‹ L'invitée; comédie en trois actesChapitre 36 sur 62 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

ANNA

C'est vrai ! Je suis votre mère... Une mère qui a été malheureuse la majeure partie de sa vie. Ne me considérez pas comme un monstre si mon cœur est sec, si mon premier mouvement, quand vous m'appelez maman, est de nier.

Elle fond en larmes. Les jeunes filles la considèrent avec étonnement.

Nous avons beaucoup hésité à venir vous trouver... Pour désirer garder un pareil secret, il faut des raisons bien fortes... Cependant, il me semble que nous usons d'un droit.

ANNA, les attire et les embrasse.

Inutile de vous excuser, c'est fait.

THÉRÈSE

11 y a longtemps que nous aurions tenté une démarche, si on ne nous avait pas laissé croire...

Quoi ?

Que vous étiez.

ANNA

THERESE

ANNA

Folle! On vous trompait... (Avec un sourire triste.) J'ai toujours eu ma pleine connaissance, et quelquefois je m'en serais bien passée.

THERESE

Ah bien ! nous devons un fameux cierge aux auteurs de cette fable... Une mère enfermée!... Vous ne savez pas ce qu'il en coûte à ses filles !

ALICE, souriant*

Ajoutons, pour cire vraies, que les filles ne perdent pas une occasion de se montrer insensées...

THÉRÈSE

Parce qu'elles sont découragées... Nous sommes les passagers qui se jettent à l'eau pour échapper au naufrage. Vous nous trouvez en pleine noyade. Seule, notre mère peut nous sauver. Nous vous supplions de ne plus vivre au loin. Qu'on nous rencontre sous la conduite d'une mère, de mal élevées nous passerons sur l'heure pour originales, dans huit jours nous serons d'une vivacité charmante. Ne reculez pas devant notre réputation d'étourdies. Nous promettons d'être dociles. Ah! trop heureuses que vous imposiez votre autorité '

ALICE, à mi-voix.

Marguerite n'a aucune influence sur nous... Ne redoutez rien de ce côté-là.

ANNA, légèrement amère.

Il y a plaisir pour moi qui professe l'horreur des affections conventionnelles à vous entendre calculer si paisiblement.

THÉRÈSE

Ma mère, ne soyez pas blessée. Quand vous êtes partie, nous étions trop petites. Rien ne survit de ce temps-là. Montrez-vous indulgente pour ce que nous sommes : pas faiseuses d'embarras, pas fausses non plus.

ANNA

Je viens, en effet, de céder à un mouvement d'humeur très déraisonnable... Pourquoi votre manière exclusivement pratique d'envisager mon retour m'est-elle douloureuse :'... C'est injuste. Ne m'en veuillez pas.

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