‹ L'iritis syphilitique à forme hémorragiqueChapitre 12 sur 18 · PRET LT APE · texte numérisé non relu

PRET LT APE

Après avoir étudié les quelques observations qui préeèdent, une question se pose impérieusement : quelle est la pathogénie exacte de l’hyphéma ?

Nous avons vu Caron du Villars affirmer, il y a près de cent ans, à propos de l'iritis : « Dans une violente inflammation, il peut y avoir hémorragie ; le sang se mélange alors avec les différentes matières épanchées ». Nous avons reproduit, d'autre part, la loi de Conheim : « L’effusion des liquides prend le caractère hémorragique, lorsque les parois des capillaires sont fortement modifiés par l'inflammation. Leur cireulation en est considérablement entravée, comme c'est le cas dans les inflammations violentes ». Et nous avons vu que Zimmermann, se basant sur cette loi, faisait de l'hyphéma un signe de gravité de liritis, et de l’affection générale. |

Cette pathogénie est peut-être applicable à l'iritis en général. De même, en effet, que l’hématémèse, par exemple, est un signe de gravité du cancer de l’estomac; l’'hémorragie intestinale un signe de gravité de la fièvre typhoïde ou de la dysenterie amibienne ; de même que l’'hémorragie cérébrale correspond aux lésions ultimes de l’artério-sclérose ou de l'hypertension brightique, de même il est permis de considérer l’hyphéma comme un symptôme d’aggravation d’une diathèse telle que le diabète, la goutte ou l’arthritisme.

Mais la syphilis, maladie infectieuse aux manifestations chroniques infiniment variées, et dont le domaine est sans doute loin d’être complètement exploré, semble échapper à cette loi.

D'une part, nous voyons l’hyphéma dans des iritis plastiques à évolution absolument bénigne et qui laissent des résultats visuels excellents, alors que d’autres iritis de la période secondaire passent, malgré un traitement ap-

proprié, à l’état chronique ou à l’état aigu, sans présenter d'hémorragies.

D'autre part, si l’on passe en revue les observations d'iritis gommeuse publiées depuis une trentaine d’années, la même constatation s’impose. Sans doute, on n'observe l’hémorragie qu’au delà d’un certain « seuil de gravité », mais on voit telle infiltration diffuse présenter une évolution de syphilis tertiaire précoce à marche foudroyante, entraînant la perte de l'organe, et ne donner lieu à aucune hémorragie, alors que telle autre iritis, et, en particulier, celle de la dernière observation, après avoir passé par une phase aigüe, présentera une inondation de la chambre antérieure, alors qu’on constatait déjà une légère amélioration.

Et cette dernière constatation, sans laquelle notre démonstration serait incomplète, est peut-être le fait capital de l’histoire de l'iritis syphilitique hémorragique ; dans tous les cas, sans exception, l’hémorragie est apparue tardivement, abondamment parfois ou avec récidives, et souvent en pleine période régressive de la maladie. L'hypothèse est séduisante d’un processus évoluant en quelque sorte indépendamment de l'affection elle-même.

Sans vouloir nous aventurer dans d'imprudentes généralisations, ni sortir du cadre de notre sujet, nous rappellerons l’histoire de ce malade relatée dans l'observation IV :iritis gommeuse avec infiltration diffuse et à forme hémorragique des deux veux ; généralisation du processus gommeux au poumon, au foie, au rein, au diaphragme. Des hémoptiysies apparaissent, sans qu'il y ait de tuberculose, et, finalement, /emportent le malade. Et nous avons dit à ce propos : on a assisté à l’évolution d’une véritable « syphilis hémorragique généralisée ».

L'AAUP D ENRE

Nous reprendrons le même terme pour en faire la conclusion de ee chapitre : On peut, comme l’a soutenu Teillais, refuser une individualilé clinique à l’iritis hémorragique en général, considérer lhyphéma comme complication bénigne, ou phénomène surajouté à une affection préexistante, mais on est en droit de faire une réserve sérieuse en ce qui concerne la syphilis : de même qu'il y a une Syphilis nerveuse, une syphilis viscérale, de même, l'action du tréponème sur les vaisseaux ne peut-elle donner lieu à une « syphilis hémorragique ? » S'il est vrai que nous puissions poser le problème, il ne nous est malheureusement pas donné de pouvoir le résoudre.

Bo P+

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