ACTE PREMIER
n'y a pas à dire, vous avez l'ait le siège d'une même citadelle.
FRANZ
Laquelle ?
ANNA
Moi... Vous avez l'air d'ignorer de quoi je parle...
FRANZ
Ah! permettez!... Je me rappelle très bien, un hiver, avoir quitté Vienne pour courir après vous, bien que je fusse désigné pour faire danser l'archiduchesse Louise au bal de cour qui avait lieu le lendemain... Mais rien n'était capable de m'arrêter.
ANNA
J'avais dix- huit ans, et vous?
FRANZ
Trente-trois.
Seigneur! Combien vous devez maintenant hausser les épaules, vous l'homme correct, au souvenir de cette fugue !
FRANZ
Mais non... La passion...
A vos yeux, la passion reste une excuse?... A qui donc se fier!... J'ose alors rappeler notre surprise quand nous vous avons vu paraître à Mce, ma mère et moi... Surprise, moi, je l'étais moins que ma nière... Le lendemain, vous demandiez ma main.
FRANZ
Au lieu de faire danser l'archiduchesse Louise.
ANNA
Et je refusais poliment.
FRANZ
Ce qui me causait un chagrin mortel.
ANNA
Mortellement ennuyeux, car, pendant quinze jours, vous m'avez assourdie de vos plaintes. 11 a fallu, pour y mettre fin, l'annonce de mon mariage avec M. de Grécourt... Du coup, vous avez repris le chemin de Vienne.
FRANZ
Pouvais-je assister?...
ANNA
Non... Mon bonheur avec M. de Grécourt a été mince, puisque nous nous sommes séparés au bout de quatre ans... Un pareil spectacle vous eût trop fait souffrir!...
FRANZ
On ne prévoit pas comment tourneront les mariages... Rappelez-vous ma joie...
ANNA, riant.
De me voir malheureuse en ménage?
FRANZ
Méchante !... Ma joie de votre retour à Vienne... Depuis lors je ne cesse de la manifester...
En vain... J'ai apporté de France une remarquable cruauté... car, je le reconnais, depuis seize ans vous m'entourez de soins qui finiront par être désintéressés, tant nos âges prêchent le renoncement...