‹ L'invitée; comédie en trois actesChapitre 4 sur 62 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

FRANZ, faisant la grimace.

Nous parlions de ce monsieur Bagadais...

ANNA

Nous en sommes tout près. Le jour même où vous demandiez ma main à Nice, il la demandait aussi et je la lui refusais comme à vous... Voilà l'histoire de votre frère d'armes.

FRANZ

Il paraît s'être consolé plus vite.

ANNA

Détrompez- vous... Il a fait meilleure mine à l'adversité, tout en se montrant d'une ténacité supérieure... A la sacristie, le jour de mon mariage, il m'a fourni le compliment le mieux tourné ; mon voyage de noces terminé, il m'est revenu, très assidu, comme si rien n'était changé. Je l'ai eu pour cavalier servant, de bonne humeur et résigné, pendant les quatre années qui se sont écoulées jusqu'à ma séparation... Rien ne le décourageait... La naissance de mes deux filles, qui aurait pu refroidir un moins beau zèle, laissait le sien inaltérable. Il a fallu pour en venir à bout l'effondrement de mon ménage. Là-bas une femme disponible devient sacrée.

FRANZ

Oh ! ces Français !

ANNA

N'en disons pas trop de mal ; ils disparaissent, mais ils reviennent. On leur reproche d'être une race de premier mouvement, aimable mais superficielle. On prétend qu'ils ne savent pas voyager, que hors de leurs frontières, rien n'existe... Eh bien, M. Bagadais vient de Paris à Vienne

exprès pour me voir, alors que depuis si longtemps loin de ses yeux, je pouvais me croire loin de son cœur.

FRANZ

"Vient-il exprès?... Qu'en savons-nous?... Peut-être profite-t-il d'un voyage d'agrément pour...

ANNA

Y joindre une corvée !

FRANZ

Mais non... Je ne dis pas cela...

ANNA

Mais si, vous le dites !... Vilain métier de débiner un rival! Car, si ce n'est pas un rival, qu'êtes-vous tous deux?... Moi, je crois en lui... Tenez, écoutez sa lettre... (Eiiefouiiie dans sa poche.) On n'est pas plus affectueux !... Non, je ne l'ai pas... C'est dommage, j'aurais eu du plaisir à vous la lire... Pauvre Hector !... Il y a bien longtemps que je ne pensais plus à lui, mais depuis que j'ai lu sa lettre, il ne me sort pas de la tête... Quelle journée!... Il me prévient qu'ayant des choses graves à me communiquer, des choses qu'on n'écrit pas, il se présentera chez moi aujourd'hui.

Je vous trouve pâle.

ANNA

N'est-ce pas?

Vous avez mal dormi ?

ANNA

Pas fermé l'œil !... L'inconnu frappe à ma porte : je suis sur le qui-vive, dressant l'oreille jour et nuit.

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