ACTE DEUXIÈME
ANNA
On voit qu'il fait de vous un cas extrême... Il vient de me dire combien vous avez rendu M. de Raon heureux.., J'ai connu M. deRaon... Un bien aimable homme!
MARGUERITE
Que j'ai beaucoup regretté.
ANNA
Je comprends... Ne suis-je pas moi-même quelque chose comme une veuve? Avec l'incertitude en plus, car vous me voyez bien indécise.
MARGUERITE
Sous quel rapport?
ANNA
Mon mari n'en est plus un pour moi, mais je n'ai pas, comme une vraie veuve, la ressource de le loger au ciel. Hubert est malheureux ici-bas. Je puis le secourir et c'est une tentation devant laquelle mon cœur hésite.
MARGUERITE
Est-il si malheureux?
ANNA
11 l'assure. Vous ne le soupçonniez pas?
MARGUERITE
Mais non.
Je l'ai vu du premier coup d'oeil.
MARGUERITE
Il vous a dit de quoi il souffre.'
En partie... et j'avais beau jeu de savoir le reste. Il m'a suffi de le deviner. N'en doutez pas, Hubert est entre les griffes d'une femme, Il lui consacre tout son temps et néglige ses filles qui vivent à l'aventure, ce qui le navre. Si je me chargeais des enfants, Hubert serait ravi, et cette femme aussi, je pense.
M ARGUER1TE
Entre les griffes d'une femme! J'y vois clair, et pourtant jamais... Qu'on est donc romanesque en Autriche!...
Qu'on est donc discret en France !
In .lomestique apporte une table à thé sur laquelle chauffe un =amovar. Le? deux groupes <le cau>eur; ^e réunissent.
ALICE
Maman, nous autorisez-vous à faire les honneurs du goûter?
Mes enfants, je ne suis rien ici... Rien qu'une maman bien novice... Vous représentez le gouvernement.
Sans l'ombre de vraisemblance, puisqu'elles brûlent d'abdiquer.
THÉRÈSE, passant l'inspection du goûter.
On aurait pu mettre quelque chose à boire... Par cette chaleur...
HECTOR
C'est une faute... Je prendrais bien un verre de bière.
THÉRÈSE
Je vais en demander.
Elle sonne, un domestique parait, elle lui parle bas..