‹ L'iode dans l'organisme: Ses origines, son rôle, son éliminationChapitre 34 sur 38 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Du rôle de l’iode dans l’économie animale, son mode d'action etson utilité.

L'économie humaine renfermant naturellement de liode, en absorbant et en éliminant sans cesse, cet élément doit donc lui être nécessaire, mais quel est son rôle et à quoi sert-1l ?

Dans cette question si intéressante de l’iode de l’organisme tout est si nouveau, si peu étudié, et souvent si inattendu qu’il est difficile de dire à l’heure qu'il est quelle peut être la signification de ce métalloïde et son rôle : on en est réduit à rassembler le peu de faits acquis et procédant par analogie avec les principes ou les lois connus, à en tirer des conclusions qu’on ne saurait émettre que sous toutes réserves.

On trouve dans tous les traités de pharmacologie que l’iode et ses préparations exercent une action topique irritante, et que cette irritation peut aller jusqu’à l’escharification, Mais quand au lieu d'employer des doses massives d’iode on l’administre à des doses modérées, il a deseffets locaux et généraux extrêmement intéressants à étudier.

En effet, outre cette action irritante qui, dans les pre-

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miers temps, avait à peu près exclusivement attiré l’attention des thérapeutistes, l’iode est encore doué d’une propriété remarquable qui mérite d’être d’autant mieux connue qu'en elle réside peut-être la véritable cause de l'efficacité merveilleuse de cette substance, dans un très grand nombre de maladies très diverses en apparence : je veux parler de sa propriété antiseptique et antiputride si bien mise en évidence pour la première fois par Bor- NET.

LreBie, puis Macenpre, avaient constaté expérimentalement que de la fibrine, immergée dans de l’eau contenant une trace d’iode, n’avait au bout de plusieurs jours, contracté aucure odeur putride ; ils en avaient tiré cette conclusion que l’iode pourrait être employé pour la conservation des pièces anätomiques. Etant donnée la proche parenté chimique de l’iode et du chlore, l’action antiseptique de l’iode ne doit pas trop surprendre.

Mais à côté de ces effets locaux l’iode produit aussi des effets généraux remarquables. Absorbé par les voies res. piratoires, ou par la peau, ou mieux par la membrane muqueusé du tube digestif, l’iode cause des symptômes d’excitation générale fort sensibles, et, à ce titre ce médicament pourrait être rangé parmi les excitants. Il donne d’abord de la sécheresse èt de l’ardeur du pharynx, et, si le médicament estcontinné, il survient une véritable angine, en même temps que les glandes salivaires fournissent une sécrétion plus abondante, un véritable ptyalisme.

La circulation devient plus active, la peau plus chaude,

l'appétit augmente d’une façon notable et les fonctions.

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digestives s’accomplissent avec une perfection inaccoutumée (1) (Joubin, thèse de Strasbourg, 1864).

Un des accidents les plus communs des préparations iodées est un coryza très violent, qui s'accompagne de céphalalgie frontale, de larmoiement ; l’insomnie est commune.

En outre on observe un ensemble de symptômes cérébraux décrits par LuGor : céphalalgie, élancements assez douloureux dans les yeux et dans les oreilles mouches volantes et éblouissements passagers, ensemble que cet observateur a nommé ivresse iodique.

L'administration de l’iode produit parfois des éruptions qui lui sont propres, l’érythème, l’acné iodique par exem-— ple (2) la sécrétion urinaire est ordinairement augmentée, pourvu toutefois qu'il n’y ait pas de sueurs trop abondantes, auquel cas l’urine coule en moindre quantité qu’en l’état ordinaire.

Chez les femmes, l’iode cause des phénomènes spéciaux du côté dela menstruation: à peu près constamment son administration amène une exagération du flux menstruel, et, chez quelques-unes de véritables hémorrhagies (Joura. complém. du Dict. des Sc. Médic. p. 359).

