CHAPITRE IV
Un cas récent d’iritis gommeuse à forme hémorragique
Observation VIII (Inédite).
(Clinique de M. le Professeur ROLLET).
Iritis chronique bilatérale ; poussée d'iritis aigüe à droite avec gomme syphilitique irienne circonscrile et hémorragie profuse de la chambre antérieure, — Syphilide pigmentaire du cou.
C. M, journalière, 34 ans, entre à la clinique ophtalmologique de M. le professeur Rollet, le 7 avril 1921, pour une poussée aigue d’iritis à l’œil droit, chronique à l’oeil gauche. Père et mère bien portants ; 7 frères et sœurs en bonne santé. :
Comme antécédents personnels, la malade a eu la fièvre typhoïde à l’âge de 12 ans. Mariée à 21 ans ; son mari est bien portant. Elle a eu 4 grossesses.
La première s’est terminée par l’accouchement d’un enfant mort-né.
La 2° s’est terminée par une fausse couche de 3 mois.
La 3° lui a donné un enfant vivant, actuellement âgé de 6 ans, et en bonne santé.
La 4° a donné lieu à une nouvelle fausse couche de 3 mois et fut suivie de salpingite et de métrite.
La malade n’aurait jamais présenté d’accidents syphilitique nets : accident primitif inconnu. Elle accuse cependant des éruptions d’éléments papuleux, sur le corps, mais en nombre limité ; de plus, maux de gorge fréquents et céjrhalées.
En tous cas, la syphilis fut ignorée et ne fut jamais soignée.
L’affection oculaire aurait débuté uniquement à l’œil droit, en avril 1918. Cet œil fut atteint d’iritis chronique avec poussées subaigues, œil rouge. Baisse de la vision. Pas de céphalées violentes.
Pendant 2 ans, la malade ne se soigne pas et ne consulte aucun médecin. :
En février 1920, elle se présente à la clinique de M. le professeur Rollet, Traitement : collyre à l’atropine,
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En. avril 1920, elle fait un séjour à la clinique. On constate des lésions d’iritis chronique de l’œil droit avec séclusion pupillaire et vision très diminuée : V. — 1/200°. L’æil gauche est peu atteint.
20 avril, — On pratique à l’œil droit une iridectomie optique. La pupille est très adhérente ; l’iris se déchire sous la pince. L’iridectomie est localisée à la périphérie de la membrane, à 12 heures. Il reste un petit pont irien central.
30 avril. La malade quitte la clinique. O. D. V. — 1/100°.
En janvier 1921, après un soi-disant traumatisme (éclat de verre sur la cornée, qui aurait été extrait), l'œil gauche qui jusqu'à ce jour était indemne, aurait présenté des phénomènes inflammatoires : rougeur, diminution de l’acuité visuelle, céphalée periorbitaire ; en somme, attaque typique d’iritis aigüe. La malade est soignée au Dispensaire (2 injections de novarsénobenzol, mal supportées, et sirop de Gibert pendant une semaine seulement)
15 février 1921. — Nouvelle attaque d’iritis sur l’œil droit. Gette attaque est marquée par une acuité considérable de tous les symptômes : rougeurs, hyperémie ciliaire et conjonctivale, diminution de la vision, et surtout céphalées nocturnes épouvantables provoquant l’insomnie.
7 avril 1921. — La malade rentre de nouveau à la clinique, ne pouvant se conduire seule. Toute la vision est diminuée ; symptômes douloureux suraigus, provoquant un état d’agitation extrême.
Œül droit : Photophobie et blépharospasme en raison des violentes douleurs. Œil hyperémié, violacé. Le cercle perikératique a envahi toute la conjonctive bulbaire, et même les culs de sac.
La cornée est indemne ; la chambre antérieure est diminuée de profondeur.
L’iris présente les lésions saivantes : séclusion ancienne du bord pupillaire. Parenchyme boursoufflé, œdémateux, décoloré, sillonné d’hémorragies multiples, visibles à Pœil nu.
A II h., à V et à X h., sur le bord pupillaire, ;:resence d'éléments gommeux blanc-jaunâtres, du volume d’une grosse tête d’épingle. Celui situé à IT h. est le plus volumineux et atteint la dimension d’un petit pois.
