ACTE DEUXIÈME
Oh ! elles sont si peu miennes '....Leur éducation est votre œuvre, vous les avez formées. De mauvaises langues de femmes prétendent que les hommes sont incapables d'élever les jeunes personnes... Vous faites une brillante exception.
HUBERT
Eh non, c'est ce qui vous trompe !... Voilà où le bât me blesse!... Nos filles sont jolies, spirituelles, remplies de droiture, mais horriblement mal élevées.
Vous m'étonnez !
HUBERT
Le tableau n'est malheureusement pas chargé... Je suis un père faible, aveugle, inexpérimenté, ce dont nos enfants pâtissent... Les pauvres petites ont fait un tas de folies, se sont compromises, ont gâté un bel avenir, et je ne sais comment les marier.
Elles ont de la fortune...
HUBERT
Peuh! Je n'ai pas amélioré leurs dots.
Tant pis... Mais enfin, que la question d'argent ne vous tracasse pas outre mesure... J'ai tant bien que mal administré mon petit avoir et j'apporterai mon obole.
HUBERT, avec flan.
Vous serez notre Providence!... Les dots, c'est quelque chose, mais il faudrait surtout une direction plus ferme... Si nos filles ont le bonheur d'être désirées par vous, je suis
prêt à m'en séparer aussi souvent et longtemps qu'il vous plaira.
Me les confier!... C'est un honneur dont je suis parfaitement indigne.
HUBERT
Allons donc!... N'ai-je pas pris mes renseignements?... Je sais combien, pendant votre exil, vous avez été une femme respectable, et suis certain de mettre mes filles en bonnes mains.
Comprenons-nous... Je partage la conviction que chez moi elles seraient pour le moins aussi convenablement placées qu'ici... Mais je ne me sens pas de force à les prendre... Vous me rendez justice en m'appelant une femme respectable... C'est un titre auquel j'ai droit, ou peu s'en faut; faites-moi seulement la grâce de songer aux luttes qu'il m'a fallu soutenir pour le garder.
HUBERT
Je ne doute p:is qu'avec votre beauté...
Laissons ma beauté... je parle de combats contre moimême... A vingt-quatre ans, le plus grand ennemi d'une femme complètement délaissée, c'est son propre coeur... J'ai vaincu le mien par des moyens barbares, y étouffant tout ce qui demandait à vivre, fauchant amitiés et penchants qui pouvaient entretenir la faculté d'aimer... L'apaisant avec d'arides coquetteries, comme on trompe la soif dans le désert, avec de petits cailloux... L'ai-je assez mutilé, ce pauvre cœur ! Actuellement il n'y reste plus une fibre aimante... C'est un jardin transformé en cour pier-