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Fieure 1. — Courbe d'élimination de l’ion iode dans les urines, au cours de l’ionisation (Bourguignon et Conduché)
servait d’électrode positive, fut bleui sur une petite surface ayant exactement la même forme et grandeur qu'un brûlure qui s'était produite sur la peau
du sujet sous-jacente à cette électrode. C'est parce que la peau était détruite, que la one quantité d'ions a pu être dégagée.
En général, il est beaucoup plus difficile d'extraire des ions de l'organisme que d’en y introduire. Par renversement du courant, Leduc a échoué à faire ressortir des tissus l’ion permanganate précédemment introduit. Ça se comprend aisément. Les ions introduits peuvent entrer en combinaison. Un gros ion a pu porter le courant au delà d’une membrane de séparation ; mais, une fois arrivé dans l’autre milieu, il ne peut plus faire le chemin inverse ; les multiples petits ions qui se trouvent dans ce milieu portent le courant renversé (Delherm et Laquerrière).
Exemple d’'électrophorèse. — Faisons passer le courant d’une patte à l’autre d’une grenouille. La patte négative devient gonflée de liquide, la patte positive se dessèche. Il se produisit donc un déplacement en masse de liquide de la patte positive à la patte négative (cataphorèse). Il est possible que dans cette expérience interviennent aussi des phénomènes d'osmose électrique.
CG. — L'ionothérapie
Puisqu'il est possible d'introduire des substances dans l'organisme par voie électrolytique, il est naturel qu'on a cherché des applications thérapeutiques de ce moyen. Ainsi est née une nouvelle mé-
thode thérapeutique : l’ionothérapie (Leduc), appelée aussi iono, ou iontophorèse (Frankenhäuser), ionisalion thérapeutique, diélectrolyse (Brondel, Bourguignon). Elle occupe déjà, à l’heure actuelle, une place importante en médecine. Ses indications se sont multipliées, son application étendue à toutes les branches de la médecine et de la chirurgie. Dans tous les domaines, on a maintenant des résultats bien établis, et beaucoup d’entre eux sont précieux ou très encourageants. L'efficacité de l’ionothérapie serait, en dehors même de toute expérience clinique et des résultats obtenus, facile à prévoir théoriquement après tout ce que nous avons dit dans les chapitres précédents. Nous avons vu, en effet, que la substance électrolysée pénètre énergiquement dans l’organisme ; elle est souvent entraînée loin par le sang, mais la région d'entrée en est particulièrement imprégnée. Pour certaines substances, il y a un véritable emmagasinement et un déversement lent consécutif dans la circulation, ce qui est d’un grand intérêt. Après les applications surviennent des phénomènes de dépolarisation, non moins importants à coup sûr, et auxquels sont peut-être dues, en grande partie, les actions résolutives, consécutives aux séances (Tripier).
Remarquons que la peau humaine, certaines muqueuses également, présentent une grande résistance aux phénomènes d’osmose et d’imbibition, et il est de haute importance de pouvoir introduire des médicaments à travers ces barrières. L’ionisation le fait d’une façon intensive. On pourrait dire
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que l’ionisation est aux autres modes d'introduction ce qu'est une injection intraveineuse à l’absorption par la bouche. Et « au lieu d’inonder l'organisme, au risque de l’intoxiquer, de substances médicamenteuses dans le but de procurer une amélioration locale, n'est-il pas plus rationnel, moins dangereux et plus efficace d'introduire électriquement des ions choisis à la place voulue? » (Fietta). Mais, il y a autre chose encore. L’électrolyse ne se borne pas à porter la substance, et à la porter directement, dans le tissu malade. Elle la porte dans un certain état et en favorisant cet état au maximum : dans l’état dissocié. L'importance biologique de la dissociation moléculaire est très grande. Les réactions qui s’opèrent dans l'organisme vivant entre ses acides, bases et sels en milieu aqueux ne s’exercent probablement que dans la mesure où les molécules de ces corps sont dissociées. Les propriétés de diverses substances médicamenteues sont différentes suivant que ces substances sont plus ou moins dissociées. Les solutions d’émétique et d'ipéca sont vomitives ou purvatives suivant qu'elles sont concentrées ou diluées. Le sublimé, très ionisable, est plus actif que le cyanure et le salicylate de mercure qui sont peu dissociables par simple solution. De sorte qu’à l’ancien adage : Corpora non agunt nisi soluta, on pourrait ajouter pour ce qui touche aux électrolytes : Soluta non agunt nisi dissociata (Morisot). À quoi est due cette efficacité plus grande des substances ionisées ? Peut-être à ce que les atomes, perdant leurs charges au contact des tissus, agissent à l’état naissant, « in
statu nascendi ». Aussi, comme le remarque Doumer, nous faisons de l’ionothérapie quand nous donnons à un malade une solution à boire : on lui donne des ions à absorber. Et c’est pour cette raison que Delhèrm et Laquerrière ont appelé l’ionisation ionothérapie électrique. Ici, ce n’est plus l’eau de la potion, mais le courant électrique qui sert de véhicule aux ions. Et l’action du courant électrique lui-même nest, certes, pas négligeable. L'électricité est à la base de la vie. La force électromotrice, source de tout courant, existe dans chacune des cellules du corps. Que cette force jaillisse ou s’épuise, c'est la vie ou la mort de la cellule.
Aussi, la galvanisation seule, sans adjonction médicamenteuse, est-elle un agent thérapeutique de grande valeur dans de nombreux cas. C’est, peutx - FANS HUE À CRE être, à elle que sævient le principal rôle dans l’ionisation profonde.
Ainsi donc, les effets du médicament et du courant s'ajoutent. Certes, nous ne pouvons pas savoir ce que devient un ion, une fois introduit dans l’organisme. Îl peut, redevenu atome, entrer en combinaison avec différents corps, et former un composé nouveau, absolument inactif. En effet, on a vu la cocaïne donner, par ionisation, des effets inattendus. Mais, de Ià la simple conclusion qu'il faut essayer chaque ion en particulier et en étudier les effets sur l'organisme. On ne peut pas incriminer la méthode
elle-même, chaque fois que l’ionisation est ineffi-
cace. Il est possible que, dans ces cas, l’échec soit
dû à une efficacité douteuse du médicament employé, lui-même.
Enfin, il faut se rappeler que la stricte ne tion des règles de la technique de Fionisation est indispensable. En thérapeutique, la manière de donner est aussi importante que ce qu'on donne. En ophtalmologie, l'emploi de l’ionisation s’imposait à priori. Non seulement que les tissus sont superficiels, donc très accessibles aux ions; mais l’état très aqueux et salin des milieux oculaires fait de l’œil une zone électrolytique idéale. Gette boule d’eau qu'est l'œil, dérive le courant tout entier, sans le laisser se diffuser. La cornée, en plus, est une membrane dépourvue de vaisseaux, fait capital, puisque les ions introduits ne peuvent plus s'échapper par la fuite sanguine. Et c’est, peut-être, la raison que ce sont les maladies de la cornée qui sont le plus influencées par le traitement ionique. En outre, l’intensité de l’ionisation est susceptible d’une régulation et. d’une variation par échelons extrêmement progressifs, ce qui est une circonstance très favorable pour le traitement de la délicate cornée. Nous allons voir les résultats que donne l’ionothérapie dans le traitement des ulcères de la cornée. Mais nous indiquerons d’abord la technique des applications.