‹ L'Irlande sociale, politique et religieuse (volume 2)Chapitre 104 sur 219 · QUATRIÈME PARTIE. 23i · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE. 23i

sans lequel pourtant elle ne saurait vivre. A la vérité, si quelque convulsion du globe faisait rentrer Tlrlande au sein des mers, TAngleterre ne serait peut-être que fortifiée de cette perte ; mais tant que ce pays, qui tient à elle comme un bras au corps, garde dans l'Océan la place qu'il occupe, elle voudra nécessairement le dominer.

De tous temps rirlande a été le point de mire des ennemis de TAngleterre. Elle était telle dès le xn* siècle; car l'histoire nous apprend que le parti qu'en pouvait alors tirer la France fut un des motifs qui portèrent les rois anglais à entreprendre sa conquête. Lorsqu'à Tépoque de la réformation religieuse le projet est conçu par TEurope catholique de frapper le protestantisme en Angleterre, c'est sur Tirlande que TEspagne jette les yeux, et c'est dans ce pays que débarque la fameuse armada de Philippe II. C'est en Irlande que Louis X!V envoie l'armée française qui doit aider le catholique Jacques II à remonter sur le trône occupé par le protestant Guillaume Ilf . Et quand la France républicaine et démocratique lutte contre la coalition européenne dont l'Angleterre est l'àme, elle n'imagine, pour atteindre celleci, aucun moyen plus sûr que de transporter une armée en Irlande; et elle fait, dans ce but, en moins de deux ans, trois expéditions successives (1). Assurément ces diverses tentatives d'invasion n'ont pas été heureuses; et l'Irlande a toujours si mal répondu aux attentes de l'étranger, qu'elle serait en droit de n'être point comptée comme un auxiliaire assuré aux ennemis de celle-ci .

Cependant l'Angleterre voit l'Irlande trop près d'elle pour n'en pas vouloir conserver la police ; elle ne peut consentir à voir s'isoler d'elle une terre dont elle n'est séparée que par un étroit canal, de laquelle on aperçoit ses propres rivages et d'où une armée irlandaise ou étrangère fondrait sur elle en quelques heures. Et c'est précisément parce que l'Irlande est catholique et démocratique, que l'Angleterre, aristocratique et protestante, ne^peut laisser celle-là indé-

pendante, et l'abandonner à ses sympathies pour des peuples dont les institutions politiques et religieuses répugnent à TAngleterre par la môme raison qui les rend agréables à rirlande. Et puis ôtez toutes ces considérations : quel est Tempire qui consent à se démembrer? Toute puissance qui perd son étendue n'est-elle pas ou n'a-t-elle pas Fair d'être en déclin? L'Angleterre, qui ne veut à aucun prix perdre le Canada dont quinze cents lieues la séparent, n'abandonnera certainement pas l'Irlande qui fait partie d'elle-même.

Hais si Ton peut considérer comme certain que l'Irlande ne formera jamais un État séparé de l'Angleterre, ne pourrait-il pas arriver que les deux pays, tout en restant unis par un lien politique, fussent séparés législativement; c'està-dire gouvernés sous le même empire, chacun par un parlement particulier, obéissant au même roi, et trouvant dans des lois spéciales à chacun d'eux la satisfaction de leurs intérêts différents? Cette séparation parlementaire (i) était en 1835 le vœu de presque toute l'Irlande insurgée : et; en ce moment même, O'Connell l'invoque comme le seul port de salut où devra se réfugier l'Irlande, si elle n'obtient pas du parlement anglais toutes les réformes qu'elle demande (2).

On ne saurait sans doute affirmer que jamais cette scission législative de lÂngleterre et de l'Irlande n'aura lieu : le passé prouve d*abord qu'en fait elle est possible, puisqu'elle a existé pendant six siècles et n'a cessé qu'en 1800 ; et l'on aurait tort peut-être de tirer contre elle une objection absolue de la servilité des anciens parlements irlandais; car, si le parlement d'Irlande était rétabli, ne pourrait-il pas être assis sur des bases propres à garantir son indépendance et sa dignité?

Hais d'autres et de si grandes objections s'élèvent contre son rétablissement, qu'on croit pouvoir, sinon assurer, du moins énoncer comme à peu prés certain que jamais il n'aura lieu ; c'est ce que peu de mots feront comprendre. Pourquoi

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