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LA JEUNE IRLANDE ET LE FÉNIANISME

Gavan Duffy, John Blake, Dillon et Thomas Davis, éditeurs et écrivains de la Nation, journal très populaire, dont les idées, plus avancées que celles du Libérateur, poussaient à la révolte, formèrent e nouveau parti de la " Jeune Irlande. " L'écho des idées de la Nation retentissait partout. Seward et Horace Greeley eux-mêmes déclaraient que les Américains s'empareraient du Canada si l'Angleterre tentait d'écraser le parti du " Rappel de l'Union. " Ledru- Rollin, au nom du parti républicain de France, affirmait que son pays était prêt à prêter main forte à la nation irlandaise.

A la Jeune Irlande se joignit une phalange de jeunes hommes devenus depuis célèbres, tels que William Smith O'Brien, John Mitchell, le fondateur du United Irishman, Thomas-Francis Meagher, la bouche d'or du parti, John Martin, l'éloquent Darcy McGee et autres. John Mitchell, fils d'un ministre protestant et William- Smith O'Brien, membre pour Limerick et descendant de Brian Boru, se mirent à la tête du nouveau mouvement après l'insuccès d'O'Connell, la suppression de l'assemblée de Clontarf et l'emprisonnement du Libérateur.

Mitchell prit la direction du journal The Nation, après la mort soudaine du grand poète Thomas Davis, et prêcha ouvertement la révolution, la république et l'indépendance. Le parti de la guerre était formé. O'Brien y était opposé. Mitchell fonda le United Irishman', Thomas-Francis Meagher fut l'orateur de la section avancée de la jeune Irlande.

Devançant le parti des modérés, Meagher s'écriait dans un de ses discours incomparables, faits contre les opinions de résistance passive d'O'Connell : " Je ne suis pas un de ces timides moralistes qui disent que la liberté ne vaut pas une goutte de sang. . . .

' Ah ! de chaque coin de terre où l'héroïsme a eu un sacrifice ou

(i). Les ministres protestants ne parurent guère dans les sheds, de peur d'apporter la maladie à leurs propres enfants.

un triomphe, une voix s'élève pour condamner à l'ignominie la tourbe servile qui prône une pareille maxime."

Dans une autre circonstance, à l'occasion de la révolution française, refusant de maudire l'épée qui frappait sans cesse, il disait : 11 Maudire l'épée! jamais, car elle a été bénie par le Dieu des batailles depuis le jour, où dans la vallée de Béthulie une héroïne juive en arma son bras pour trancher la tête à un tyran pris de vin, etc. "

Aux juges qui vont le condamner à mort il dit : " Je ne suis point ici pour vous demander en tremblant cette vie que j'ai consacrée à l'indépendance de mon pays.... Je l'offre, cette vie d'un jeune cœur, sur l'autel de ma patrie comme preuve de la sincérité avec laquelle je n'ai cessé un instant de parler et de lutter pour elle. . . .

" Non, malgré tout, je ne désespère nullement de mon pauvre vieux pays, de son bonheur, de sa liberté, ni de sa gloire."

Condamné à mort, puis déporté aux Bermudes, Meagher réussit à s'échapper; il devint général dans les armées fédérales pendant la dernière guerre américaine. Nommé ensuite gouverneur de Nebraska, ce brave soldat se noya accidentellement dans le Missouri, en route pour son nouveau poste.

Le gouvernement anglais écrasa bientôt ces nouveaux chefs qui furent tous condamnés. L'exil de Mitchell aux Bermudes mit fin à cette nouvelle alliance libératrice et depuis lors, le système des évictions fut mis en force avec la plus cruelle rigueur. Un million d'Irlandais laissèrent le pays de 1847 à 1857. Jamais on ne vit désolation plus triste. En toutes saisons l'on jetait de pauvres affamés en dehors de leurs misérables cabanons. Ces victimes mouraient de froid et de faim et les plus fortunées laissaient, pour toujours, leur île d'autant plus chère à leur cœur qu'ils y avaient plus souffert; car c'est une loi de notre nature de chérir davantage ce qui nous a coûté plus de maux, plus de sacrifices, plus de douleurs, plus de larmes. C'est en raison de cette loi mystérieuse de l'amour que les mères aiment si tendrement leurs enfants. L'on ne chérit guère ce qui ne coûte rien, la souffrance étant la mesure de l'affection humaine. (1)

Ceci nous fait mieux comprendre l'immense amour de l'Irlandais pour sa patrie et son brûlant patriotisme qui ne s'éteint jamais, sous quelque zone que le malheur ait chassé les enfants d'Érin. Toujours le son de la harpe fait palpiter son cœur ; toujours l'hymne national le fait pleurer (2).

