ACTE PREMIER
ANNA, se lève.
En effet, Hubert avait imaginé de me faire passer pour folle... En le quittant, je suis allée m'enterrer vive à la campagne, en Hongrie, le temps d'être parfaitement oubliée. J'ai pu ensuite m'établir ici. Ma famille, qui est très bien posée à la cour, m'a aidée à faire peau neuve. Je me suis arrangé une existence tranquille, indépendante, mieux que je ne mérite... Ainsi, ma rupture n'a causé aucun scandale ?
HECTOR
Pas l'ombre, puisque moi-même je ne me suis douté de rien. C'est seulement au bout de deux ans, qu'Hubert m'a raconté l'histoire de votre fuite avec un inconnu.
ANNA
Vous avez été indigné?
HECTOF..
J'ai éprouvé... tant pis si je suis ridicule !... quelque cbose comme une amère déception, mêlée de...
De ressentiment?...
HECTOR
Ma foi, oui.. Je vous étais si attacbé, depuis si longtemps...
ANNA
Tromper mon mari avec vous n'aurait presque pas été une faute. Averti que je m'étais adressée ailleurs, vous avez trouvé la plaisanterie déplacée.
HECTOR
Il n'y a pas de quoi rire... J'ai ressenti un découragement h profond que jamais je n'ai pensé à me créer un intérieur.
14 L'INYITÉE.
ANNA
Je suis plus tentée de vous demander pardon que de rire, (en silence.) Puisque mon mari vous confie ses malheurs, je vois que vous n'avez pas ralenti vos relations après mon départ.
HECTOR
J'ai suivi un instinct qui me ramenait continuellement là où j'étais habitué à vous voir. Votre ombre m'y recevait. Vos petites filles l'évoquaient en appelant leur maman... Votre mari, après m'avoir dit qu'on vous avait conduite en Autriche pour y être enfermée, ne parlait jamais de vous; mais il y pensait, cela se voyait à un nuage qui passait dans son regard. Guetter ce nuage, c'était encore une manière de m'occuper de vous. Dans ma détresse, j'y trouvais une douceur.
ANNA, louché,%
C'est triste, mon cher ami.
HECTOR
Peu à peu, vos fillettes ont moins réclamé leur maman, les regards se sont éclaircis; votre ombre, plus rarement évoquée, s'est doucement effacée. Mais j'ai continué à hanter la maison. Quoique délaissée par vous, elle ne me semblait pas déserte... Je m'étais tout bêtement attaché à Hubert et aux enfants.
A NN A sourit.
C'est donc une espèce de transfuge que j'ai devant moi.
HECTOR
Non, mais un sincère allié des deux partis, brûlant de eur être utile à l'un et à l'autre.
ANNA
Il est malaisé de m'être utile, car je ne souhaite rien...