À XII h., près du limbe : colobome ancien opératoire, qui n'atteint pas le bord pupillaire,
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Pupille totalement immobile, en état de séclusion complète, encombrée de dépôts d’uvée et de tractus blanchâtres.
Le fond d’œil est inéclairable.
L'examen de la tension, par la palpation digitale, est très difficile. Dès qu’on touche le globe, la malade crie et se recule ; malgré la contraction des orbiculaires, l’œil est mou.
O0. D. V. — Q. ; très mauvaises projections.
Œüil gauche. Lésions d’iritis chronique ancienne.
La cornée est indemne, sans aucune trace (taie ou leucome) d’un récent traumatisme.
Léger cercle périkeratique. Chambre antérieure diminuée de profondeur.
Iris d’un beau bleu, ne présente au microscope cornéen aucune trace inflammatoire récente.
Le bord pupillaire présente à IX h. une petite nodosité blanchâtre qui est cependant moins caractérisée que celle du côté droit.
La pupille est totalement immobile en raison d’une séclusion complète de son bord. Sur la cristalloïde antérieure, de nombreux dépôts blanchâtres et pigmentaires rendent léclairage du fond impossible.
A la palpation du globe, T. — 1. Pas de douleur. O. G. V. — 1/200.
Symptômes concomitants : Syphilide pigmentaire du cou, alopécie temporale. Wassermann positif. ;
Traitement : 2 jours après son entrée, on institue un traitement ioduré intensif. 4, puis 6 et 9 gr. d’iodure de potassium par jour.
Localement : Adrénaline, compresses chaudes, sangsues à la tempe ; puis atropine et dionine.
Suites cliniques : Le 12 avril, les violentes douleurs se sont calmées sous l'influence du traitement. Il se produit une véritable inondation hémorragique de la chambre antérieure qui, au bout de 2 jours, se dépose en hyphéma.
Le 18 avril. — Œil droit : les douleurs ont complètement cessé ; l’hyphéma est en voie de résorption ; l'iris est vert ; il présente encore sur son bord ses 4 petites gommes en voie de résorption. L’œil reste mou et hypotendu. La malade voit la lumière.
O. D. V. — Q. La malade voit la lumière en vert.
Œil gauche : Disparition du nodule du bord irien. Mêmes symptômes par ailkeurs, O. G. V. — 1/200°.
En somme, amélioration nette des symptômes aigus. La poussée gommeuse et hémorragique sur l'iris droit est en voie de résolution complète.
Le 28 avril : Disparition absolue de toute gomme, pas de sang, AUCUNE douée
Le 2 juin, la malade quitte le service, complètement guérie. O0. D. V. — Q. Elle ne voit plus la lumière en vert. O. D. V. —- 1/20°.
Ta malade est revenue se faire examiner à la épique le 10 juin. O. D. V. — compte les doigts à 25 cm.
Cette observation résume, en quelque sorte, l’histoire même de l’iritis syphilitique ; on y retrouve, en effet, tous les faits intéressants que nous avons eu l’occasion de mettre précédemment en relief : transformation d’une iritis plastique chronique en iritis gommeuse à tendance destructive et généralisante ; gommes siégeant sur le bord pupillaire , la plus grosse atteignant le volume d’un petit pois ; coexistence de lésions somatiques de nature secondaire (alopécie temporale, syphilides pigmentaires) et des lésions iriennes de nature tertiaire ; apparition tardive de l’hyphéma alors que, sous l'influence d’un traitement intensif, les phénomènes aigüs commençaient à s’amender ; origine irienne de l’hémorragie, qui avant d’inonder la chambre antérieure se décelait par de petites ruptures vasculaires dans le tissu irien même ; enfin, résorption rapide de l’hyphéma, et efficacité absolue d’un traitement médical. Il n’est pas jusqu’au résultat visuel qui ne revête par lui-même une grande valeur démonstrative, puisque à l’œil gauche, la vision de 1/200° au début, était finalement de 1/8 ; à l'œil droit, le résultat était moins bon, en raison des abondants dépôts sur le cristallin. Toutefois, alors que la vision était nulle pendant la période aigüe, la malade, deux mois plus tard, pouvait compter les doigts à 25 cm,