II
L'Angleterre n'était pas, il y a cinquante ans, moins jalouse qu'elle ne Test à présent de conserver en Irlande, dans leur intégrité, ses institutions aristocratiques et religieuses, et, à cette époque, la faiblesse relative de l'Irlande était encore bien plus grande que de nos jours; c'est cependant de ce temps que datent les plus grands avantages remportés par rirlande sur l'Angleterre. De 4775 à 1795, c'est-à-dire pendant près de vingt années, il semble que l'Irlande tienne en échec l'Angleterre ; il semble que celle-ci, qui jusqu'alors avait tout refusé à l'Irlande, ait pris le parti de tout céder. Et pourquoi? C'est que l'Angleterre était alors dans tous les embarras de sa puissance, bravée dans l'Amérique du Nordi menacée dans 1 Inde, en guerre avec ia France et TEspagne : de là les émancipations irlandaises de 1 7 78 et de 1 7 82 ; l'Angleterre donne à l'Irlande des libertés en même temps que les colonies américaines prennent les leurs. Le jour où la France révolutionnaire, déclarant la guerre à TËurope, fait comprendre à l'Angleterre le besoin d'être en paix avec elle-même, celle-ci donne à l'Irlande de nouvelles libertés : de là l'émancipation de 1795.
Et lorsque enfm, en 1829, elle accorde à l'Irlande la grande émancipation parlei^entaire, elle avoue ingénument qu'elle fait cette concession non parce qu'elle est juste, mais parce qu'elle est nécessaire. Et quelle était cette nécessité? C'était d'empêcher l'insurrection générale de l'Ir* lande, que l'on voyait imminente.
C'est sans doute une déplorable situation, que celle de l'Angleterre ne se sentant ni le pouvoir -d'être équitable envers l'Irlande, ni la force de lui refuser toute justice ^rigide dans sa puissance, et généreuse seulement aux jours de sa faiblesse, repoussant aujourd'hui comme impies et sacrilèges les réformes qu'elle exécute le lendemain comme nécessaires. Elle voit ainsi démolir pièce à pièce, de concession en concession, de nécessité en nécessité, toutes les institutions qu'elle aurait à cœur de conserver en Irlande,