‹ L'Irlande [microforme]Chapitre 8 sur 11 · ANUS · texte numérisé non relu

ANUS

“ La féroce législation d'Elisabeth," comme l'appelle Burke, avait porté ses fruits, ainsi que les lois pénales de Guillaume d'Orange et les massacres de Cromwell. La nation irlandaise était presque dnéantie, au commencement du siècle dernier, Une famine horrible vint encore, en 1741, joindre ses horreurs aux autres maux dont souffrait ce malheureux pays. Des sociétés secrètes se formèrent pour résister à l'oppression ; le gouvernement fit périr des centaines d'infortunés que le désespoir avait rangé parmi les “ White-boys,” les “ Oak-boys ” et les “ Cœurs d'acier.” La question agraire était au fond de toutes les contestations, Jamais les Irlandais n'ont accepté le fait accompli; au contraire ils ont incessamment revendiqué la possession de leur sol.

Depuis Elisabeth on chercha à unir l'Irlande à l'Angleterre et à lui enlever même son parlement, bien qu'il fût contrôlé par celui de Londres. Sous Georges I on passa un acte abolissant pratiquement le parlement irlandais, bien que ce dernier fût exclusivement protestant. Une espèce de family compact gouvernait l'Irlande ; le Canada eut à subir la même plaie, un siècle plus tard. William Molyneux avocassa, le premier, publiquement l'indépendance de l’Irlande. Dean Swift abonda dans la même idée. Il rendit de grands services à son pays ; le premier, il conseilla aux Irlandais de n’acheter et de ne se servir que des objets des manufactures nationales. Wood veut-il inonder le pays de ses sous de cuivre, Swift le tourne tellement en ridicule que sa mesure tombe dans le mépris.

Pour montrer combien grande était la misère du peuple, le sarcastique Swift conseilla aux Irlandais de bien engraisser leurs enfants pour les faire dévorer par les landlords, vu qu'ils avaient déjà enlevé toute subsistance aux parents.

Vers cette époque le parti des Patriotes se forma en chambre. Charles Lucas commença, le 10 septembre 1763, la publication du “ Freeman'’s Journal,” dans les intérêts des patriotes et de la liberté.

Henry Flood, membre pour Kilkenny, devint le cnef du parti de l'opposition en chambre. Son fameux discours contre le primat Stone porta Flood au premier rang, comme orateur. Dans le but de mieux servir la cause de sa patrie, il crut devoir accepter une position, sous le Gouvernement, ce qui fut la cause de la perte de son influence.

Ce fut le noble, généreux et éloquent Henry Grattan qui le remplaça comme chef de l'opposition. L'Angleterre était alors en guerre avec les États-Unis et l’on avait organisé une force de volontaires de

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60,000 hommes sous le prétexte de protéger l'Irlande contre les attaques du pirate Paul Jones.

Flood et Grettan étaient chefs de ces volontaires, qui tous désiraient l'indépendance de leur pays. . Grattan la demanda au Parlement anglais, qui dut, à cause des difficultés d'outre-mer, rappeler l'infâme acte de Georges I, en 1782.

Pour la première fois l'Irlande redevenait libre. Grattan, Protestant lui-même, donna aux Catholiques le droit de vote ; il ne put cependant leur faire accorder l'émancipation, ce qui fut la cause de la formation de la ligue des “ United Irishmen,” dont le but était d'unir tous les citoyens dans une grunde ligue patriotique. Deux Protestants en étaient le président et le secrétaire. Leurs chefs furent Théobald Wolfe Tone, Arthur O'Connor et le chevaleresque Lord Edward Fitzgerald, l'époux de la belle Pamela, fille naturelle de Madame de Genlis et de Philippe Égalité d'Orléans.

Les idées de la Révolution française commençaient à se faire jour. Tone alla plaider, à Paris, la cause de l'Irlande devant le Directoire

qui envoya une flotte formidable sous le commandement du célèbre .

Hoche, mais elle fut dispersée par la tempête. L’Angleterre envoya alors de fortes armées en Irlande et écrasa le parti des “ Irlandais Unis.” La loi martiale fut proclamée. Arthur O’Conner fut arrêté et Edward Fitzgerald mourut en prison des blessures qu'il avait reçues, en se défendant contre les soldats, qui le traquaient dans sa retraite. Cette révolte de 1798, avait été organisée par des Protestants en grande majorité ; les Catholiques cependant eurent à souffrir de terribles représailles de la part des Orangistes, bien qu’un grand nombre fussent opposés à cette prise d'armes.

Plusieurs prêtres combattirent au premier rang pour l'émancipation de l'Irlande ; les Pères John Murphy et Philip Roche périrent sur le champ de bataille. Moins heureux, le Père Michael Murphy fut envoyé à la potence avec Bagenal Harvey et Anthony Lu 2 : ces deux derniers étaient protestants.

