ACTE PREMIER
Si, pourtant! Je réclame une description de mes filles... L'aînée avait quatre ans quand je lui ai dit adieu.
HECTOR, triomphant.
J'ai mieux à offrir qu'une description : voici leurs portraits...
Il tire deux photographies de son portefeuille. Anna s'en empare vivement et va les regarder au jour prés de la fenêtre.
ANNA
Elles sont jolies... et puis quelque chose de dégagé... De vraies petites Françaises. Voyons, je ne me trompe pas, celle-ci est bien Thérèse?
HECTOR, regardant.
Parfaitement, Thérèse, l'aînée... Vingt ans, de l'esprit comme un démon et crâne, allez!...
ANNA, continue l'examen des portraits.
Alice a Pair d'être très blonde .
HECTOR
Comme les blés... Nature excessivement fine.
ANNA
Des yeux si doux!... N'est-ce pas?
HECTOR
Un regard de gazelle. La photographie en donne à peine idée.
ANNA, montrant les photographies.
C'est pour moi, j'espère?
HECTOR
Oui, oui, certainement.
ANNA, les examine encore.
Vous me faites un gros plaisir.
HECTOR
Attendez-vous à mieux.
ANNA, le regarde fixement.
Que voulez-vous dire?
J'apporte un message de paix. Il ne tient qu'à vous d'embrasser vos filles.
Pas possible.
A N N A , froidement.
HECTOR, joyeus.
Si, Hubert m'envoie vous l'offrir.
ANNA, ironique.
Pourquoi cette générosité subite?
Quelle espèce de vilaine méfiance avez-vous quand il n'y a qu'à être folle de joie?... Le temps ferme les blessures. Hubert n'a plus au fond du cœur assez de rancune pour éterniser voire brouille. Il pense que c'est une bonne œuvre de vous appeler près de vos filles. Allez les voir tant qu'il vous plaira, même chez lui... Soyez leur mère... Mon Dieu, je parle pourtant avec clarté, comment restez-vous glaciale devant cette bonne nouvelle?
Parce qu'elle ne m'apporte qu'une impression douloureuse. Quand il faudrait être folle de joie, comme vous dites, je