‹ L'invitée; comédie en trois actesChapitre 34 sur 62 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

madame de Raon... Elle est, m'a-t-on dit, tout à l'ait de votre intimité, par conséquent, je présume qu'on peut lui révéler qui je suis... Votre femme après tout... Ma présence est au moins aussi naturelle que la sienne.

HUBERT

Est-ce une critique?

ANNA

Mille lois non!... Ce serait mal à moi de supposer que vous respectez assez peu vos filles pour les mettre dans une situation louche... Vous êtes à l'âge où un homme peut s'accorder une amie sans que nul y trouve à redire; surtout quand l'amie est, si j'ai bonne mémoire, assez insignifiante; car je rencontrais parfois madame de Raon, quand elle était encore mademoiselle de Mornex. L'ai-je bien jugée?

HUBERT

Hum!... C'est une personne que nous voyons souvent, et, vous savez, quand on se voit du matin au soir, on ne s'occupe guère de l'esprit qu'on a.

ANNA

Rien de plus vrai. Elle a probablement des qualités sérieuses?

HUBERT

Ah oui... Elle a rendu très heureux mon pauvre camarade Raon.

La reconnaissance dont vous entourez sa veuve est louchante!... Madame de Raon est sans doute liée avec vos filles?

HUBERT

Oui, et je m'en plains un peu... Ces demoiselles ne sont que trop portées à se donner des allures au-dessus de leur âge...

Et l'influence d'une femme qui a ses dents de sagesse n'est pas l'idéal?

HUBERT

Pas trop.

Pourquoi favoriser leur intimité?... Il serait si simple de ne pas inviter madame de Raon à la campagne.

HUBERT, embarrassi.

J*y ai songé... C'est difficile!... Quand on a mis quelqu'un sur un certain pied, il est toujours délicat de modifier...

ANNA, indifférente.

Oh! j'ai dit cela... N'y attachez pas d'importance... Tenez, ne parlons plus de madame de Raon, vous m'en dites du mal, je finirai par vous croire; j'aurai des préventions contre elle, et jugez combien je serai ridicule si je lui montre la moindre malveillance.

HUBERT

Et puis, je n'en dis pas de mal... Tout au plus une légère objection...

Bien entendu. (Alice et Thérèse entrent. Annales arrête d'un geste.)

Vous permettez, mesdemoiselles, que je dise un mot à votre

père, (a Hubert qu'elle entraine plus loin.) Je Compte leur Cacher

qui je suis. Soyez également discret. Je redoute par-dessus tout les étalages de sentiments, et cela me désolerait de voir le joli souvenir que j'emporterai de ma visite, gâté par une crise inopportune.

HUBERT, amèrement.

Toujours soigneuse de votre précieux repos!

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