une condition : c'est que nous tomberons chez eux à l'improviste. Vous dites qu'ils sont à la campagne avec madame de Raon. Eh bien, je me fais fête de tomber dans ce petit ménage placidement criminel. Avec mon caractère facile, pas de danger que je prenne les choses au tragique. J'arriverai, très bonne enfant, ne m'apercevant de rien, bête et gentille comme tout. Je rirai en dedans, ce qui ne fait. rougir personne... Ce sera d'abord un grand émoi dans la fourmilière, puis bien vite l'apaisement et la reprise du train-train habituel. Alors, je songerai au retour après m'être offert à peu de frais un spectacle d'amateur.
HECTOR
Tout cela va contrarier Hubert. Il comptait bien être prévenu à temps pour vous laisser une maison irréprochable.
ANNA
Il voulait s'absenter, peut-être ?
HECTOR
Je le crois.
ANNA
Avec madame de Raon?
HECTOR
Pardi !
A N iN A .
C'est bien ce qui me désobligerait!... L'excursion manquerait de sel si je ne "voyais pas ma place occupée. On appelle cela une contemplation philosophique.
HECTOR
Du diable si Hubert m'envoie vous proposer une contemplation philosophique! Il s'agissait de vos filles...
Et je pars pour mon mari!... Est-ce assez flatteur!... Vous trouvez moyen de m'envoyer au bout du monde voir comment il s'y prend pour être heureux sans moi. Car enfin, ma partie de plaisir la voilà! Ainsi, votre parole de ne pas lui envoyer le moindre signal.
HECTOR
S'il faut la donner pour vous emmener. . .
ANNA
il le faut.
HECTOR
Je la donne .
ANNA
Affaire conclue. Demain matin, nous prenons l'express. Dinez-vous avec moi ce soir?