Malgré ces évictions, à cause des dépenses extravagantes des

land-lords, ceux-ci se trouvèrent dans l'embarras et le gouvernement dut leur venir en aide par une législation leur permettant de vendre leurs propriétés, sous autorité de justice.

(1) De 1800 à 1870 il y eut 40 statuts de coercition de passé en Angleterre contre les Irlandais, et de 1849 à l%%2 il v eut 200,000 de personnes expulsées de leurs demeures.

Depnis 50 ans, voici la liste des bienfaits du gouvernement anglais envers l'Irlande.

Mortes de faim 2, 500,000 personnes.

Chassées de leurs demeures 3, 668,000

Expatriées 4, 200,000

Emigrants morts durant la traversée, sur des vaisseaux infectés. . 75, 900

Emprisonnées sous les lois de coercition 3,000

Tuées dans la suppression des asssemblées publiques 300

Pendues pour résistance à la tyrannie 97

Mortes dans les prisons anglaises 270

Papier-nouvelles (journaux) supprimés 12

(2) '* Dear Harp *>f my country ! in darkness I found thee,

The cold thain of silence had hung o'er thee long, When proudly, my own island Harp! 1 ' unbound thee,

And gave ail thy chords to light, freedom, and son g ! The tvarm lay of love and the light note of giadness

Hâve waken'd thy fondest, thy liveliest thrill ; But so oft hast thou echoedthe deep sigh of sadness

That e'en in thy mirth it will steal from thee still.

11 Dear Harp of my country ! farnvell to thy numbers,

This sweet ivreath of song is the last we shall twine, Go-sleep wiih the sunshine of famé on thy slumbers,

Till touch'd by some hand less unworthy than mine.

Les locataires avaient encore plus besoin de secours législatifs que les propriétaires ; alors eut lieu une conférence à laquelle le Dr. Sir John Gray, le propriétaire protestant du Freemans Journal, Mr. Gréer, avocat presbytérien et Frederick Lucas, éditeur catholique du Tablet étaient présents. Le but de cette réunion était d'obtenir une législation plus équitable au sujet de la rente des terres. Cette circonstance donna lieu à la naissance de la Brigade irlandaise en parlement et au parti du " Droit des tenanciers". Malheureusement ce furent les escrocs, John Sadlier et son frère James, William Keogh et Edmond O'Flaherty, qui en prirent la direction. Ces banquiers frauduleux, achetés par le pouvoir, contribuèrent à achever la ruine de l'Irlande.

Le parti des " United Irishmen" engendra celui du " Rappel de l'Union," ce dernier produisit celui de la " Jeune Irlande", lequel à

son tour donna naissance à la " Phœnix Conspiration" qui dégénéra bientôt en " fénianisme.'

Les Féniens se recrutèrent parmi d'anciens soldats de la guerre de sécession en Amérique, et des sommes considérables furent mises à leur disposition. Le Canada fut envahi le 31 mai 1866 ; mais les États-Unis s'interposèrent et l'armée d'invasion dut rebrousser chemin. Les Féniens voulaient s'emparer de l'Irlande; mais leurs plans furent dévoilés et le résultat fut encore l'échafaud et l'exil pour un grand nombre d'Irlandais.

Le pays souffrait toujours et ces spasmes violents indiquent assez sa malheureuse condition. L'Église d'État, dont la collection forcée des dîmes seules avait coûté près d'un million de vies et avait fait répandre assez de sang pour remplir toutes les églises protestantes du pays, fut enfin abolie en 1868 par Gladstone. Cet acte de justice fera l'honneur éternel de ce célèbre homme d'état.

La " question agraire" étant la seule qui n'avait pas encore obtenu de règlement, devint le pivot de l'Opposition irlandaise en parlement. Elle donna naissance à un grand nombre de sociétés secrètes. On dit parfois que le fermier irlandais n'est pas industrieux ; c'est une calomnie. Quand il a amélioré sa terre, invariablement ses rentes sont augmentées. A quoi lui servent donc ses travaux et ses sueurs, sinon à enrichir et à engraisser ses oppresseurs? Voilà pourquoi

If the puise of the patriot, soldier, or lover,

Hâve throbb'd at our lay, 'tù thy glory alone ;

I was but as the wind, passing heedlessly over,

And ail the wild swfetness I wak'd was thy own

les revenus diminuèrent constamment dans ce beau et fertile pays. Et l'Angleterre, aveuglée par je ne sais quel démon de la rapine et de l'injustice, s'acharne toujours et recule sans cesse la solution d'une question qui pourrait bien, avant longtemps, contribuer à son déclin.

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