ACTE DEUXIÈME
ALICE
Bien au contraire !... Je suis sûre maintenant que vous n'êtes pas indifférente... C'est l'évidence même!... Notre première parole sur la terre a été votre nom : ces souvenirs-là ne peuvent avoir péri. Ce sont eux qui protestent.
ANNA
C'est pourtant vrai que j'ai écouté vos premiers babillages comme une musique divine... Dans ce temps-là, il n'y avait pas de meilleure mère que moi... Je ne m'occupais guère à décomposer les sentiments pour constater qu'ils sont pétris d'habitude et d'égoïsme. Je vous mangeais de baisers, je veillais près de vos berceaux', je grondais, je câlinais, tout comme une autre. En ai-je l'orme pour mes fillettes des projets d'avenir!... L'avenir d'alors, nous y sommes : mes filles m'accueillent en demandant un service et moi, qui voudrais le leur rendre, je recule faute de générosité suffisante pour compliquer mon existence.
Maman, vous avez beau dire que les sentiments sont pétris d'égoïsme, ils renferment quelque cbose de mieux. Je ne vous donne pas l'affection qu'une mère adroit d'attendre, mais en le constatant je sens un grand vide dans mon cœur et c'est déjà beaucoup. Si vous partiez, je ne vous dirais pas adieu comme à une étrangère.
THÉRÈSE
Et puis, songez que vous avez mis au monde des créatures qui n'ont pas demandé à naître. Vous leur devez une protection...
ANNA, à Th. lèse.
Alice en m'appelant maman, me touche plus que ne liraient les plus beaux raisonnements. S'il était possible de
me retenir, elle accomplirait ce miracle. Mais mon âme n'a plus de ressort!
ALICE, lui saulant au cou.
Ah! maman, maman, maman!... Rappelez-vous les fillettes d'autrefois. Ce sont les mêmes qui vous supplient!