QUATRIÈME PARTIE
coutumée à mépriser. Et puis, à force d*ètre attaqués, ces intérêts conservateurs de TAngleterre prennent l'alarme. Les réformes succédant toujours aux réformes, les concessions aux concessions, un moment vient où Taristocratie pense, à tort ou à raison, qu'elle n'a plus rien à céder, et que désormais elle est réduite à cette alternative de résister ou de cesser d'ôlre.
Ne pourrait*il donc pas alors arriver que le parti qui, de sa nature, est le ptus ami de la paix, aperçût un jour qu'iJ n'y a plus de salut possible que dans la lutte, et que, con* vaincu que, s'il ne se révolte pas, on le tuera lentement, il ne tente contre son ennemi une résistance à force ouverte, au risque d'y périr lui-même de mort violente?
£t ce n'est pas seulement une collision entre l'Angleterre et l'Irlande que rendrait possible ce conflit d'intérêts et de passions : c'est un engagement entre les partis anglais euxmêmes, dont l'un est irrité par l'Irlande, qui sert d'appui à l'autre.
Le recours aux armes n'est pas sans doute, en Angleterre, un procédé familier aux partis, et l'on peut dire qu'en général tout, dans ce pays, se résout constitutionnellement. Cependant, qui pourrait assurer que l'Angleterre ne sortira jamais de la voie légale?
Ceux qui ont vu l'Angleterre en 1832 hésiteraient peutêtre sur celte question. A cette époque, les résistances du parti tory avaient fait naître dans le pays des passions si ardentes et si unanimes en faveur de la réforme, qu'on eût dit l'Angleterre à la veille d'une révolution. On parlait hautement d'insurrection; déjà des plans de campagne se préparaient, des chefs élaient indiqués ; on dit niême que des commandes d'armes se faisaient déjà pour l'armée nationale. L'aristocratie ayant cédé, le fleuve débordé est rentré dans son lit; mais que fût-il advenu, si elle se fût obstinée contre le torrent populaire ?
Maintenant ne serait-il pas possible qu'après s'être mise
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en mouvement poar obtenir des réformes la nation anglaise s*agitât de même pour en arrêter le cours?
Déjà, en 1835, à l'époque où la réaction de FAngleterre contre le mouvement de 1852 conmiença à se faire sentir, le parti conservatif, dans son impatience des réformes annoncées par les whigs, toujours maîtres du pouvoir, fit entendre plusieurs fois le cri de guerre. Il ne s'agissait rien moins que d'un appel aux cavaliers contre les têtes rondes. Cette provocation n'eut point de suite alors. Mais la violence ne pourrait-elle pas quelque jour précéder la menace?
C'est ainsi que le vent impétueux d'Irlande, qui souffle la démocratie sur l'Angleterre, peut amener pour celle-ci la chance d'une guerre civile. C'est ainsi que l'entreprise de maintenir en Irlande un gouvernement que ce pays repousse fait naître pour l'Angleterre elle-même une sorte d'oppression. C'est ainsi qu'en imposant violemment ses institutions à l'Irlande FAngletérre se voit menacée de perdre les siennes. Situation étrange et grave, de quelque côté qu'on l'envisage! plus terrible pour l'Irlande, plus imposante pour l'Angleterre ; entraînant pour celle-ci plus de responsabilités, pour celle-là plus de périls : plus simple quoique plus laborieuse pour l'Irlande, qui, n'ayant qu'un intérêt et qu'un devoir, n'a point à hésiter dans la route qu'elle iBuit, dût-elle s'y traîner toute saignante à travers les tortures et les supplices; plus compliquée pour l'An^eterre, qui, chargée de mille fardeaux divers, ne sait comment porter ni comment rejeter le poids de l'Irlande; qui, sûre de vaincre quand elle combat l'Irlande, ne remporte jamais que de stériles victoires, se ruine toujours en ruinant ce malheureux pays; et, au milieu de ses rigueurs envers cette contrée, doutant sans cesse de sa propre cause, tour à tour poussée par son égoîsme et retenue par sa conscience, tente vainement d'être toujours habile et toujours juste : situation immense et environnée de ténèbres! Ne peut-
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on pas cependant entrevoir le moment où le principe démocratique qui travaille le monde, pesant sur une aristocratie sage et éclairée, amènera celle-ci à introduire en Irlande les seules institutions que puisse supporter ce malheureux pays, et rendra possible Taccord de deux peuples qui sont condamnés à une vie commune, et qui aujourd'hui ne peuvent pas plus s'unir que se séparer? '