ACTE TROISIÈME
J'en ai la prétention... Ceux qui l'oublient n'ont qu'à se bien tenir ! Mets cela dans ta poche... Thérèse a parlé en ton nom et au sien, par conséquent vous vous partagiez les risques...
ALICE, avec fermeté.
Eh bien, papa, j'en accepte ma part... Ce que vous reprochez à Thérèse, je l'ai encouragée à le faire...
HUBERT
Tu as l'audace...
ALICE
Je suis tellement sûre de bien agir que je n'ai pas la moindre crainte... Thérèse et moi nous avons beaucoup souffert, papa... Jusqu'ici nous courbions la tête, parce que nous pensions ne pas avoir de mère. A présent qu'elle est venue, nous la garderons à tout prix... La preuve qu'en le faisant nous usons d'un droit sacré, c'est que vous n'avez pas osé dire ce que vous reprochez à Thérèse. Maintenant encore, vous ne le pourriez pas !... Cela me fait plaisir!... Il y a des choses qui crèvent les yeux chez nous et qu'on se respecte encore trop pour constater.
HUBERT, consterné.
Alice, ma pauvre enfant, je ne suis pas un méchant homme... Mais tu veux juger les personnes d'un certain âge avec ta jeunesse... Enfin, je t'assure, cette guerre au couteau... Vous avez tort !... La maison va devenir un enfer !
ALICE
Elle l'est depuis longtemps, papa!
HUBERT
Pour vous !... C'est une honte !... On m'assurait du con-
traire... J'aurais dû y Veiller... (il prend Alice dans ses bras, l'embrasse et la caresse.) Pardon, mes enfants, de vous avoir humiliées.... Mais vois-tu, ma petite, ne suis-je pas bien puni en vérifiant à quel point vous m'êtes peu attachées ? Entre une mère que vous connaissez à peine, et moi qui ne vous ai jamais quittées, si vous hésitiez seulement une seconde!... Pas de danger! Vous courez à elle! Oh, je l'ai mérité 1... Vous allez là où vous entrevoyez le salut... Moi-même je me rends justice : si votre mère est ici, c'est moi qui l'y ai appelée... prêt à lui donner mes filles pour leur bien... Ça me fait tout de même de la peine que mes filles se précipitent si facilement dans le chemin que je leur ouvre pour s'éloigner de moi.
ALICE
Fermez-le, papa !... Qu'est-ce que Thérèse demandait qui vous a tant fâché ? Précisément cela : ne pas perdre maman, sans nous séparer de vous.
HUBERT
Je ne suis plus fâché: dis-le à ta sœur... C'est votre droit de vous défendre.
Contre vous !
ALICE
HUBERT
Je suis sans défense contre moi-même!... cherchez un refuge près de votre mère.
ALICE
Elle ne l'offre pas !... Nous voyons bien que son cœur est touché, mais un obstacle inconnu nous en éloigne... C'est pour la retenir que nous tentions l'impossible!... L'impossible!... (Regardant son père avec une inquiétude câline.) Est-ce bien
certain?