ACTE DEUXIÈME
HUBERT
Que diable!... Vous avez une façon de poser les questions qui les embrouille! Laissez-moi donc aller trouver Hector.
ANNA
Pour le renvoyer comme ambassadeur?... Nous nous en passerons bien. Tout à l'heure je voulais être encouragée, maintenant vous semblez un peu gêné et cela suffit pour me mettre à l'aise... Qu'est-ce qui vous trouble?... Que je m'informe jusqu'où doit aller ma reconnaissance? Vous craignez qu'elle ne soit exagérée, n'est-ce pas ?
HUBERT
Je veux être traité suivant mes mérites.
ANNA
Mettons que je suis venue serrer la main, non d'un vieil époux, mais d'une ancienne connaissance... Ce n'est pas
trop exalter VOS mérites, je Suppose?... (Signe satisfait d'Hubert.)
Bien. Sur ce pied-là on peut parfaitement causer, sans Hector. A présent je sais à quoi m'en tenir. Vous avez eu la généreuse pensée de me rendre une partie de ma famille, j'allais dire la meilleure, mais puisque vous ne voulez pas en être, je me mords la langue.
HUBERT
Je me suis dit : « Voilà des années qu'elle est absente, qu'elle n'a pas vu les petites, l'heure est venue de sortir d'un isolement trop austère. »
ANNA
Il n'était ni trop profond, ni trop austère... N'exagérons pas ma vertu... A Vienne j'ai été très mondaine, on m'a beaucoup fêtée, et tous mes efforts ont tendu à faire péni-
tence le sourire aux lèvres... Je hais le repentir larmoyant... Car, entre parenthèses, je suis repentante. Acceptez mes regrets de vous avoir donné jadis de graves sujets de plainte. Mon Dieu, voyez comme de se trouver en présence des gens amène d'inexplicables revirements. Ce malin, il me semblait que si vous hasardiez la moindre allusion à nos funestes dissentiments, je vous arracherais les yeux... Me voilà maintenant d'humeur à en parler la première et sans fiel. Ne trouvez-vous pas qu'après des années les choses qui paraissaient énormes, se rapetissent à être des taupinières devant lesquelles on est confus d'avoir eu le vertige ?
HUBERT
Vous avez le repentir conciliant.
Exigez- vous qu'il se produise revêtu d'un cilice ?... Non,
la férocité n'est pas votre défaut... D'ailleurs, on respire sous ce toit un air si calme, tellement imprégné du parfum de la vie de famille, qu'on se figure le maître de la maison content de son sort, entouré de toutes les affections enviables, et trop juste pour reprocher aux autres la sérénité qu'il a lui-même en partage.
HUBERT, embarrasse.
Trè* agréablement raisonné.
Puisque la conversation roule sur votre foyer, permettezmoi, mon ami, de vous complimenter sur vos filles qui sont ravissantes.
HUBERT, affable.
L'honneur en revient à vous autant qu'à moi.