ACTE TROISIÈME
HUBERT
Oui, mon enfant... Tu ne sais pas ce qu'il y a de faiblesse dans les vieilles âmes qui se cramponnent à la vie, au lieu de se préparer noblement à la quitter... N'insiste pas... D'ailleurs, vous êtes dans l'erreur en supposant que ma femme reprendrait sa place dans ma maison... Elle est encore moins disposée à l'accepter que moi à la rendre... Nous sommes à jamais désunis.
ALICE
Pourtant, à dîner, assise en face de vous, elle riait si naturellement...
HUBERT
Signe que nous ne comptons plus l'un pour l'autre.
ALICE
L'irréparable vous rend bons amis ?
HUBERT
Tout juste!...
On silence.
ALICE
Que deviendrons-nous ?... L'existence d'hier n"est plus possible aujourd'hui !
IU'DERT.
Suppliez encore votre mère... qu'elle vous emmène!... Si elle refuse, eh bien, je vous autorise à partir demain pour la rejoindre à Vienne... Là-bas, quand vous lui direz que vous me fuyez, la conjurant de ne pas vous renvoyer dans un milieu qui vous froisse... elle aura pitié!
ALICE
Nous sommes à plaindre, en effet. C'est à qui se débarrassera de nous!
HUBERT
Voilà que tu exagères!... Tout le monde vous aime... Vois-tu, quand il y a quelque chose de détraqué dans un ménage, les enfants sont les premiers à en souffrir... C'est une loi... que la Providence... pour le châtiment des parents...
ALICE, ironique.
Inflige aux enfants qui n'ont rien fait.
HUBERT
A quoi t'avancera de récriminer?... Je te laisse... Aie bon espoir!... Ta mère... telle que je la connais, vous l'attendrirez... Traitez avec elle... vous avez carte blanche.
Il sort avec un petit adieu de la main, très amical.