‹ L'Irlande sociale, politique et religieuse (volume 2)Chapitre 111 sur 219 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

Et chaque jour doit nécessairement rendre plus irrésistible ce travail de destruction^ Le peuple, auquel des concessions sont faites, non parce qu'elles sont justes, mais parce qu'elles sont nécessaires, tire de là un enseignement inévitable. Avertie qu'elle ne doit rien attendre de l'équité de ses maîtres, l'Irlande ne travaille qu'à leur prouver sa force; voilà pourquoi, dèsqu'il veut quelque chose, O'Connell prêche l'agitation et secoue ses sept millions d'hommes comme un ëpouvantail propre à jeter l'Angleterre dans la réflexion.

Et pourtant ce triste système de concessions arrachées à la peur, à la faiblesse, et quelquefois à la pitié, semble le seul que, dans son état présent, l'Angleterre puisse suivre vis-à-vis de l'Irlande.

On' a vu ailleurs par quelle raison l'Angleterre serait dans l'impossibilité d'exécuter paisiblement et librement les réformes que v^ut rirlande. Elle ne peut faire ainsi ces réformes, parce que, si une partie de la population voulait qu'on rendit justice à l'Irlande, il y en a une autre dont les passions politiques et reUgieuses exigent que l'oppression de l'Irlande soit continuée. Or ces passions et ces préjugés, qui s'irriteraient contre une réforme logique spontanée, cèdent à une réformé imposée par une force majeure, et s'inclinent devant une nécessité. L'Angleterre pardonne à son gouvernement d'être faible, impuissant même, devant les exigences de l'Irlande; elle ne lui pardonnerait point de même d'immoler aux simples vœux de ce pays les institutions politiques et religieuses dont elle lui a confié le dépôt; et il y a telle réforme que les whigs seraient absolument incapables d'exécuter comme juste et rationnelle, et que l'Angleterre laisserait accomplir par les tories comme déplorable, mais nécessaire.

Ainsi s'écrouleront les institutions anglaises établies en Irlande, en dépit des efforts que ferait l'Angleterre pour prévenir leur ruine. Ces institutions tomberont, et l'on peut af-

finuer en-même temps qu'eUes ne seront point renversées en Irlande sans que les mêmes instiintiôns, existant en Angleterre, reçoivent le contre-coop de leur chute.

Comment les Anglais, entendant discuter sans cesse les abus de l'Eglise et de Taristocratie dlrlande, ne seraient-ils pas à la longue amenés à se demanda si les mêmes abus ne se retrouveraient pas dans TÉglise et l'aristocratie d'Angleterre?

L'aristocratie anglaise est autre, sans doute, que celle d'Irlande. Mais, si bonne qu'on la suppose, elle contient en elle assez d'abus, elle est sujette à assez d'erreurs, et, toute généreuse qu'elle soit comparativement, elle renferme encore assez d'égoîsme pour que le grief irlandais puisse être rapproché d'un grief analogue en Angleten^ ; pouripie celui qui, dans ce dernier pays, souffre d'un excès, d'une ïaute, d'une faiblesse de l'aristocratie, applique à son état ce qui est propre à l'aristocratie d'Irlande, et soit tenté de haïr l'une chez lui autant qu'il voit l'autre détestée dans le pays voisin. L'Angleterre, qui, pour demeurer anglicane et aristocratique, force l'Irlande de rester telle, ne songe pas à ce qu'il y a de formidable dans cette voix solennelle de tout un peuple qui ne cesse de lui crier que l'Église anglicane est le plus odieux de tous les cultes, et l'aristocratie le pire de tous les gouvernements.

Ainsi non-seulement l'Angleterre ne réussira point à maintenir en Irlande TEgUse anglicane et l'aristocratie, mais encore les coups qu'elle porte à l'Irlande pour lui faire violence, reviendront, par une espèce de rebond, la frapper elle-même, et atteindre chez elle ses propres institutions; et cette influence de l'Irlande qui réagit sur l'Angleterre, et qui, en retour de mauvaises lois, lui en renvoie la haine, ne s'exerce pas seulement par une voie morale et indirecte.

L'Irlande, qui sait que l'Angleterre ne lui imposerait point violemment le régime de l'aristocratie et de TEglise an-

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