Mais à côté de cet iodisme accidentel qu'on pourrait

qualifier de normal, il en existe une autre forme, la cache-

1. Peut-être doit-on voir dans la simultanéité de c2s deux phénomènes appétit et facile digestion, l'explication de l'efficacité de l'huile de foie de morue, ou l'iode servirait à faciliter l’assi uilation du corps gras.

2. J'avais pensé que l'urticaire qui survient à la suite d'ingestion de certains aliments ; fraises, asperges, tomates, poissons, etc, devait être produit par l’iode que ces aliments contiennent. Si la chose est vraie pour quelques-uns, elle est fausse pour d’autres et ne pourrait être mise sous forme

de loi générale.

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xie iodique, signalée par Cornper, qui a été étudiée tout particulièrement par Rizcer sous le nom d’iodisme constitutionnel. Ici, ce serait liode, en tant que substance ayant une action particulière sur l’économie, qui donnerait lieu à un empoisonnement spécial, la forme sous laquelle ou administre étant indifférente.

Dans cette forme d'intoxication iodique, à l’inverse de ce qu'on observe dans la précédente, les effets produits seraient à peu près indépendants soit des doses du médicament, soit des espèces de préparations employées.

Bien plus, ce serait même lorsqu'il est donné à petites doses que l’iode produirait avec le plus de facilité l’iodisme constitutionnel. On a signalé un certain nombre de faits dans lesquels l’iodure de potassium donné aux doses de 1 centigramme à 2 milligrammes en pilules ou en solution, ou bien à la dose d’un demi centigramme en frictions, aurait déterminé cette sorte d’empoisonnement.

L'iodisme constitutionnel est caractérisé par un ensemble de symptômes dont les plus saillants sont : un amaigrissement rapide, un appétit exagéré et des palpitations nerveuses.

Cet amaigrissement est parfois tellement effrayant, que les malades deviennent en peu de temps méconnaissables, et prennent l'apparence d’individus en proie à la tuberculisation aiguë. Il se manifeste d’abord par l’atrophie de certains organes glanduleux, pour lesquels liode paraît avoir une affinité spéciale, la glande 1hyroïde, les mamelles, les testicules. Le visage maigrit

avec le reste du corps, mais bientôt la maigreur devient

générale.

À ces trois phénomènes, tout à fait caractéristiques et à peu près constants: le marasme aigu, la boulimie, les palpitations nerveuses, viennent s’ajouter plus tard d’autres troubles fonctionnels du côté du système nerveux ayant la plus grande analogie avee. ceux de la maladie de Basedow.

Il importe. d’ailleurs de faire remarquer que-ces cas d'intoxication iodique, constituant l’iodisme constitutionnel sont fort rares et. ne frappent que. les personnes affectées du goître, c’est-à-dire chez qui l’iode ne peut plus être assimilé comme il convient par cet organe.

L’intoxication iodique présente certaines particularités fort intéressantes ; l’action de l’iode semble se faire sentir d’abord sur les organes qui contiennent normalement de l’iode, puis sur ceux dont le rôle est d’en élimimer l'excès. La glande thyroïde, les mamelles, les testicules subissent une fonte particulière, la peau subit des modifications spéciales, enfin surviennent des troubles nerveux, dûs très probablement à l’accumulation de liode dans le tissu nerveux. [Il n’ya rien. là quidoive nous étonner, sion remarque que M.GarLarp a démontré expérimentalement que dans les cas où il y a surcroît d’iode, dans l’écomie, son taux s'élève très notablement dans l’encéphale et dans la moelle.

L’iode agit à des doses extrêmement faibles, sur l’économie comme les ferments nombreux qui y sont contenus, et on peut d'autant mieux rapprocher son mode. d'action de celui des ferments que MM. BraïnarD et GREENE ont démontré que l’iode possède une, action neutralisante des

plus remarquables contre le venin du crotale et contre

le curare. Ceci n’est évidemment qu’une simple hypothèse, et je ne prétends pas qu’un rapprochement avec un fait unique suffise à en démontrer le bien fondé.

