QUATRIÈME PARTIE
celui-ei pour exercer une plus grande oppression sociale ; et, sous prétexte d'atteindre les crimes agraires, demandait aux lois d'exception la protection de tous les excès de pouvoir. Elle abusait ainsi avec moins de réserve du pauvre et du faible, elle écrasait plus résolument rinfortuné, rebelle à ses rigueurs, quand la voix du malheureux ne trouvait d'écho nulle part et que des lois foudroyantes arrêtaient celui-ci dans ses projets de représailles. Ainsi protégés par une sorte de terreur légale, les riches d'Irlande respiraient plus à l'aise, recueillaient plus facilement les revenus de leurs fermes, et pratiquaient plus paisiblement leur bon plaisir. Or, ces lois ont été presque entièrement abolies par les whigs. Ceux-cr n'ont conservé dans leur gouvernement de l'Irlande qu'une ombre imperceptible du coercionbill, espèce de fantôme légal dont ils ne font pas même usage (1).
Il y a deux raisons principales qui forcent toute administration tory en Irlande d'y mettre en vigueur les lois d'exception : la première est que ces lois sont exigées d'eux par l'aristocratie dont ils dépendent; et la seconde est que leur avènement aux affaires, en révoltant l'Irlande, les force de recourir aux moyens rigoureux de répression. C'est là ce qui rend si difficile le retour au pouvoir pour les tories dont le premier acte obligé est rétablissement en Irlande d'un régime violent. C'est aussi là qu'est le principal mérite des whigs, capables d'administrer l'Irlande sans le secours de ces loiis odieuses qui violent le droit commun et l'humanité.
Ce n'est pas que le gouvernement des whigs en Irlande protège les attentats dont les riches et les propriétés y sont l'objet. Il les réprime aussi^, mais autrement. D'abord ces attentats sont moindres sous le régime des whigs, parce que les riches, ayant moins de privilèges et de pouvoirs, excitent moins de haines, et puis, quand il en est commis, leur répression est abandonnée au cours ordinaire de la justice.
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Cette répression régulière et modérée, la seule que les whigs autorisent en Irlande, est loin sans doute de satisfaire les passions de raristocratie, accoutumée à une pro* tection particulière, et qui, pour peu qu'un accusé soit acquitté par le jury, s^écrie que la société est menacée de dissolution; que la sûreté des propriétés et des personnes n'existe plus; que la justice est impossible avec les lois ordinaires, et demande à grands cris qu'on remette en vigueur quelques lois d'exception.
Tout récemment encore, l'aristocratie du comté de Tipperary adressait d'une voix unanime au gouvernement central une supplique humble et pressante, à l'effet d'obtenir quelque protection extraordinaire devenue nécessaire, disaitelle, par la guerre systématique que les pauvres livraient à la personne et à la propriété du riche. Mais jusqu'à présent les wbigs ont refusé à l'aristocratie toute assistance exorbitante ; et persuadés que les alteiitats qui désolent le pays sont au moins accrus* par la conduite et par l'imprévoyance des riches, ils ont eu le courage de dire à l'aristocratie de Tipperary une grande vérité trop longtemps méconnue en Irlande. Ils lui ont rappelé que la propriété met ses droits en péril, quand elle oublie ses devoirs (1).
Ainsi le gouvernement des whigs en Irlande n'y détruit pas sans doute la puissance politique de l'aristocratie, mais il la combat; et il ne peut, avec les armes incomplètes qu'il possède, mieux soutenir la lutte contre un adversaire aussi formidable que le parti aristocratique ; Il ne saurait plus habilement affaiblir l'ennemi qu'il est dans l'impuissance de 'détruire.
En résumt's les whigs. ne sont pas prêts sans doute à exécuter en Irlande toutes les réformes qu'exigerait le salut de ce pays; ils ne feront que partielles ou transitoires les réformes pohtiques pour lesquelles ils sont cependant les plus propres; les réformes religieuses qu'ils sont capables d'accomplir pécheront par la base, puisqu'elles laisseront