‹ L'invitée; comédie en trois actesChapitre 33 sur 62 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

reuse sans un coin de verdure. A force d'y persécuter l'ivraie, le bon grain n'y peut plus pousser... Le bon grain serait de chérir mes filles...

HUBERT

Est-ce vous que j'entends? Leur mère!

Dieu sait quel épouvantable désespoir j'ai ressenti en les quittant... J'ai passé des années à couper un à un les fds qui me rattachaient au bonheur perdu, et chaque lien brisé m'a coûté des torrents de larmes! N'y a-t-il pas quelque audace, maintenant qu'à force de tortures j'ai conquis la paix, à m'offrir une maternité qui promet des fruits amers... Vous avez eu autour du cou les petits bras de vos bébés qui bégayaient à votre oreille leurs gentilles bêtises, chaque jour allongeait d'un anneau cette longue chaînes d'impressions douces dont est faite la tendresse des parents... Chérissez vos filles, vous y êtes plus exercé que moi...

HUBERT

Je ne m'attendais pas à cette résistance... car enfin, si rien au monde ne vous inspire d'affection, que cherchez vous ici?

Ce qui n'y est plus! Il y a bel âge que les vivants me paraissent inoffensifs, mais je gardais la terreur des fantômes. (Fixant sur lui un regard plein d'ironie.) M'en Voici délivrée!

Je suis dans leur repaire, et c'est moi qui leur fais peur, car ils ne se montrent pas. Grâce à vous, je partirai guérie de la maladie du souvenir, la plus cruelle de toutes.

J'en suis fort aise, mais, en attendant, vous ne venez pas à mun aide.

ANNA

En enlevant vos filles?... Quand je m'en sentirais le courage, ce serait vous faire le plus grand tort. Parions que vous avez, pour me les confier, une raison autre que celle de perfectionner leur éducation?

HUBERT

Oh ! par exemple !

ANNA, souriant.

Je vous ai si bien connu, il en reste quelque chose!... Oui, vous avez une mauvaise raison. Gardez-vous de me la dire, vous en avez envie et ce serait une bévue... N'éloignez pas vos enfants; elles vous protègent contre les entraînements trop énormes et quant aux autres, vous y êtes condamné à perpétuité.

HUBERT, perdant patience.

Dites donc, il me semble qu'en fait d'entraînements vous pourriez montrer plus d'indulgence. Inutile de tant songer à mes affaires. Vous venez d'avouer que rien ne vous intéresse plus.

ANNA

Ne me faites pas pire que je ne suis. Mon cœur est incapable de dévouement, mais son indolence lui permet de s'intéresser aux gens... Je goûte parmi vous une sensation fine qui m'enchante... Vous m'autoriserez bien, n'est-ce pas à rester jusqu'à demain?

Hl'BERT, interloqué.

Assurément...

Si cela vous dérange le moins du monde, il y a encore un train ce soir... Mais j'y perdrais un plaisir auquel j'attache du prix... Je sais que vous avez une étrangère au château,

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