PREFACE
Après avoir traité pendant trop longtemps l'Irlande en pays conquis, le gouvernement anglais a fini par réformer les lois barbares qui étaient l'objet des justes griefs des Irlandais, il a émancipé les catholiques, désétabli Y Église anglicane et placé, à tous égards, l'Irlande sur le pied de l'égalité avec l'Angleterre. Cependant, ces mesures de réparation n'ont pas réconcilié les Irlandais avec leurs anciens oppresseurs; il semble même que cette réconciliation si désirable et, on peut ajouter si nécessaire à l'Irlande aussi bien qu'à l'Angleterre, soit plus éloignée que jamais. L'Irlande souffre d'une crise agraire que les passions politiques n'ont pas manqué d'exploiter et que des remèdes empruntés au codex de la philanthropie réglementaire, ontsen-
VI TREFACE
siblement aggravée depuis une dizaine d'années. En dépouillant les propriétaires d'une partie essentielle de leurs droits, le gouvernement anglais a facilité sinon provoqué cette curieuse et redoutable coalition que la Land-League a organisée contre eux, en empruntant les procédés les moins recommandablesdes Tradés Unions^ et qui vient de nécessiter le recours à un coercion hill. Il se peut que ce régime d'exception fasse renaître en Irlande une sécurité temporaire, mais il sera certainement impuissant à amener la pacification des esprits, sans laquelle la paix matérielle n'est jamais qu'une trêve.
Préoccupé depuis longtemps de la situation misérable de l'Irlande et animé d'une vive sympathie pour ce malheureux pays, l'auteur de ces lettres a voulu étudier sur les lieux mêmes, la question, agraire. Il l'a étudiée sans parti pris et ce n'est pas sa faute s'il ne s'est point trouvé d'accord avec les médecins dans lesquels l'Irlande a placé sa confiance. Il le regrette et leur pardonne volontiers les mauvais propos qu'ils tiennent sur son compte. Pourquoi s'avisait-il de s'occuper de leur malade sans y être invité? Il n'en est pas moins charmé d'avoir pu constater une amélioration sensible et progressive dans la situation économique de l'Irlande et il est persuadé qu'avant la fin du siècle, — si les méde-