Mais, si l'explication de l’action de l’iode normal agissant comme ferment n’est quère satisfaisante, on peut faire toutefois sur cette action une hypothèse reposant sur des. considérations purement chimiques quisemblent très vraisemblables. On sait quelle est l'instabilité de l’iode et des combinaisons chimiques dont cet élément fait partie. Sousles. influences physiques ou chiniques Les plus faibles cet iode se déplace, se laisse substituer par un autre métalloïde, et en outre nombreuses sont les molécules où Piode, qui s'y trouvait, une fois parti, s'ouvrent, se désagrègent, se simplifient où se détruisent. Par analogie à ce qui se passe 2 vitro, on peut admettre que dans l’économie liode jouisseencore de la même instabilité. Fixé très probablement sur des nucléines, sur des noyaux, ainsi que l’a le premier démontré le D' Srassaxo pour le mercure, et d’autres savants pour quelques autres métalloïdes ou métaux, l'iode s’y trouve à l'état instable, tout prêt à quitter cette nucléine pour se porter sur une autre quia besoin de ses services et que l’absence ou la pénurie de cet élément met dans l’impuissance d’accomplir normalement ses fonctions.

Comment donc agit l’iode ? la question est encore loin d’être éclaircie mais étant donné ce qu’on sait .sur les propriétés de la métalloïde on peut donner un commencement d'explication de son mode d’action. Très fortement antiseptique, comme je le disais au commencement de ce chapitre, et en même temps stimulant énergique -

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ment la nutrition, l’iode doit tenir son acticité de ces deux qualités. Les microbes et les baccilles ne contiennent jamais d’iode, les analyses de M. le Professeur ArmanD

GaurTier et les miennes le disent nettement, l’iode semble donc leur être incompatible et par conséquent s’il ne les empêche pas de vivre, du moins il leur enlève de l’activité et par suite doit diminuer dans une très forte proportion la quantité des toxines que ces microorganismes excrètent. En même temps il est probable que sous son action les tissus dont la nutrition est activée se trouvent mieux en état de se défendre et de s'opposer efficacement soit aux microbes et aux bacilles, soit à leurs produits d’excrétion.

__ Je ne donne bien entendu cette explication du rôle de l’iode que comme une simple hypothèse, et bien qu'elle soit plausible et qu’elle me semble vraie, des expériences nombreuses et délicates seraient seules capables d’en faire connaître la valeur.

Jusqu'à quel degré l’iode est-il nécessaire au bon fonctionnement du mécanisme animal?

De nombreux physiologistes se sont déjà préoccupés de le savoir. Je ne citerai que pour mémoire les travaux de Baumann, de Roos, de Tampaon et de M. le Professeur GLEY.

De leurs recherches il résulte que dès qu’on enlève à un animal sa résérve principale d’iode, c’est-à-dire sa glande thyroïde et surtout les glandes para-thyroïdes, on détermine bientôt chez lui les accidents les plus graves, si tous ces organes ont été intégralement enlevés il

est de règle que la mort s’ensuive; mais si leur ablation

n’a pas été absolue, les mêmes accidents se reproduisent mais avec une intensité infiniment moindre et la mort n’est plus que l'exception. En un mot il est prouvé actuellement que l’iode est absolument nécessaire au bon fonctionnement de la machine animale.

Il était intéressant de savoir à quel moment de sa vie l’homme a de l’iode dans sa glande thyroïde.Bien que M. La- FAYETTE B. Menpez ait tout dernièrement publié que le corps thyroïde de l’enfant nouveau-né ne contienne pas diode (1), Monsieur le professeur CHaRRiIN est arrivé à des conclusions toutes différentes à la suite d’un travail pour l’exécution duquel il m’a fait l'honneur d’accepter ma collaboration. Employant des méthodes différentes des nôtres et de beaucoup moins sensibles, il n’est pas étonnant que M. Menez soit arrivé à des résultats différents.

