‹ L'Irlande sociale, politique et religieuse (volume 2)Chapitre 105 sur 219 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

le parlement d'Angleterre ne dônne-t-il pas à l'Irlande les lois politiques et religieuses que celle-ci réclame? Ce n*est pas qu'il croie les institutions de l'Irlande les meilleures que puisse avoir ce pays; mais il juge dangereux de les abolir. Il craint que le coup qui renverserait ces institutions dans un pays voisin ne les ébranlât en Angleterre ; et que la loi qui frapperait ici Faristocratie ne Talteignît là par la contagion du principe. Or, l'Angleterre aurait absolument les mêmes sujets d'alarme, si l'Irlande était investie du pouvoir de faire elle-même des lois à son usage.

Deux peuples qui se touchent comme l'Angleterre et Tirlande ne sauraient se remuer sans que le mouvement de l'un agite l'autre; ils ne sauraient gronder ou gémir sans que la voix de celui-ci retentisse aussitôt chez celui-là, plaintive ou menaçante. Sous le régime de publicité essentiel aux institutions libres de la Grande-Bretagne, chacun des deux peuples saurait jour par jour ce qui se passerait chez l'autre. Or, en supposant que les intérêts matériels des deux peuples, tels que le commerce et l'industrie, ne fussent pas, comme ils l'ont été par le passé, un sujet perpétuel de collisions entre les deux législatures, la délibération des seules questions politiques ne serait-elle pas de nature à faire naître les. plus graves embarras et les plus sérieuses querelles? Que dirait, que ferait l'Angleterre si, par exemple, le parlement d'Irlande, cédant aux vœux du pays, abolissait le principe de l'Église anglicane; et, après avoir renversé les privilèges religieux de l'aristocratie, détruisait ses privilèges politiques et civils ; abattait les juges de paix et les grands jurys; abolissait les substitutions, le droit d'aînesse, et brisait toutes les entraves qui enchaînent le commerce du sol? Croit-on que de pareilles lois décrétées en Irlande ne retentiraient pas en Angleterre d'un formidable écho, et ne feraient pas bondir les passions conservatives de ce dernier pays? L'Angleterre, qui est ou croit être intéressée à maintenir chez elle l'aristocratie et l'Eglise, les laisserait-elle

abattre ainsi parlementairement dans le pays Voisin, soumis d'ailleurs à son empire?

Évidemment il arriverait bientôt Tune de ces deux choses: ou le parlement d'Irlande serait, soit par la crainte, soit par la corruption, soumis au bon plaisir de l'Angleterre, et, fout en présentant les mouvements extérieurs d'un corps indépendant, ne ferait que les seules lois qui seraient du goût de celle-ci ; et, dans ce cas, on ne voit pas clairement l'intérêt qu'aurait l'Irlande à posséder une législatuï'e, instrument passif de ceux au joug desquels elle voudrait se soustraire" Ou bien, échappant à toute influence de peur ou de séduction, ce parleihent irlandais, vraiment national, aborderait franchement et courageusement la discussion des maux de l'Irlande; et alors l'Angleterre, voyant dans ce langage une attaque au moins indirecte contre ses propres institutions, se hâterait de dépouiller l'Irlande de sa législature. Un parlement irlandais vendu à l'Anglélerre n'est point désirable; un parlement indépendant est impossible. Ainsi, ces deux pays, que le même parlement ne peut conduire, ne sauraient être régis par deux législatures différentes; et leur union parlementaire doit être considérée comme aussi nécessaire que leur union politique.

Ainsi l'Angleterre et l'Irlande, que leurs préjugés et leurs intérêts politiques, éloignent l'une de l'autre, sont liées par la destinée. Il faut qu'avec des mœurs différentes et des besoins opposés elles demeurent ensemble, par la seule raison qu'un jour elles ont surgi côte à côte du sein des mers : pareilles à ces jumeaux monstres qui, condamnés par la nature à ne faire qu'un même corps et une même chair, ont cependant des goûts contraires, et qui, travaillés incessamment du besoin de se quitter, sont obligés de se mouvoir ensemble et de vivre extérieurement unis au sein d'une discorde profonde.

Mais que suit-il de celte union fatale? C'est que le plus faible suit la condition du plus fort ; en d'autres termes,

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