Thomas Addis Emmet, le père de Robert, fut envoyé en exil; un grand nombre d’autres montèrent sur l’échafaud. Lord Cornwallis se montra sans pitié, Ni Flood, ni Grattan n'avaient pris part à la révolte des United Irishmen, ils y étaient même opposés. A cette époque parut aussi le célèbre avocat John Curran qui se rendit immortel par ses éloquents plaidoyers devant les tribunaux, en faveur de Hamilton Bowen, le président de la Ligue et de plusieurs autres patriotes. a

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Mais que valait l'éloquence devant des tribunaux anglais décidés d'avance à condamner quand même ? (1) L'Angleterre, non contente d'avoir broyé dans le sang l'Irlande encore une fois, profita de cette circonstance pour lui enlever son purlement. Par la ruse, la fraude, la corrmmption et l'argent Cornwallis parvint, au prix de 320,000 livres sterling, à acheter une majorité en faveur d'un parlement uni avec l'Angleterre. Cet acte fut passé en 1800. Grattan s'immortalisa par son éloquence contre cette mesure inique.

L'or anglais avait fait son œuvre diabolique ; plus de cent représentants votèrent contre la destruction de leur parlement, en dépit de la corruption. Honneur à ces cent honnêtes politiques !

Le parlement de Grattan, quoique composé exclusivement de Protestants, avait rendu de grands services aux Catholiques d'Irlande, Un grand nombre s'étaient ralliés à l'Union, trompés par la promesse de Pitt que l'émancipation serait accordée aux Catholiques et que la dîme (à payer par les Catholiques au clergé protestant) serait abolie. Incapable d'obtenir ces mesures de l’imbécile Georges III, Pitt résigna onze jours après que l'Union eut été mise en force.

De graves mécontentements existaient partout ; des insurrections éclataient. Robert Emmet résolut de s'emparer du Château de Dublin. Fait prisonnier, on lui fit un semblant de procès, qui se termina tard, le soir du 19 septembre 1803; le lendemain, de grand matin, il portait sa tête sur l’échafaud. John Curran, qui était opposé aux amours de sa fille avec Emmet, refusa de le défendre. On l’accuse d’avoir été aussi la cause indirecte de la mort d’Emmet.

On dirait que la soif du sang fut alors inextinguible chez l'Anglais ; aussi s'en montra-t-il très avide contre tous ceux qui avaient aidé Emmet. L'Habeas corpus fut suspendu et l’“ Znsurrection Act” fut passé. L'Angleterre punissait toujours sans jamais rien faire pour enlever les causes de ces malaises et de ces insurrections. Pitt reprit le pouvoir en 1804, sur la promesse, qu'il fit au roi, de ne plus rien exiger pour les Catholiques d'Irlande.

‘ Quelle triste figure que ce Georges III! Les vains efforts du parti catholique et la volonté bien connue du roi de les anéantir complètoment donnèrent naissance au parti orangiste, dont le but était de supporter la Couronne aussi longtemps que celle-ci serait en faveur dela suprématie protestante en Irlande.

‘(r) L'année 1838 nous en a donné un exemple en Canada ; Cliterow et ses séides condamnèrent à mort de Lormier et ses compagnons, malgré l’éloquence de Drummond.

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La corruption, la fraude, la dilapidation, la rapine et l'injustice gouvernaient encore en ce pays * la mort de Pitt. Son successeur, l'éloquent Fox, à la langue de feu, ..e put rien faire non plus, quoique ses sympathies fussent assez favorables à la réforme de certains abus. Sa mort enleva tout espoir à l'Irlande. Cependant les insurrections s'y perpétuaient dans le peuple, et les hommes éminents ne cessaient de pétitionner le gouvernement nour le redressement de leurs maux séculaires.

Enfin, après une longue attente, en 1807, un Catholique, pour la première fois, se mit à la tête de son parti et ce Catholique, cet homme éloquent qui a tant fait pour son pays, c'était le grand Daniel O’Connell. L’'agitation en faveur du rappel de l'Union et l'émancipation des Catholiques croissait toujours. Henry Grattan (mort en 1820) et Sir Henry Parnell, grand oncle de Charles Stewart Parnell, le chef actuel du “ Home Rule Party” en Irlande, étaient les avocats de l'émancipation dans le parlement anglais. Richard Lalor Sheil, l'émule d'O'Connell, presque aussi éloquent que son chef et ce dernier préparèrent divers actes qui furent présentés à la chambre, pourvoyant eu paiement du ciergé catholique, à l’émancipation et à l'abolition de la taxe des 40 shellings sur les maisons des, propriétaires francs-tenanciers. Ces mesures, écoutées assez favorablement par la Chambre des Communes, furent repoussées par celle des Lords, grâce à l'opposition du duc d’York.

L’agitateur O’Connell, fin, perspicace, avocat savant, esprit subtil, découvra bientôt que l’Acte défendant aux Catholiques de siéger en Parlement ne les empêchait pas de se faire élire. En conséquence il se présenta en 1828 pour la Chambre des Communes, dans le comté de Clare.

Naturellement il refusa de prêter le serment exigé, dont le but était d’exclure les Catholiques du Parlement, Son refus créa une immense agitation qui fit peur à l'Angleterre. Aussi le test oath futil aboli, en 1829. Mais comme cet Acte, digne des Néron de Rome, venait d’être anéanti, quand O’Connell se présenta de nouveau en chambre, on voulut lui faire prêter serment d’après l’ancienne formule, vu que cette loi était en force lors de son élection en 1898. O’Connell refusant de nouveau, résigna son mandat pour se représenter dans Clare. Il obtint cependant ie privilège d’être entendu à la barre de la Chambre. Il y plaida, avec une éloquence sans égale son droit à prêter serment d'office en vertu du nouvel acte. Cent seize députés votèrent dans son sens et cent.quatre-vingt-dix contre ;

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