Je dois ajouter en outre, que notre travail n’a pas eu pour but de vérifier le sien : ensemble nous avons abordé sans le savoir le même sujet, M. Menpez en Amérique et nous à Paris et ses résultats ne nous ont été connus que quelque temps après la publication des nôtres. Voici d’ailleurs #r extenso le mémoire que nous avons présenté à

l'Académie des sciences :

« Depuis quelques années le rôle du corps thyroïde

en pathologie, et plus encore en physiologie pathologique

1. Antérieurement déjà MM. Miva :t Siæltzasr avaient publié, à la suite de 12 expériences négatives, que les glandes thyroïdes de nouveau-nés ne con-

tiennent pas d'iode. Zahrsbucher fur Kinderheilkunde. 1898 Bd XIV. Heft I.

va sans cesse grandissant, et les importantes découvertes que vient de réaliser le professeur ArmanD GaUTtER sont de nature à étendre encore la portée des fonctions de cet organe. Aussi est-il légitime, et même nécessaire, quand on se trouve en présence de désordres morbides, et surtout de tares pouvant influencer le développement de l’économie, d'examiner l’état de la thyroïde.

Déjà nous savons (1) que, chez les nouveau-nés issus de mères malades, et cachectisés eux-mêmes par divers processus, assez souvent ce viscère offre des modifications de structure ; d’autre part, si normalement lextrait thyroïdien injecté sous lu peau provoque en général un amaigrissement marqué, il n’est pas exceptionnel, dans certaines conditions pathologiques, de reconnaître que ces injections entraînent des variations de poids nulles ou peu prononcées.

Il était dès lors indiqué de s’enquérir des changements qui, dans ces mêmes conditions, peuvent intéresser la constitution de ce tissu; il paraissait en particulier intéressant, en raison dela part réservée à l’iode (2) d'examiner si cette substance, et par conséquent les nucléïnes spécifiques qu’elle concourt à former, subissent des variations. Cest ce que nous avons pu tenter dans le laboratoire de M. Arm. Gaurier, grâce aux facilités qu'il nous a fournies;

nous nous faisons un devoir de l’en remercier.

4. Voir Charrin, Loc. Biol. 1899, 2. M.le professeur Arm, Gautier a montré que, d’une façon générale, l'arsenic et l'iode s’accompagnent, et il s'était déjà réservé avant notre tra-

vail, l'examen des variations normales ou pathologiques de l’arsenic dans la

thyroïde et la peau,

Nos recherches ont porté sur des corps thyroïdes de nouveau-nés depuis l’âge d’un jour jusqu’à trois mois; la plupart avaient quatre à six semaines. Nous avons divisé, suivant le caractère positif ou négatif des résultats, nos analyses en deux catégories, chacune d’elles nous a permis de constituer un tableau comportant les principales indications relatives à l’histoire des mères et des enfants, aux poids des glandes et à leur teneur en iode.

Ilest aisé de constater, en examinant nos expériences que l’absence de ce produit ne s’observe que dans les cas où ces mères et ces enfants offrent des antécédents pathologiques.

« L’examen de ces deux tableaux nous dispense de .longs commentaires.

« Il est certain que l4 teneur du corps thyroïde en iode varie assez fréquemment, au point que ce produit peut même faire complètement défaut. Or, parmi les causes multiples propres à modifier les proportions de cette substance (1), les maladies de la mère et de l’enfant semblent tenir une place des plus importantes. Quant le rejeton est fils d’une alcoolique, d’une typhique, d’une paludéenne, d’une pneumonique, d’une tuberculeuse, etc, d’une femme en pleine infection ou intoxication vers la fin de la grossesse ; quand lui-même a été cachectisé par différents processus (gastro-entérite, broncho-pneumonie, etc) généralement on constate l’absence de l’iode dans sa glande thyroïde. Inversement lorsqu'il n'existe aucune

1. Voir, à propos des variations de l'alimentation, de l’âge, de l'espèce,

des indications, etc., les travaux de Baumann, d’Oswald, de Blum, etc.

(Zeit. f. phys. Chem., 1899, Bd. XXI et XXII).

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